‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 26 sur 140 · ANALYSE DU SECOND CHAPITRE · texte numérisé non relu

ANALYSE DU SECOND CHAPITRE

d'introduction formée par la proposition suivante : Dieu peut être connu avec certitude comme origine et fin de toutes choses, même par la raison créée. Des observations avaient été jointes au schéma par la Députation de la foi pour justifier la nécessité de la définition et du canon correspondant : il fallait atteindre non seulement le traditionalisme, mais encore cette erreur fort répandue que les preuves de l'existence de Dieu laissent subsister quelque doute et que, par suite, cette vérité ne peut être connue avec certititude par la raison seule. // Le deuxième paragraphe expliquait combien la révélation est nécessaire pour notre vie naturelle et surnaturelle. Le troisième enseignait que les vérités révélées se trouvent dans l'Ecriture-Sainte et dans la Tradition; il renouvelait la définition du concile de Trente que les livres de la Sainte-Ecriture sont ceux que contient la Yulgate latine et qu'ils doivent être considérés comme saints et canoniques dans toutes leurs parties; il ajoutait que ce caractère de sainteté et de canonicité ne leur venait pas de ce que, écrits de main d'homme, ils avaient obtenu l'approbation de l'Eglise, ni de ce qu'ils exprimaient la révélation sans erreur, mais de ce que, écrits sous l'inspiration du Saint Esprit, ils avaient Dieu pour auteur et avaient été transmis comme tels par les apôtres à l'Eglise. Le quatrième paragraphe renouvelait le décret du concile de Trente sur l'interprétation de la Sainte-Ecriture.

Les quatre canons condamnaient quatre erreurs opposées aux doctrines contenues dans le chapitre : i° Lue connaissance de Dieu, naturelle et certaine, est impossible ; 2° Il n'est ni possible ni utile à l'homme de recevoir, par la révélation, des enseignements sur Dieu et sur le culte qui lui est dû: 3° L'homme ne peut être élevé par Dieu à une connaissance surnaturelle, mais il peut et il doit, par des progrès personnels constants, arriver à la possession de toute vérité et de tout bien ; 4° Les livres énumérés par le concile de Trente ne

sont pas dans leur entier et dans toutes leurs parties saints et canoniques, ou bien ils ne sont pas inspirés par Dieu.

La définition que contenait le premier paragraphe contre le traditionalisme fut attaquée par plusieurs Pères. Ils laissèrent apercevoir un certain penchant pour cette doctrine et ils firent tous leurs efforts pour défendre la forme mitigée de cette doctrine contre une condamnation, avouant par ailleurs que le traditionalisme strict était insoutenable.

L'un des premiers orateurs, Mgr Gandolfi, évêque de Corneto et Civita-Vecchia (i), montra sans aucun doute une certaine inclination pour les doctrines traditionalistes. Il commença par déclarer qu'il prenait à regret la parole sur le chapitre de la révélation. .// « J'ai suivi, dit-il, presque dès son origine la question du traditionalisme et j'ai lu presque tous les livres parus dans les deux partis; j'ai vu avec peine que, de part et d'autre, on avait été trop loin : les traditionalistes, en exagérant la faiblesse de la raison; leurs adversaires, en exaltant outre mesure sa force. Pour moi, bien que l'une des deux opinions (2) me semble plus probable, je ne voudrais cependant pas l'énoncer dans le schéma comme seule vraie. Je crois qu'il nous faut exclure de nos discussions les questions débattues dans les écoles catholiques, celle-là surtout qui a déjà été l'occasion de tant de luttes en France et en Belgique entre des hommes qui sont catholiques non seulement de nom, mais réellement, et qui sont attachés au Saint-Siège par l'amour le plus sincère. Le Saint-Siège a cherché à apaiser le débat; si maintenant on le ressuscite, il se rallumera de nouveau avec violence.

(1) Acta, etc., p. 112 sqq.

(2) Il ressort du contexte que les deux opinions dont parle l'orateur sont, d'une part, le traditionalisme modéré, de l'autre, une doctrine exempte de tout traditionalisme.

DISCOURS DE MKl GANDOLFI 87

S'il s'agissait de doctrines de foi catholique, je serais le premier à prier les Pères de traiter la question; mais, de l'avis général, ce n'est pas le cas. »

Passant à l'examen du chapitre, l'orateur voit une contradiction entre ces paroles du schéma : L'homme avec la seule raison peut connaître Dieu sans révélation surnaturelle, — et cette remarque faite par la Députation : La question de la nécessité de l'enseignement par autrui pour le plein développement de la raison humaine n'est nullement touchée dans le schéma. En effet, à ce plein développement concourt la Révélation primitive, qui est sûrement une révélation surnaturelle; la tradition de cette révélation primitive est précisément cet élément que les traditionalistes catholiques déclarent nécessaire à la raison humaine pour acquérir la connaissance du vrai Dieu ; en cela ils ne se trompent peut-être pas, et, en tout cas, s'ils se trompent, c'est une simple erreur philosophique, car du moment qu'ils ne refusent pas à la raison le pouvoir de connaître Dieu, il importe peu qu'ils considèrent la raison isolée de toute société humaine ou bien excitée et aidée par la société dans l'acquisition de cette connaissance. // Cette opinion des traditionalistes ne doit donc pas être déclarée contraire à la doctrine catholique et encore moins soumise à l'anathème, comme elle l'est dans le schéma. — L'orateur passe ensuite à la critique du paragraphe suivant.

Ces développements sur le traditionalisme amenèrent Mgl' Garcia Gil, archevêque de Saragosse, membre de la Députation de la foi, à demander aux présidents la permission de répondre brièvement aux discours de Mgr Gandolfi. Le traditionalisme, dit-il (i), peut, dans un certain sens, être admis par les catholiques; le traditionalisme strict sou-

(1) Acla, etc., p. 116 sqq.

tenant l'impossibilité de la raison à prouver l'existence de Dieu est repoussé par les catholiques et condamné par le Saint-Siège; mais il y a un autre traditionalisme d'après lequel la parole, renseignement d'autrui est requis pour arriver à l'idée de Dieu et des autres vérités qui sont comme le vestibule de la foi. Si l'on dit que les hommes, au moins pris dans leur ensemble, ne peuvent parvenir à la connaissance de Dieu sans le secours d'un enseignement qui ait été à la disposition des peuples dès le commencement de la création, cette conception est permise. Mais si l'on prétend que, sans cet enseignement, toute preuve de l'existence de Dieu est impossible, on est en opposition avec l'Ecriture- Sainte et avec la doctrine des Pères. On est aussi sur le chemin du doute universel, car, si l'homme ne peut sans la révélation connaître avec certitude l'existence de Dieu et les autres vérités nécessaires à la foi, comment pourra-t-il croire avec certitude? — Cette claire exposition de l'orateur souleva de nombreux applaudissements parmi les Pères.

M-1' Gandoll'i n'avait certainement pas défendu d'autre traditionalisme que celai que Mgr Garcia Gil indiquait comme permis; mais sans distinguer clairement les deux espèces de traditionalisme, il avait désigné de ce nom celle qu'il croyait permise. La proposition d'amendement qu'il suggéra, après son discours à la Députation de la foi, était la suivante : Eadem Sancta Mater Ecclesia Catholica tenet et docet, Deum, rermn omnium principium et finem, naturali rationis lumine ab homine in socictate adulto e rébus creatis eognosci posse, etc. (i).

Par cette formule, il condamnait le traditionalisme strict;

si le changement proposé était admis, il obtenait seulement que la définition dans sa teneur expresse fit abstraction de la forme du traditionalisme mitigé

[1) C"est le troisième parmi les proje'.s présentés. C. V., 120 d.

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