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LA CREDIBILITE ET LA FOI H

les théologiens. Suivant eux, le contenu de la révélation chrétienne est évidemment digne de foi, non évidemment vrai : il n'est pas évidemment vrai, car on peut avoir des doutes sur son objet, et il y a, de fait, des gens qui en ont; il est évidemment digne de foi, puisque nous voyons d'une façon évidente l'obligation de croire (i). » La congrégation générale décréta presque à l'unanimité le maintien du mot evidens (2).

Une expression du cinquième canon donna lieu à une vive discussion; 011 y condamnait J a doctrine d'Hermès : la foi est une persuasion produite par les preuves nécessitantes de la science humaine. Il s'énonçait ainsi : « Si quis dixerit fidem, quackristiani evangelicae praedicationi consentiunt, non esse nisi persuasionem, necessariis scientiae h umanae arg-umentis inductam..., anathema sit (3). » Le mot necessariis déplut à plusieurs Pères ; Mgr Melchers proposa de lui substituer le mot necessario (4) ; Mgr Héfelé suggéra le mot firmis, necessitantibus n'étant pas de bonne latinité (5); toute une série d'amendements furent présentés au sujet de ce mot necessariis (6).

La Députation de la foi proposa ce nouveau texte : « Si quis dixerit, assensum fidei christianae non esse liberum, sed necessariis rationis humanae argu mentis produci, anathema sit. » Il fut imprimé et distribué aux Pères avant le vote sur le troisième chapitre (7). Dans les annotations que la Députation y avait jointes, on lisait en particulier : qu'il ressortait du texte même du canon que les preuves dites nécessaires

(1) Acta, etc., p. 263.

(4) Acta, etc., II, Va. — Emend. 115, — C. V., 164 c.

(5) Acta, etc., p. 242. — Emend. 114. — C. V., 164c.

(6) C. V. 164 b, sq. — Emend. 109, 116.

sont celles qui font violence à la raison et forcent son assentiment (i).

L'évëque de Paderborn, dans la 43e congrégation générale (7 avril), Taisant office de rapporteur au nom de la Députation (2). recommanda la nouvelle formule aux Pères : //' « Maintenant, dit-il, il semble que personne ne doive plus avoir d'objection contre le schéma; il est tout à fait clair, car le mot necessarius est précisément celui dont Hermès s'est servi. Nous n'avons en latin aucun mot rendant l'expression allemande « nôtigende Griinde » (raisons nécessitantes) ; car le mot nécessitons n'est pas de bonne latinité. Je préférerais le mot cogens, argumenta cogentia, qui s'imposent à l'intelligence, auxquels elle ne peut résister. C'est cela qu'Hermès voulait dire (3). »

Au vote, on vit bien que le canon, dans sa nouvelle forme, déplaisait universellement: il n'eut aucun suffrage et plusieurs amendements furent présentés. On suggérait la formule « necessitantibus humanae ratîonis argument is » ; ou « humanae rationis argument is ad assensum cogentibus » ; ou bien ce humanae rationis argumentis necessario produci »; Les présidents renvoyèrent le vote à la congrégation générale suivante (4).

Le 8 avril, à la 44e congrégation générale, Mgr Martin, éveque de Paderborn, se leva de nouveau et dit que, la veille, la Députation avait délibéré encore une fois sur le cinquième canon et sur les nombreux amendements reçus. L'expression cogentibus argumentis ne laisse, il est vrai, subsister aucun doute sur le sens du canon; mais elle n'a pas plu, surtout parce que les mots cogère et coactio signifient

(1) C. V., dôôb.

(2) Ihid.,738c.

(3) lbid. ,188 c. sq.

(4) lbid., 191 b.

DISCUSSION DU IVe CHAPITRE US

mie nécessité imposée du dehors, non du dedans; argnmentis nécessitant îbus ne peut se dire eu bon latin. La Députation propose donc la formule suivante : a Si quis dixerit, assensum fidei christianae non esse liberum, sed argnmentis rationis humanae necessario prodnei, analhema sit. » Il en recommande l'acceptation : parfaitement claire et très simple, elle exprime brièvement et exactement l'erreur à condamner (i). Sur la demande des Pères, il la lut et l'expliqua de nouveau ; après quoi, elle fut adoptée presque à l'unanimité (2).

La discussion spéciale du quatrième chapitre et des canons qui s'y rapportaient commença et fut terminée dans la 39e congrégation générale (ier avril) (3). Douze orateurs y prirent part : Mgr Dubreuil, archevêque d'Avignon; Mgr de Marguerye, évèque d'Autun; Mgr Gandolfi, évêque de Corneto et Civita- Vecchia ; M-1' Renaldi, évêque de Pignerol ; MF Ginoulhiac, évèque de Grenoble ; MF Caixal y Estrade, évêque d'Urgel ; MF Ferré, évèque de Cazal; Mgr Celesia, évêque de Patti; Mgr Magnasco, évêque de Bolina, et le R. P. Ricca, supérieur général (Correetor generalis) des Minimes. De plus, MF Gastaldi, évèque de Saluzzo, et Mgr Mermillod, évêque d'IIébron, i. p. i. (4), demandèrent la parole pendant la discussion.

Le quatrième chapitre expose les rapports entre la foi et la science (5). Il donna occasion de parler de la liberté de la science. Mgr Ginoulhiac, évèque de Grenoble, prononça sur ce sujet un discours fort important, où il se montra partisan de la plus grande liberté possible à accorder à la science.

Il est pour nous de la plus haute importance, dit-il, de ne pas toucher à la liberté de la science : tout d'abord pour ven-

(1) C. F., 192 a, sqq.

(2) Ibid.,192 d, sqq.

(3) Ibid., 736 c.

(4) Ibid., 736c. sq.

(5) Ibid., 74 b. sqq ,77c. sqq.V. plusbautun aperçu de ce chapitre, pp. 18 et 19,

gcr l'Eglise des accusations portées contre elle, puis afin de sauvegarder sa dignité, et enfin pour que la véritable essence de la loi ressorte dans son plein jour. Sans exposer ces pensées d'une façon plus précise, l'orateur examine ensuite en quoi consiste la liberté de la science, et, tirant de là ses conclusions, il propose des amendements au schéma.

Il établit d'abord que l'objet formel de la foi est distinct de celui de la science, c'est-à-dire que, si elles ont un même objet, le point de vue diffère. La science a donc ses lois propres et sa méthode, et par suite le droit de s'en servir; il n'jr a qu'à lui prescrire d'y être bien fidèle et de n'en pas franchir les limites. Ainsi s'exprime Pie IX lui-même dans sa lettre (i) de 1862 sur la philosophie (2).

Mais il y a beaucoup de sciences qui ont un tout autre objet matériel que celui de la foi, sans aucun point de contact avec elle ni avec la doctrine chrétienne : ainsi les mathématiques, la physique, la chimie et les autres sciences naturelles, à l'exception de l'anthropologie. Il est donc bien évident que toutes ces sciences sont absolument indépendantes ; on peut les traiter sans tenir compte de la foi catholique. Parmi ces sciences on pourrait aussi compter l'astronomie, la cosmologie, la géologie et autres du même genre; // l'orateur invoque dans ce sens l'autorité de Patrizi (3;, qui rassure en ces termes ceux qui redoutent la contradiction entre les résultats des sciences et les textes bibliques : « Les auteurs inspirés n'ont pas eu pour but de traiter les questions de sciences naturelles, comme la physique (4). »

En troisième lieu, dit Mgr Ginoulhiac, il y a des sciences dont l'objet est en partie différent de celui de la foi, en partie

(i) A l'archevêque de Munich, 11 décembre.

(2) Acta, etc., p. 382.

(3 De Scriplurarum sacrarum inlerprelatione 1, cap. 5, reg. 8.

(4) Acta, etc., p. 283.

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