LES SCIENCES ET LA FOI
le second, au quatrième paragraphe, et le troisième, au deuxième canon (i). // Ces propositions tendent principalement à faire déclarer par le concile : que beaucoup de sciences n'ont aucun point de contact avec le dépôt de la foi ■confié à l'Eglise et que, par suite, elles peuvent être traitées indépendamment de la révélation surnaturelle; que toutes les sciences véritables ont le droit de suivre leurs principes •et leurs méthodes et d'exclure de leur domaine tout ce qui ne provient pas de leurs recherches propres. Quant aux sciences qui ont un terrain commun avec la révélation, s'il leur arrivait de produire des résultats en opposition ouverte avec la doctrine de foi, les savants catholiques devraient, •comme fidèles, tenir ces résultats pour erronés, n'ayant qu'une apparence trompeuse de vérité, et reconnaître à l'Eglise le droit et le devoir de condamner de semblables erreurs.
La Députation de la foi, comme le déclara son interprète, Mgr Pie, évêque de Poitiers, dans la congrégation générale, tout en acceptant certains points des projets de Mgr Ginoulhiac (2), refusa de déclarer avec lui qu'il y eut des sciences complètement indépendantes de la révélation, sans cependant le nier formellement. « Certainement, dit Msr Pie, l'Eglise reconnaît que certaines sciences n'ont, dans leur objet propre, rien ou presque rien de commun avec l'objet direct de la foi... Cependant, les Pères de la Députation n'étaient pas d'avis qu'on pût ou qu'on dût prononcer, par une déclaration solennelle et une sorte de définition oecuménique, l'absolue indépendance de plusieurs sciences... par rapport à la foi et, par suite, vis-à-vis de l'Eglise... ; ils ne pourraient le faire sans énoncer, en même temps, quelles
(1) Ce sont, dans la série des amendements présentés, le ï]' {C. V., 197 c, d.), le 26' dbid. 19S a) etle368 (ibid. 193 d). (i) Helalio,etc. — C. V., 203a, b.
sont les sciences qui jouissent de cette immunité (i). » Les paroles du rapporteur furent accueillies par des approbations et, au vote, les Pères se rangèrent presque unanimement au sentiment de la Députation (2).
Pour ce qui était des rapports entre la science et la foi, Mgr Ginoulhiac était parfaitement d'accord avec les autres Pères. // La science ne dépend de la foi qu'en tant qu'elle ne peut rien enseigner qui lui soit opposé. Mais elle a ses règles et sa méthode propres, d'après lesquelles elle travaille dans son domaine librement et sans entrave. Elle n'est nullement obligée d'accepter du dehors, pas même de la révélation et de l'Eglise, quoi que ce soit d'étranger à ses propres résultats, elle n'est pas tenue d'obéir dans ses recherches à un mot d'ordre venu d'ailleurs. Sa dépendance n'est pas positive, mais négative ; elle ne peut rien soutenir de contraire à une vérité de foi; cela lui est évidemment défendu. Et, en effet, ce que Dieu révèle est vrai en toute hypothèse ; le contraire est donc erreur; car le vrai ne s'oppose pas au vrai. Quant au savant dont parle Mgr Ginoulhiac, qui, voulant faire des études indépendantes, est prêt cependant à considérer comme erronés les résultats de ses recherches pour peu qu'ils contredisent la foi, son attitude est correcte et personne ne peut le regarder comme hérétique.
Pour ce qui est de la détermination des sciences qui pourraient mener à des conclusions contre la foi, il y a entre Mgr Ginoulhiac et la plupart des Pères une divergence d'opinion. Mgr Ginoulhiac pense que, pour certaines science* dont l'objet n'a aucun rapport avec la révélation, comme h mathématiques et la physique, la. contradiction avec la foi es chose impossible; ces sciences sont donc indépendantes de la révélation et de l'Eglise, et il est désirable qu'on le dise dans
(1) Ilelalio, etc. — C.V., 205 a, b.
DISCUSSION SUR LA CONCLUSION DU SCHEMA \l\
le schéma. Au contraire, la plupart des autres Pères ne semblent pas disposés à admettre qu'il soit impossible à ces sciences de tomber dans une erreur contre la foi ; en tous cas, ils ne veulent pas leur délivrer un certificat de liberté par une définition conciliaire. En cela ils ont raison : s'il n'y a, en réalité, aucun danger pour elles de contredire la foi, elles jouissent de la même liberté, que le concile fasse cette déclaration ou qu'il ne la fasse pas. Mais Mgr Ginoulhiac va certainement beaucoup trop loin dans rénumération de ces sciences « libres » : il y fait entrer, eu général, toutes les sciences naturelles, à l'exception de l'anthropologie et de la philosophie, et il manifeste son intention formelle d'y ranger l'astronomie, la cosmologie, la géologie et autres sciences semblables. /
La discussion du quatrième chapitre et de ses canons terminait les débats sur le schéma de fide catholicn. Elle fut suivie cependant d'une discussion spéciale sur la conclusion à donner à tout le schéma (i).
Cette conclusion se composait de deux recommandations. La première s'adresse à tous les chrétiens, particulièrement à ceux qui ont charge d'enseigner : elle leur demande de concourir à l'extirpation des erreurs condamnées dans la Constitution et de répandre partout la plus pure lumière de la foi. La seconde demande, en outre, de veiller à l'observation des constitutions et décrets dans lesquels le Saint-Siège condamne et réprouve des opinions fausses qui ne sont pas nommées dans la Constitution de fide.
Primitivement, ces deux recommandations se trouvaient à la fin du nouveau schéma de fide catholica, comprenant neuf chapitres (2). Mais lorsque la Députation de la foi eut résolu de détacher la première moitié du schéma et de la pré-
senter à la congrégation générale, comme une constitution formant à elle seule un tout, on les ajouta à cette constitution comme son complément nécessaire; elles s'opposaient efficacement aux erreurs contemporaines, dont on n'avait pas pu parler dans la Constitution (i).
Dans la discussion spéciale sur le quatrième chapitre, M83" Renaldi, évêque de Pignerol, proposa de supprimer ces recommandations; sinon, on serait obligé d'en mettre de semblables à la fin des autres constitutions (2). La Députation de la foi, dans ses délibérations sur les amendements, se rallia à la proposition de M-1' Renaldi et décida de reporter les deux recommandations à la fin de la seconde partie du schéma (3); en conséquence, Mgr Pie, faisant office de rapporteur (8 avril), renvoya l'examen des amendements au temps où l'on aborderait la seconde partie de la Constitution (4). Cependant, le lendemain, quelques membres de la Députation proposèrent de revenir sur cette décision : le schéma était tombé entre les mains de plusieurs journalistes et il avait été livré à la publicité; si l'on supprimait les recommandations finales, on ferait supposer qu'elles avaient été rejetées. // Tous les Pères de la Députation furent du même avis et le jour même (9 avril) les membres du Concile reçurent des présidents un monituin (5) les avertissant qu'on mettrait aux voix à la prochaine Congrégation générale (12 avril) les recommandations finales et les amendements.
Dans cette congrégation (la 45e), le rapporteur de la Députation, Mgr Pie, monta de nouveau à la tribune, fit en quelques mots l'historique de la question et exposa aux Pères
(1) Relatio, etc. — C. K.,i31 t..
(2 Acta, etc., 11,281. Emend. 48. — C. F.,199d.
(4) Relatio, etc. — C. F., 208 c
(5) C. V., 209 b. sq.
DISCUSSION SDR LA CONCLUSION DU SCHEMA -123
>our quel motif la congrégation joignait les recommanda- ,ions de fuie (i). Il les engagea à accepter la proposition de a Dépntation. L'accord de la congrégation générale fut unaîime 2).
Le vote sur l'ensemble des troisième et quatrième ehapires amendés eut lieu dans la même congrégation générale 12 avril) Le troisième chapitre réunit les suffrages de prèsne tous les Pères; aucun ne vota la contre-proposition sur e rejet du chapitre. Quant au quatrième chapitre, il eut les pffrages de la grande majorité des Pères et la contre-proposition n'obtint que quelques suffrages isolés (3).
(1) 'lelatio, etc. — G V., 209 d sqq. B) C. l'.,212j>.
(3) lbid.,739a.