LE VOTE SUR L ENSEMBLE DU SCHEMA
galion générale, il fallait encore un vote d'ensemble. C'était le dernier avant la session publique; on y procéda non. plus par assis et levé, mais par appel nominal de chacun des membres du concile. Ils pouvaient formuler leur vote de trois manières : par un simple placet, par un simple non placet ou par un placet conditionnel, un plue et jux la moduni. Dans ce dernier cas, ils remettaient par écrit les réserves qu'ils avaient à faire (i). Celles-ci étaient de nouveau examinées par la Députation; puis un de ses membres portait en son nom à la congrégation générale son avis motivé sur leur acceptation ou leur rejet.
Le vote sur l'ensemble du schéma de fuie catholica eut lieu le 12 avril, dans la quarante-cinquième congrégation générale. Cinq cent quatre-vingt-dix-huit Pères étaient présents. Sur l'invitation du Premier Président, le sous-secrétaire monta à la tribune et fit l'appel nominal de tous les Pères, selon leur rang de dignité et d'ancienneté de promotion. Cinq cent quinze donnèrent un simple placet, quatrevingt-trois un placet juxta moclum ; il n'y eut aucun non placet (2).
Les conditions annexées aux placets s'élèvent au chiffre de cent quarante-huit ; elles concernent soit l'ensemble du schéma, soit l'introduction et les différents chapitres ; bien des notes remises en contiennent plusieurs et, par contre, les mêmes se retrouvent souvent quant au fond, énoncées par divers Pères et basées sur des arguments différents. // D'ailleurs, le décret du Pape sur les conditions que l'on peut ajouter à son placet visait ouvertement ces modifications sans l'acceptation desquelles on ne voulait pas approuver le schéma; au contraire, souvent, et même le plus souvent, les conditions énoncées pour l'acceptation du schéma de fuie
(1) Decretum, 20 février 1870. G. 7.69 b.
(2) Acta, etc., 11, 408.
catholica, ne sont que des vues ou des souhaits qu'on ex prime encore une fois sans qu'on veuille faire dépendre d< leur rejet le sort du schéma. Voici, par exemple, les cinq premières conditions relatives au schéma tout entier :
i. En donnant mon placet, j'ai assez témoigné ne pas vouloir rejeter le schéma; et pourtant, je suis intimement persuadé qu'il n'est pas très propre à guérir les blessures profondes de notre époque.
2. Il ne me plaît pas de ne jamais rencontrer dans la constitution les mots Sancta Synodus oecuinenica, dont s'était servi le concile de Trente.
3. Le schéma me plaît, sauf quelques retouches à faire au style ; j'en ai proposé plusieurs.
4- Le style pourrait être amélioré; çà et là, il est dur d'une latinité douteuse, et de saveur germanique. L'auteur de cette remarque y joint une introduction remaniée au point de vue du style.
5. Je dirai placet puisqu'il n'y a point d'autre suffrage possible; j'aurais dit plus volontiers : transeat. Souvent la vérité est bien exposée; mais on ne trouve pas l'exacte appréciation des erreurs qui attaquent la vérité sous des formes diverses. Le signataire ajoute que plusieurs Pères ont vu avec peine, ou plutôt avec surprise, qu'en parlant de l'action de Dieu sur l'Eglise, on a indiqué comme instrument de sa Providence les Conciles seuls, sans y joindre le magistère et la direction du Vicaire de Jésus-Christ. Suit enfin une remarque sur le style et sur la disposition des diverses parties du schéma. Beaucoup d'autres remarques ressemblent à celles-là. Un très grand nombre ne visent que le style, ou renouvellent des propositions déjà faites, mais rejetées par la congrégation générale.
Cependant toutes ces réserves, qui avaient été remises par écrit, furent aussi imprimées et distribuées aux Pères. La Députation de la foi en délibéra, et le 19 avril dans la
LES DERNIERES OBJECTIONS <3i
46e congrégation générale, Mgr Gasser rendit un compte exact de son travail (1). Il fit cinq classes des observations présentées. La première contient les cinq que nous avons rapportées tout à l'heure. Il ne s'y trouve, dit-il, que quelques idées générales dont je n'ai pas à parler. // je dois cependant avouer que la Députation a été péniblement affectée par la cinquième de ces observations. Elle y est accusée d'ingratitude envers le Saint-Siège pour n'avoir pas rappelé formellement ce qu'il a fait pour le maintien de la foi, la sauvegarde de la discipline ecclésiastique et l'extension du règne du Christ. La Députation est cependant bien éloignée de nier ces mérites ; si elle ne les a pas mentionnés, c'est que l'introduction ne le comportait pas : il ne s'agissait que de rattacher le concile du Vatican à celui de Trente et de montrer que, malgré les fruits abondants produits par ce dernier, il était de nouveau devenu nécessaire de combattre l'incrédulité (2).
Dans la deuxième classe sont comprises quatre observations qui concernent l'introduction (3). Chacune d'elles, sauf la dernière, se subdivise en deux ou trois autres. Les vœux que les Pères y expriment sont de peu d'importance. Le plus important, reproduit par deux d'entre eux, critique cette phrase du quatrième paragraphe de l'introduction : Tum nata est et late nimis per orbem vagata illa rationalismi seu naturalisait doetrina (4). Le rationalisme, dit l'une des remarques, ne date pas du morcellement du protestantisme en plusieurs sectes et du mépris où est tombée la Bible; il est bien plus ancien; il se trouve dans toute hérésie, qui préfère le jugement de la raison individuelle à l'autorité de l'Eglise. Il y a même eu dès les temps anciens
(1) G. V. 739 cl. Voir sa relation : C. V. 232 sqq.
(2) C. F. 232 d. sq.
(3) Emend, 6 octobre. C. V. 220-221.
des hérétiques qui ont affirmé explicitement la prééminence de la raison naturelle. La seconde remarque cite à l'appui les représentants du rationalisme dans le passé, Bérenger, Abélard, Amaury de Bêne, David de Dinant. MKr Gasseï accorde que ces remarques sont fondées, si l'on veut prendre le mot rationalisme dans son sens le plus large. Tous les hérésiarques, à commencer par Arius, ont été en un sens des rationalistes, puisqu'ils se fiaient plus à leur dialectique qu'à la simple doctrine de l'Evangile; suivant la parole de Cyrille d'Alexandrie, ils avaient constamment Aristote à la bouche et accordaient plus de confiance à la science de ce philosophe qu'à la Sainte-Ecriture. Mais pour le rationalisme moderne, qui nie directement ou indirectement tout l'ordre surnaturel, son origine est incontestablement dans le morcellement du protestantisme et dans le trouble des esprits qui en a résulté (i).
M61" Gasser réunit dans la troisième classe trente-cinq observations contenant une critique des premiers mots du premier chapitre Sancta Romana Catholica Ecclesia (2), qui, au moment de la délibération particulière sur ce passage, avaient déjà été l'objet de tant de discussions (3). Ce qui choque surtout dans ce début, répète-t-on encore, c'est que les Anglicans y verront une confirmation de leur théorie sur les trois groupes également légitimes de l'Eglise catholique : le groupe catholique-romain, le groupe catholiqueanglais et le groupe catholique-grec. Les mots romana cathO' lica ecclesia seront pris au sens de branche romaine de l'Eglise catholique universelle d'autant plus facilement que la langue anglaise ne fait pas, comme la latine, de distin( tion entre les expressions romana catholica et romane catholica ; elle ne connaît que l'expression roman catholi
(2) Emend.,9-U ; C. V. 221 b. sqq.
(3) Voir ci-dessus, p. 70 sqq.
church. Les auteurs de ces remarques font encore valoir plusieurs autres motifs, et proposent diverses modifications. La Députation de la foi crut devoir accéder aux vœux d'un si grand nombre de Pères : « Quant à cette difficulté, dit M-j Gasser dans son rapport, quelques membres de la Députation ont d'abord été d'avis qu'on s'en était déjà expliqué et qu'il n'y avait pas à revenir sur la décision prise. Mois en réalité on ne s'est pas encore prononcé sur cette question. Ce qui est hors de conteste, c'est que la virgule ne doit pas se placer entre les deux mots romana catholica. Mais sur le nom à donner à l'unique et véritable Eglise de Jésus Christ sur la terre, il n'y a eu ni discussion ni décision; l'avis unanime delà Députation delà foi a donc été qu'il fallait tenir compte de cette difficulté. Diverses formules ont été proposées par les Pères; entre toutes, la Députation a préféré celle qui se trouve dans la 23eremarque : Sancta Catholica Apostolica Romana Ecclesia; naturellement elle ne doit figurer qu'en tète de la première constitution dogmatique; la Députation de la foi la juge tout à fait acceptable; il faudra donc procéder à un nouveau vote a son sujet» (i). Ce vote eut lieu à la fin de la lecture du rapport, et la formule proposée fut acceptée presque à l'unanimité (2).
La quatrième classe se compose de toutes les autres objections, qui portent sur les quatre chapitres et les canons (3). Il y a deux catégories que Mgr Gasser exclut de son rapport : celles qui concernent uniquement le style, et celles qui ont été débattues déjà en congrégation générale, et ont été rejetées. Les premières sont au nombre de douze
(1 lïelatio, etc. C V. 235 a. b.
É) C. I" 245 c. sq.
(3) En; end. ,45-110. C. Y. 224 b. sqq.
environ et les secondes de cinquante. Les Pères qui avaient déposé la première fois des projets d'amendements semblent souvent avoir persisté dans leur opinion et avoir tenté, malgré le vote contraire de la majorité, un nouvel essai pour faire accepter leurs propositions. Mais il n'y avait aucun motif de les soumettre encore une fois à un examen ou à un vote en congrégation générale. Mgr Gasser ne veut discuter que celles sur lesquelles on ne s'est prononcé que d'une façon générale, ou qui prêtent à quelque remarque particulière, ou qui contiennent quelque idée nouvelle méritant l'attention.
A cette catégorie appartiennent les quatre premières, qui visent la définition affirmant la possibilité pour l'homme de connaître avec certitude l'existence de Dieu par les lumières de sa raison naturelle. Les explications données, qu'il ne s'agit là que de l'homme en général, et non pas des individus pris séparément; qu'on y attribue à l'homme seulement la faculté de connaître Dieu avec certitude, mais non la connaissance de fait, n'ont pas satisfait les auteurs des observations. Une puissance de connaître, disent-ils, qui n'atteint jamais son objet mérite plutôt le nom d'impuissance. Or, aucun homme laissé à lui-même, ni Aristote, ni Platon, ni Cicéron, n'a connu avec certitude Dieu comme principe et fin de toutes choses. La majeure du syllogisme, répond Mgr Gasser, prêterait à plus d'une distinction : on peut cependant la laisser passer. // Mais la mineure est fausse ; et il prouve, d'après les œuvres d' Aristote et d'après ses commentateurs, que ce philosophe a connu Dieu comme cause efficiente et finale du ciel, de la terre et de toutes choses. Et Platon n'at-il pas enseigné, lui aussi, que la fin de l'homme consiste dans une imitation aussi parfaite que possible de la divinité? A cette proposition, que l'homme peut connaître Dieu par les lumières de sa raison naturelle, on objecte que l'homme n'a jamais vécu dans l'état de nature pure; mais il suffit de
remarquer qu'il est ici question non de l'exercice de sa raison, mais de sa puissance (i).
Notons aussi la réponse de Mgr Gasser au vœu émis par un Père de distinguer dans le schéma les libri sacri des libri canonici. L'auteur de la proposition avait précisé de façon exacte et claire en quoi consiste la différence : Ratio sacri consista in divina inspiratione, quam Ecclesia agnoscit ex traditione ; ratio autem canonici derivatur ex eo quod Ecclesia, librorum divinitate recognita, illos in canonem recenset, et uti sacros recipiendos esse déclarât (2). Mais Mgr Gasser ne croit pas qu'il soit nécessaire d'insister sur cette distinction : Reapse qnoad etymologiam est discrimen intcr lias voces ; imo etiam in hypothesi polest distingui inter librum canonicum et inter librum inspiraium sen potins viceversa : sed in concreto, sicut nos loqnimiir de libris sacris Veteris et Novi Testamenii, nullnm datur discrimen inter libros canonicos et inter libros inspiratos sen sacros. Les concepts, avoue donc Mgr Gasser, sont différents; mais, en fait, tous les livres inspirés qui existent sont canoniques et réciproquement (3). Cette réponse peut être vraie, mais elle est difficile à prouver. Au reste, Mgr Gasser ne fait ici que compléter ce qu'il avait dit précédemment sur le même sujet (4).
La proposition qui suit est plus importante, et aussi la réponse du rapporteur. Dans le décret sur l'interprétation des Ecritures, il est dit que l'exégète doit se tenir à l'interprétation de l'Eglise in rebns fidei et morum ad aedificationem doctrinae christianae pertinentinm. Un des Pères avait proposé de supprimer cette restriction. Il donnait trois raisons : i° L'Eglise est, sans restriction, l'interprète
(1) Relatio etc. C. V., 236 c. sqq.
(2) Emend., 59. C. F., 225 cl.
(3) Relatio, etc. C. V. 239 d. sq.
(4) Relalio, etc. C. V. 438 cl. sq.
de la Sainte Ecriture;// 2° Si on laisse ces mots dans le schéma, le décret n'obligera l'exégète à suivre l'interprétation de l'Eglise que dans les questions de foi et de morale; dans les autres, dans les questions d'histoire, par exemple, il gardera sa liberté, ce qui, par ce temps de rationalisme et de mythisme, est plein de dangers; 3° Le décret du concile de Trente a un tout autre sens (i). Sans doute, répond aI?' Gasser, l'Eglise a le droit d'interpréter toute l'Ecriture Sainte. Mais pour ce qui regarde la liberté de l'exégète dans les matières historiques et autres semblables : « Ces interprétations, ou bien ne vont pas contre le dogme de l'inspiration de l'Ecriture- Sainte et de chacune de ses parties, ou bien lui sont contraires. Dans le premier cas, on peut les discuter en toute liberté ; dans le second, si l'interprétation d'une vérité d'histoire va à rencontre du dogme de l'inspiration, on se trouve en présence d'une question de foi, et dès lors l'Eglise a certainement le droit de se prononcer. » Par questions d'histoire et autres semblables, M6* Gasser entend sans doute les passages de la Sainte Ecriture dont l'objet est tout profane, dont le contenu n'a de soi rien de religieux. C'est dans leur interprétation qu'il laisse à l'exégète sa liberté. Au cas cependant où, dans l'interprétation d'un de ces passages, celui-ci se mettrait en contradiction avec un dogme, il relèverait même alors de l'autorité de l'Eglise. C'est comme exemple que le rapporteur cite le cas où l'interprétation d'une vérité d'histoire contredirait le dogme de l'inspiration. Il n'y a absolument rien à reprendre à tout cet exposé . On se demande seulement si le décret de foi a bien le sens qu'adopte M-1' Gasser; si les mots res fvlc'i et morum y désignent les passages dont l'objet est religieux, par opposition à ceux dont le contenu est profane, si, par conséquent, l'obligation imposée à l'exégète de
(1) Emend.,m. C. V. 226 a. sqq.
suivre l'interprétation de l'Eglise est restreinte aux premiers (i). Le fait que cette explication du décret a été donnée en pleine assemblée conciliaire avant le vote final, par le représentant de la Députation de la foi, lui donne assurément une très liante autorité; à lui seul, il ne suffit pourtant pas, semble t il, à l'imposer définitivement. / Si la Députation de la foi avait trouvé elle-même cette formule, et si son rapporteur l'avait exposée en son nom, le sens ne saurait plus être douteux. Mais ce n'est pas le concile du Vatican qui a rédigé cette partie du décret; elle se trouve déjà dans le décret du concile de Trente surl'interprétation des Ecritures, que celui du Vatican a voulu se borner à renouveler. C'est donc d'après l'histoire du concile de Trente qu'on devra chercher à établir le sens exact de cette formule.
La Députation de la foi n'admit que deux des projets d'amendement contenus dans la quatrième classe. Le 0-:' faisait remarquer que, dans une citation du second concile d'Orange, le schéma portait assentiendo au lieu de consèittiendo. La faute fut corrigée par la Députation et MSI- Gasser ne pensa pas qu'il fût nécessaire de faire voter les Pères sur ce changement (2). Le second projet (3) adopté fut celui qui, dans le 3e canon du second chapitre, recommandait d'ajouter au mot ad cognitionem les deux suivants : et perfectionnent ; le parallélisme avec l'expression qui vient ensuite veri et boni })Osse.s$ionem serait ainsi complété. Sur ce point, l'approbation de la congrégation générale fut à peu près unanime (^).
(1) C'est l'interprétation que j'ai adoplée dans mes Constituliones dogrnatiçae Concilii Valicani (Fribourg, 1898)'. Elle a été attaquée par Schopfer : Bibel und Wissenachaft (Brixen, 1892) p. 104 sqq. Je l'ai soutenue de nouveau dan- le Katholik (1898, I, 289 sqq. 385 sqq). Nisius l'a de nouveau attaquée dans Zeitschr. f. kathol. Théologie, 1899, p. 282 sqq. 460 sqq.
(2) C. F. 226 c. 241 cl.
(3) Emend., 98 1/2. C. V. 229a.
Dans le travail du rapporteur de la Députation sur les autres projets d'amendement, nous devons encore noter son aveu que le Ier canon du second chapitre : « Siquis dixerit, Deum unum et verum, Creatorem et Dominum nostrum... Raturait rationis lumine cognosci non posse., A. S. «ne définit pas, à proprement parler, la possibilité de connaître la création au sens propre du mot par les seules lumières de la raison.
Un des Pères en effet avait proposé de supprimer les mots Creatorem et Dominum nostrum, comme posant à cet endroit une question dont, disait-il, on doit éviter de s'occuper, à savoir : si la création (ex nihilo) peut être connue avec certitude par la seule raison (i). « Il est vrai, répond à ce propos Mgr Gasser, qu'à l'époque de Saint Bonaventure, on a longuement discuté dans les écoles catholiques pour savoir si les philosophes païens de l'antiquité avaient connu ou non la création (ex nihilo); mais tout le monde convenait qu'ils avaient au moins pu connaître le Dieu créateur. Et, en effet, si je ne me fais pas illusion, si j'ai bien compris tout au moins Aristote, sou erreur a été bien plus d'admettre l'éternité du monde que d'en nier la production par Dieu. Je sais bien que les deux erreurs sont intimement liées entre elles. Mais la Députation de la foi n'a pas cru pouvoir se permettre d'effacer le mot Creatorem qui se lit au livre de la Sagesse dans un passage traitant de la même question » (2).
Les propositions de la cinquième et dernière classe, au nombre de quarante environ, concernaient les deux paragraphes d'exhortation de la fin. Cette conclusion était, d'après les uns, à supprimer complètement, d'après d'autres, à changer, d'après d'autres encore, à transporter à la fin de toute la constitution de fidc catholica (3).
(1) Emend , C. F. 229 a.
(2 Relnlio etc. C. V. 243 a b.
(3) Emend. , 111-148 C. V. 230 b. sqq. 244 d. sqq.
Ces projets d'amendement émanaient, pour le plus grand nombre, des Pères de la minorité. Certains d'entre eux étaient pleins de défiance pour la seconde de ces exhortations; ils craignaient que la doctrine de l'infaillibilité du Pape ne s'y dissimulât ou n'y fût énoncée implicitement. Mgr Kenrick, archevêque de Saint-Louis, prête ces paroles au rapporteur de la Députation de la foi : « Ces exhortations n'ont été ajoutées que pour donner à la constitution une conclusion convenable; elles n'ont absolument rien de doctrinal, leur caractère est plutôt disciplinaire que dogmatique. » A la suite de cette explication, beaucoup auraient été d'avis qu'il n'y avait plus, malgré ces dernières phrases du décret, à lui refuser leur approbation. D'autres, au contraire, et il était du nombre, auraient redouté un piège. Ce n'était pas qu'il voulut soupçonner les évoques qui avaient rédigé le décret. Mais il y avait en dehors du concile des « viri religiosi » (?) qui y exerçaient une influence considérable et qui visaient à accroître l'autorité du Pape aux dépens de celle des évêques (i). — On a peine à croire qu'un pareil soupçon ait pu venir à un évêque. Sans parler des autres moyens d'information, chacun n'avait-il pas sous les yeux ce paragraphe final, et ne suffisait-il pas d'en prendre connaissance pour l'apprécier comme l'avait fait, au dire de Mgr Kenrick lui-même, le rapporteur de la Députation (2) ? //La doctrine sur laquelle s'appuie cette exhortation, qu'il faut se garder aussi des erreurs qui, sans être nettement hérétiques, confinent cependant à l'hérésie, et que les décrets du Saint-Siège les condamnant doivent être observés, cette dootrine, dis-je, ne peut cependant pas faire l'objet d'un doute pour un évêque catholique.
Voici comment s'exprime M8* Casser au sujet des proposi-
(1) Pétri Kenrick, Concio habenda elnon habita (Neapoli, 1870), p. 66.
(2) Je ne trouve rien qui y ressemble ni dans le rapport de M" Pie ni dans celui de M"Gasser.
tions de la cinquième classe : « La Députation de la foi est revenue à plusieurs reprises sur cette question dans ces séances, et son opinion a constamment été la même : cette conclusion ou quelque autre admonition semblable est absolument nécessaire. Car elle ne pouvait se dissimuler le dommage qui résulterait, si l'opinion venait à s'établir que tout ce qui reste en debors des chapitres et des canons de cette constitution peut être livré dans les écoles à la libre discussion sans restriction aucune. Le mal serait d'autant plus grave qu'il s'est écoulé plus de siècles entre le concile de Trente et celui du Vatican, et la Députation de la foi ne croit pas qu'on puisse le prévenir autrement qu'en rappelant aux fidèles, à la fin de la constitution de Fide, leur devoir de repousser et de refouler les erreurs, et en avertissant les maîtres qu'il ne suffit pas à un catholique sincère d'éviter ce que lui interdit une définition de foi, mais qu'il lui faut aussi observer les décisions rendues par décret du Siège Apostolique. Dans les séances de la Députation de la foi la nécessité de ces exhortations n'a donc pas été un seul instant l'objet d'une discussion ; on n'y a hésité, et encore une fois seulement, que sur la place [à leur donner] et le moment [d'en parler] et le Révérendissime Evêque qui a parlé ici en dernier lieu comme rapporteur vous a exposé, Révérendissimes Pères, pour quels motifs la Députation avait cru devoir insérer ici cette conclusion. Il va de soi, au reste, que rien rre sera changé à la valeur dogmatique des décrets du Saint-Siège, c'est-à-dire aux censures qu'ils comportent, alors même que cette conclusion sera confirmée et promulguée par le concile; '/valeur dogmatique et censure resteront absolument ce qu'elles étaient avant le décret. C'est pourquoi, Révérendissimes Pères, je vous prie et vous conjure tous de donner aussi à cette conclusion un vote favorable » (i).
(1) Relatio, etc. C. F. 244 d. sqq. — Ces paroles de M61 Gasser montrent com-