‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 70 sur 140 · ADHESIONS AUX LETTRES DE GRATRY · texte numérisé non relu

ADHESIONS AUX LETTRES DE GRATRY

efforts » Msr Strossmayer prie Gratry d'écrire sa seconde lettre : le temps presse. « Que Dieu vous protège, conclut-il, et vous assiste puissamment dans vos nobles efforts (i). » 51gr David écrit à Gratry cjue jamais parole plus puissante n'est arrivée plus à propos que la sienne. « Le mal et le danger sont si grands que le silence deviendrait de la complicité. A toutes les voix qui s'élèvent dans le concile avec une force et une liberté vraiment épiscopales, vous avez uni la vôtre, qui est arrivée pour nous fortifier, en provoquant l'admiration de tous les amis de la vérité. » Dans un postscriptum, l'évèque ajoute : « Jamais on ne réfutera le fait principal des trois conciles œcuméniques et (le serment) des papes à leur prise de possession. Attendez-vous à tous les outrages. C'est le sort de la vérité en face de la passion (2). » //

De tels écrits devaient nécessairement augmenter la confiance déjà si grande que Gratry avait en lui-même et l'encourager à s'avancer davantage dans la voie où il était entré. Mais bientôt allaient se faire entendre des voix épiscopales qui rendaient un tout autre son. A l'apparition de la deuxième lettre, plusieurs évoques français, usant de leur autorité épiscopale, exprimèrent, sous diverses formes, leur réprobation pour les deux lettres, et en interdirent la lecture dans

(1) C. F., 1383 a. sq. Ldtrc «lu 25 janvier J870.

2) C. V., 1383 c. — La lettre de M" David fut connue plus tard: Msr Scandella, vicaire apostolique de Gibraltar, s'adressa à son auteur au sujet de la phrase, d'après laquelle Gratry se serait uni à toutes les voix qui s'élevaient dans le concile avec une force et une liberté vraiment épiscopales et les aurait fortifiées. De celte phrase on conclut, dit-il, que les doctrines du P. Gratry ont été soutenues au concile, ce qui, Mer David le sait bien, n'a pas eu lieu ; il tient donc la lettre pour apocryphe et a l'intention de protester publiquement contre elle afin de détruire une affirmation si injurieuse pour la foi de l'épiscopat. N'ayant obtenu aucune réponse de M*' David, M" Scandella envoya plus tard sa lettre à I'Univers. ME' David écrivit ensuite à I'Univers pour se plaindre de la publication de sa lettre à Gratry — il croyait, en effet, à tort (Univers du 8 mars), que c'était I'Univers qui l'avait rendue publique — et pour apporter quelques motifs capables de justifier l'envoi d'une telle lettre. Voir la lettre de M5* Scandella à M5' David, et celle de ce dernier à I'Univers, dans C. Y. 1383 d. sqq. et 2384 b. sqq.

leur diocèse, comme aussi des publications ultérieures de Gratry. Le premier qui le fit fut Mgr André Rass, de Strasbourg.

Dans une lettre au clergé et aux fidèles de son diocèse, datée du 19 février 1870, il dit(i):

Nous avons pris connaissance de deux lettres publiées par M. l'abbé Gratry sous ce titre : Mo>- l'éoêque d'Orléans et Ma1' l'archevêque de Malines, et après nous être convaincu de leur authenticité, usant de notre droit de juger, en ce qui nous regarde et pour notre diocèse, les écrits qui nous paraissent répréhensibles au point de vue de la doctrine et dangereux pour les fidèles confiés à notre sollicitude pastorale ;

Considérant que, à l'occasion d'un débat théologique qui s'est élevé entre deux vénérables prélats, l'auteur des dites lettres, dépassant toute mesure, déclare qu'une leçon du bréviaire romain est « un récit mensonger et intolérable » ; ajoutant quejamais il n'y eut dans l'histoire de plus audacieuse fourberie, ni de plus insolente suppression des faits les plus considérables;... que le bréviaire romain résume une longue suite de fraudes dans un dernier et solennel mensonge (I,e Lettre, p. 77), et ailleurs : J'aurais pu vous montrer aussi sur cette question les efforts séculaires des liturgistes de la cour romaine pour étouffer la vérité par l'altération du bréviaire (IIe Lettre, p. 74) ;

Attendu que, par ces paroles, l'auteur outrage d'une façon scandaleuse l'Eglise romaine, qui a autorisé et approuvé ledit bréviaire, qui oblige tous ses prêtres à le réciter journellement, et qui, par conséquent, dans l'hypothèse de l'auteur, n'aurait pu être que dupe ou complice de ce qu'il lui plait d'appeler la plus audacieuse fourberie qu'il y ait dans l'histoire ; \\

Considérant de plus que, voulant qualifier les sentiments et les procédés de Y école qui n'admet pas que les papes puissent errer sur la foi dans les constitutions dogmatiques destinées à fixer l'enseignement dans l'Eglise entière, l'auteur s'oublie jusqu'à dire: Il n'y a plus ici ni science, ni raison, ni discussion, ni attention, ni opération intellectuelle quelconque ; c'est un vertige, c'est une ivresse qui ne sait plus discerner les objets (Ire Lettre, p. 37). Et ailleurs : Connaissez-vous dans l'histoire de l'esprit humain une question théologique, philosophique, historique, qui ait été aussi déshonorée par le mensonge, la mauvaise foi et tout le travail

(1) C. K.,1391b. sq«i.

Page 1