PROTESTATIONS EN FAVEUR DU CONCILE
vraiment effrayé du trouble profond, des anxiétés douloureuses et des ruines irrémédiables qui doivent se produire dans les consciences et dans les âmes (i). » Et de fait il était à craindre que l'opinion publique ne se laissât égarer par les écrits contre le concile, et les évoques de France considéraient comme un pressant devoir pour eux de combattre avec force et décision ces productions délétères.
La première voix qui s'éleva pour la défense du concile fut celle de l'arclievêque de Cambrai, Mgr Régnier, l'un des prélats français les plus en vue, dans une longue et substantielle lettre à son clergé, du i5 mai (2). « Tout ce qui concerne l'auguste et sainte assemblée, dit-il dans son préambule, n'a cessé d'être, depuis ses premières réunions, l'objet de préventions pleines d'aigreur, de critiques malveillantes et de récits mensongers. Cette acrimonie et cette hostilité persévérantes ne se rencontrent pas seulement dans la presse antichrétienne : nous avons le regret profond de la rencontrer dans des publications dont les auteurs font profession de partager notre foi catholique et dont plusieurs même sont du clergé. »
Dans la première partie, le prélat répond à quelques griefs élevés contre le concile. On avait souvent dit que la salle de réunion, même après sa modification, était absolument impropre à tout usage. Dans la brochure Ce qui se passe au Concile, on lit encore : « La salle dans laquelle se tient le concile, par une fatalité singulière, a été si mal disposée qu'à l'origine il était littéralement impossible d'entendre un seul mot; aujourd'hui encore, malgré des améliorations accordées non sans peine, la voix ne parvient pas au quart des auditeurs. » L'archevêque, au contraire,
(2) C. V. 1409 d. sqq. — Traduction allemande deScheeben. Périod. blatte 11,167 sq.
constate que « la salle conciliaire, à laquelle on avait donné (à l'origine) une trop grande étendue, a été réduite à des proportions très convenables. Telle qu'elle est maintenant, tout orateur qui aura une voix ordinaire et parlera distincte ment s'y fera entendre, sans effort, de tout son auditoire Il y a, du reste, dans les graves différences que présente la prononciation du latin suivant nos diverses nationalités, une difficulté indépendante de toutes les conditions d'acoustique et que notre assemblée porterait partout avec soi. Tout le monde sait qu'il est des orateurs qui, à raison de la faiblesse ou de quelque autre défaut de leur organe, ne peuvent se bien faire entendre nulle part (i). » /
Au sujet du manque de liberté dont il a été si souvent question, et dont les deux écrits mentionnés plus haut faisaient leur principal chef d'accusation, Mgr Régnier s'exprime ainsi : « Nous vous afiirmons, chers coopérateurs, que les évêques sont parfaitement libres, et nous n'hésitons point à dire que l'immense majorité de nos vénérables collègues partage à cet égard notre conviction. Nous avons assisté à toutes les Congrégations générales, sans en excepter une seule, et c'est comme un témoin attentif et impartial de tout ce qui s'y est passé que nous le répétons : Oui, la liberté dans le Concile a été poussée jusqu'à ses dernières limites. Les éminents cardinaux qui président nos séances l'ont respectée avec une délicatesse portée jusqu'au scrupule, et qu'on a du trouver quelquefois exagérée. Quiconque a demandé la parole l'a obtenue, et il a pu la garder tout le
(1) Dans une note au passage cité plus haut, on lit dans Ce qui se passe an Concile : « Un cardinal, assez rapproché de la tribune cependant, disait dernièrement qu'il n'avait entendu que quatre mots depuis l'ouverture du Concile ». Cela est tacile à expliquer si le cardinal était d'oreille dure. Dans une note au passage que nous citons de M1' Régnier, Scheeben raconte qu'un évëque allemand s'était plaint dans une réunion de ne pouvoir entendre quoi qu'il fût bien placé. « Ses amis pouvaient naturellement en savoir la cause, mais le public qui assistait à la conversation ne la connaissait pas. » L'évèque était un peu sourd.