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temps qu'il a voulu. Si, dans l'espace des cinq mois qui se sont écoulés depuis l'ouverture du Concile, trois ou quatre orateurs ont été arrêtés dans le développement qu'ils voulaient donner à leurs discours, c'est qu'ils s'étaient tout à fait écartés de la question et qu'il était évidemment nécessaire de les y rappeler.
» Toutefois, l'expérience ayant fait voir que cette liberté illimitée de discourir donnait lieu à d'interminables et inutiles longueurs, le règlement primitif a dû, selon le vœu et sur les instantes demandes de la grande majorité des évèques, être modifié à cet égard dans un sens légèrement restrictif. La clôture des discussions pourra désormais, sur une demande signée par dix Pères au moins, être mise aux voix par le président, et, s'il y a lieu, prononcée par l'assemblée. // Mais il reste parfaitement loisible à chacun des Pères d'exprimer d'abord par écrit, puis de développer de vive voix, ses observations sur l'ensemble et sur chaque partie des schème.s ou projets de décrets, de proposer tels amendements et telle nouvelle rédaction qu'il juge convenables ou nécessaires. Toutes ces observations, tous ces amendements, toutes ces propositions sont soumis à l'examen et à l'appréciation de l'assemblée, qui en vote, en parfaite connaissance de cause, le rejet ou l'adoption.
» La minorité a-t elle légitimement à se plaindre des procédés de la majorité à son égard? Peut-on dire qu'elle soit victime de quelque intolérance? qu'elle subisse quelque oppression? Non, messieurs et chers coopérateurs, non ! La majorité, s'il nous est permis d'emprunter ces dénominations à des assemblées délibérantes d'un autre genre, la majorité a toujours eu pour la minorité, pour l'opposition, comme disent quelques-uns, les égards, la déférence, la patience respectueuse que la religion commande et qu'exige la charité. Comment, continue le prélat, dans un concile que TEsprit-Saint garantit de toute erreur, la minorité pourrait-
elle être eu matière de doctrine opprimée par la majorité? Ou c'est la vérité qu'elle soutient, et dans ce cas le Saint- Esprit lui ralliera la majorité, ou elle se trompe, et l'invincible opposition que rencontre l'erreur qu'elle veut faire prévaloir n'est point, de la part de la majorité, une oppression, mais le légitime usage d'un droit incontestable et l'accomplissement d'un indispensable devoir. »
Les adversaires du Concile ont souvent mis en doute la compétence des Pères relativement aux « idées modernes »: étaient ils assez au courant des progrès de notre civilisation et du mouvement intellectuel de notre époque? Connaissaient-ils assez exactement ce que réclament les intérêts catholiques dans les différentes contrées de la terre, dans les pays surtout où domine le schisme, l'hérésie, l'infidélité, le scepticisme philosophique? En face de ces doutes, l'archevêque rappelle quels sont les Pères qui composent la Députation de la foi. Ils représentent a l'Espagne, la France, l'Irlande, la Hongrie, la Hollande, la Turquie, les Deux- Siciles, la Pologne, le duché de Modène, le Brésil. la- Bavière, la Belgique, les Etats-Unis, la Suisse, le Tyrol autrichien, le Chili, l'Angleterre, la Vénétie, Rome, les Indes Orientales, la Prusse et la Californie. Ces éminents prélats... appartiennent à toutes les classes sociales; ils ont été et sont encore mêlés à toutes les affaires politiques, à toutes les révolutions de leurs pays; // ils ont suivi avec une attention constante, comme c'était leur devoir, ce mouvement des esprits, hélas! trop souvent désordonné, qui n'a cessé d'agiter notre siècle; ils ont observé tous les progrès utiles aussi bien que les humiliantes et dangereuses aberrations de la science moderne. Us vivent sous les régimes politiques les plus divers et les plus opposés, au milieu detout ce que le monde compte d'écoles philosophiques, de religions et de sectes, depuis le bouddhisme et le fétichisme le plus grossier jusqu'aux théories les plus subtiles et les
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plus nébuleuses des écoles allemandes. Ce que nous disons ici d'une fraction du Concile s'applique au Concile tout entier. On ne peut sans erreur ou sans mensonge prétendre que les évêques qui le composent ne connaissent en général ni les hommes, ni les choses, ni les besoins de leur temps. »
Mais les évêques, objecte-t-on, sont dominés par d'aveugles répulsions contre les aspirations libérales, contre les institutions politiques aujourd'hui régnantes et contre les progrès de la science.
Le prélat répond que les évêques ont encore sous les 3reux l'enseignement de l'Apôtre : « Que tout ce qui est vrai, juste, saint, que tout ce qui mérite estime et louange, et peut contribuer à rendre la vie mieux réglée et plus digne, soit l'objet de vos pensées. (Phil. 48-) Qui suit une telle doctrine ne saurait être l'ennemi d'aucun vrai progrès. On calomnie l'épiscopat catholique, quand on le représente comme opposé en tout et de parti-pris aux idées, aux libertés et aux institutions modernes; comme n'éprouvant que répulsion et n'ayant que des anathèmes pour le progrès, la science, les arts, la civilisation, bref pour tout ce qui passionne la société actuelle. C'est dans l'intérêt de cette société, c'est pour sauvegarder son avenir que nous repoussons une partie de ce qu'on appelle les idées modernes. Adoptant de grand cœur ce qu'elles renferment de vrai, de juste, de noble et de généreux, nous combattons, quel que soit notre pays et notre nationalité, avec toute l'énergie de notre foi et de notre patriotisme, ce qu'on y mêle de faux, d'impur, d'immoral et de subversif. »
L'archevêque entre ensuite dans les détails et affirme, en particulier, que les évêques ne méconnaissent pas l'importance de l'opinion publique, mais que l'Eglise n'a pas à se soumettre en tout à cette « reine du monde ». // Où les Apôtres auraient-ils bien pu établir le royaume de Dieu sur la terre, s'ils avaient craint de froisser, par la prédication de
(1) L'archevêque composa bientôt après une deuxième lettre sur le gallicanisme et l'envoya à son clergé le 12 juin. Voir C. V. 1428 sqq.
l'Evangile, l'opinion publique de leur temps, et si, partout oùils excitaient des clameurs, ils s'étaient condamnés au silence? Et quel serait l'avenir du christianisme, que resterait-il demain de notre Symbole et de notre Décalogue, si les éA'èques en retranchaient tous les points que l'opinion qui domine aujourd'hui dans le monde désapprouve et voudrait supprimer?
L'évêque conclut cette première partie, en assurant que dans leurs décisions les Pères auront le plus possible égard aux dispositions religieuses de tous, mais qu'ils ont la mission spéciale de défendre la vérité et qu'il y aurait trahison de leur part à transiger en quoi que ce soit, au détriment de ses droits et de ses intérêts. « Afin donc de sauver au moins quelques-uns des infortunés qu'entraîne vers l'abîme le torrent des erreurs contemporaines, nous nous approcherons d'eux le plus possible, pour leur tendre la main; mais nous éviterons de nous incliner au point de perdre pied et de tomber dans le courant qui les emporte. »
Dans la deuxième partie, le prélat s'étend sur la question de l'infaillibité, et donne aux prêtres quelques avertissements sur la manière d'en traiter dans leur ministère. Il en donne une courte démonstration, touche la question de savoir si pour sa définition l'unanimité des suffrages serait nécessaire, si ces suffrages doivent être, non pas comptés, mais pesés et évalués d'après l'importance des diocèses, et si la définition est opportune. Il ajoute quelques mots sur les adversaires de la définition, sur les Gallicans et les catholiques libéraux, et conclut en exhortant ses coopérateurs à conserver dans leurs paroisses l'esprit d'ordre, de sagesse et de piété qui y règne et à les préserver de toute discussion passionnée (i). //
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Au débat de juin, un grand nombre d'évêques français, à l'exemple de l'archevêque de Cambrai, écrivirent à leur clergé pour protester contre les pamphlets; la plupart envoyèrent en même temps la lettre de Mgr Régnier, se déclarant en parfait accord avec lui. Ainsi firent les évêques d'Arras, d'Angoulême, de Beauvais, de Limoges, du Mans, de Laval et de Rodez, et les archevêques de Bordeaux et de Toulouse. En plus de ces prélats dont nous avons reproduit les écrits, en entier ou en partie, dans le recueil des Actes du Concile (i) du Vatican, nommons encore NjS". SS. Nogret, de Saint-Claude; Forcade, de Nevers; Ravinet, de Troyes; Magnin, d'Annecy; Jordany, de Fréjus et Toulon; et delà Tour d'Auvergne-Lauragnais, de Bourges (2).
(1) C. V. 1416 sqq.
(2) Ibid. 1428 b. c.