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LE CLERGE DE MARSEILLE

librement ses sentiments. Pie IX paraît en avoir été déjà informé. Dans~nne réponse du 7 mai, il témoigne aux trois prêtres sa joie de leur adresse et ajoute qu'il regrette de voir que des obstacles auxquels on ne devait nullement s'attendre ont entravé leur piété et leur liberté (1). Ce mot du pape délia les lèvres du clergé marseillais, et sur le champ (26 mai), une nouvelle adresse fut composée : elle portait les signatures de 347 prêtres (2), ayant à leur tête trois des quatre vicaires généraux et tous les membres du chapitre de la Cathédrale. // Une adresse des simples fidèles dans le même sens réunit plus de dix mille signatures; une seconde plus de deux mille (3).

Cependant la réponse du pape devenait publique, et dans l'allusion faite aux obstacles qui gênaient la liberté du clergé marseillais, l'évêque de Marseille, Mgr Place, vit la preuve que les trois prêtres signataires de l'adresse l'avaient accusé à Rome. Il leur écrivit aussitôt (26 mai) une lettre, où il leur reproche amèrement de l'avoir calomnié auprès du Saint- Père, soit dans leur adresse qu'ils avaient tenue si secrète, soit dans des délations verbales ou écrites : pour lui, il n'a pas donné le moindre prétexte aux accusations élevées contre lui (4). Deux jours après il envoyait cette lettre à tous les prêtres du diocèse en l'accompagnant d'un mot dans le même sens (5). Cette lettre ayant été publiée par un journal, l'un des trois prêtres ainsi frappés repoussa dans I'Univers les accusations de l'évêque, en faisant connaître en même temps le texte intégral de leur adresse au Saint-Père (6), et tous trois adressèrent à l'évêque une lettre plus longue (7) qui

(1) C. V. 1531c sqq.

(2) Ibid. 1458 a sq.

(3) Ibid. 1458 b sq.

(4) Ibid. 1436 d sq.

(5) Ibid. 1436 c sqq.

(6) Ibid. 1438 a'fsqq.

(7) Ibid. 1439»ic|.

jette une grande lumière sur la situation du diocèse de Marseille durant les discussions sur l'infaillibilité.

Ils débutent en déclarant qu'ils revendiquent pour euxmêmes le droit d'être en relation avec leur premier pasteur et qu'ils ne reconnaissent à personne qualité pour contrôler leur correspondance avec lui. S'ils n'avaient pas publié leur adresse, c'était par déférence pour leur évoque, parce qu'il leur a été défendu d'envoyer aucune adresse au Saint-Père. La réponse du pape montrait qu'il était informé de la situation du clergé marseillais. Ce n'était pas par eux, mais par d'autres, qu'il avait été mis au courant, et la chose a pu facilement se produire, puisqu'il est passé dans leur ville trois cents évoques se rendant au Concile, accompagnés d'un grand nombre de théologiens et de prêtres.

Ils repoussent ensuite catégoriquement le reproche de calomnie. Ni de vive voix, ni par écrit ils n'ont dénoncé leur évoque. Dans leur adresse, ils avaient parlé de «circonstances impérieuses » qui obligeaient les prêtres du diocèse de Marseille à un douloureux silence. Ils veulent expliquer pourquoi ils ont pu parler ainsi, en se permettant de rappeler quelques faits à leur évêque.

Un mois avant son départ pour Rome, l'évèque avait réuni les curés de Marseille dans son palais et leur avait déclaré qu'il se réservait à lui seul de permettre aux prêtres le voyage de Rome pendant le concile et que cette permission ne serait accordée que rarement et dans des cas exceptionnels. Il avait ensuite chargé les curés de faire connaître sa décision aux autres prêtres. Tous avaient vu là une défense faite aux prêtres de se rendre à Rome.

Peu après, le i5 novembre 1869, un des trois signataires. M. Caseneuvc, proposa dans une conférence ecclésiastique une adresse au pape en faveur de l'infaillibilité — le diocèse de Marseille n'en avait encore envoyé aucune. Elle fut aussitôt signée par tous les prêtres présents. Deux heures

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