LE CLERGE DE MARSEILLE 94S
après la conférence elle portait vingt-trois signatures. Mais le lendemain matin, un des vicaires généraux défendit, au nom de l'évoque, de continuer ces démarches. M. Caseneuve en appela à l'évêque, qui était déjà en route pour Rome. Celui ci, dans une lettre datée de Paris, lui défendit de donner suite à son projet, qu'il trouvait inopportun. M. Caseneuve obéit et renvoya les nombreux prêtres qui voulaient voir l'adresse et la signer.
A ce moment parut une lettre pastorale, où l'évêque faisait connaître son adhésion aux Observations de Mgl Dupanloup et les recommandait très instamment. « Nous fûmes profondément émus, écrivent les trois prêtres, en voyant que nous n'étions pas d'accord avec notre évêque sur une croyance traditionnelle dans le diocèse de Marseille. » L'évêque ayant dit dans son mandement de carême qu'on propageait dans le diocèse des interprétations erronées sur certains points de la doctrine chrétienne, ils avaient envoyé leur adresse au Saint-Père avec une profession ouverte de leur croyance à l'infaillibilité, ne voulant pas qu'on puisse douter de leur foi en cette doctrine.
Ils déclarent qu'ils ont pris part aux souscriptions de l'UxiVERS, qui étaient accompagnées de déclarations en faveur de l'infaillibilité. // Leurs supérieurs ont jugé sévèrement ces manifestations. On a dit qu'envoyer des adresses au Pape et souscrire dans I'Univers pour le Concile, c'était manquer de respect à l'évêque et se mettre en révolte contre lui.
Au moment où ils songeaient à envoyer leur adresse, le chapitre de la cathédrale conçut, lui aussi, le projet d'en envoyer une, mais il a été réduit au silence par les mêmes causes qui les entravaient eux-mêmes. A l'étonnement général, la Semaine liturgique a gardé sur certaines questions à l'ordre du jour un silence qui a été remarqué, et l'on disait publiquement que cette feuille était soumise à la plus
rigoureuse censure. Deux de leurs confrères qui avaien écrit dans des journaux pour défendre la thèse infaillibiliste avaient été réprimandés et réduits au silence. IAm d'eux qu avait préparé un travail important, n'avait pu obtenir l'autorisation de le faire imprimer.
a Monseigneur, continuaient les prêtres après avoir rappel tous ces faits, nous le disons avec douleur et respect, nou n'avions pas la liberté. Cet ensemble de faits, nous le répétons, prouve que nous avions des entraves et qu'un pression morale était exercée sur nous. » Ils en donnent pour preuve ce fait qu'à l'arrivée du bref pontifical presque tout le clergé, trois vicaires généraux en tête, a envoyé immédiatement avec bonheur une adresse au Saint-Père et que si l'on demandait aux quelques prêtres qui n'ont pas signé la raison de leur conduite, presque tous confesseraient leur croyance à l'infaillibilité et avoueraient qu'ils se sont abstenus uniquement par crainte de déplaire à leur évêque. Si tous ces faits sont conformes à la vérité — et qui pourrait en douter ? — il est prouvé qu'ils avaient raison de parler dans leur adresse au pape d'obstacles qui empêchaient les relations des prêtres de Marseille avec leur premier évêque. Mgl Place, qui était fort estimé de Dollinger, ne professait assurément pas la doctrine de celui-ci dans toute son intégrité : d'après Dollinger, en effet, le devoir de l'évêque au concile consistait à témoigner de la foi de ses ouailles. Or la croyance à l'infaillibilité dominait assurément dans le diocèse de Marseille : elle était moralement générale dans le clergé et à tout le moins largement répandue parmi les laïques. / Mgr Place, au contraire, fut au concile un des adversaires les plus décidés de cette doctrine et non seulement il s'abstint de la présenter comme la foi de ses diocésains, mais même il chercha à empêcher que les témoignages de cette foi ne pussent arriver à Rome par une autre voie,