‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 83 sur 140 · LE CLERGE DE SAINT-BRIEUC · texte numérisé non relu

LE CLERGE DE SAINT-BRIEUC

Une semblable opposition entre l'évêque et ses ouailles se produisit aussi dans d'autres diocèses, dont les pasteurs s'opposaient à la définition de l'infaillibilité. Ainsi dans celui deSaint-Brieuc : l'évêque, Mgr David, trouva chez les catholiques de Bretagne, si connus par leurs sentiments catholiques et leur profond attachement au Saint-Siège, une résistance encore plus décidée et plus générale que celle qu'avait rencontrée Mgr Place à Marseille; en revanche, cette résistance fut moins publique.

Mgr David avait pris parti avec une véritable passion, dans le concile, contre la définition de l'infaillibilité. Il alla si loin, qu'après la première lettre de Gratry, il félicita l'auteur, le couvrit de louanges et l'accueillit joyeusement, comme un précieux collaborateur dans la lutte contre la définition (i). Quand sa lettre à l'ancien oratorien fut rendue publique, ce fut dans tout le diocèse un cri d'indignation contre la démarche de l'évêque. Sa lettre à Gratry est datée du 25 janvier, mais elle ne fut pas connue tout de suite et était destinée à rester secrète. Elle ne semble pas avoir été publiée avant la fin de février, car c'est le Ier mars qu'elle parut dans 1' Univers (2). Le 11, quelques prêtres du diocèse de Saint-Brieuc rédigèrent une courte adresse au Saint-Père, dans laquelle ils exprimaient leur croyance à l'infaillibilité et déclaraient que leur plus vif désir était de voir le concile la définir (3). Le 25, M. Souchet, doyen du chapitre de la cathédrale, faisait savoir au rédacteur de I'Univers que l'adresse portait déjà la signature de huit cent cinquante et un prêtres.

Quelques chanoines de sa cathédrale écrivirent à l'évêque que c'était à cause de sa lettre à Gratry que l'adresse avait

(1) Voir plus haut, p. 200.

(2) C. V. 1383 c. <3) Ibid. 1480c.

été publiée dans I'Univers avec ce nombre considérable de signatures. / Ils lui faisaient ensuite savoir qu'il se préparait, sur tous les points du diocèse, des protestations dont les manifestations trop vives risquaient de l'offenser gravement. Pour céder au désir unanime, et par affection pour leur évoque, ils s'étaient décidés à se mettre à la tête du mouvement, pour le diriger et le maintenir dans de justes limites (i). Mer David envoya alors à ces chanoines une réponse qu'il fit imprimer, et envoyer, avec un mot d'introduction, à tous les prêtres du diocèse (2). Il en défendait la publication. Xous n'y trouvons à peu près rien qui mérite d'être relaté. Cette lettre contient surtout des reproches, incontestablement blessants, contre les chanoines et même tout le clergé. L'amertume de ces reproches est. encore augmentée par le sarcasme et l'ironie dont les accompagne l'évêque. Il leur indique quel est, d'après lui, le devoir du clergé pendant le concile : l'évêque, lui, s'y trouve comme témoin et juge de la foi. Comme témoin, il dit la foi qu'il a constatée, non pas seulement dans son diocèse, mais partout où il s'est trouvé. Comme juge, il prononce la sentence et définit definiens subscripsi. Après qu'au concile tout s'est passé suivant les règles et que la ratification du Saint-Père est donnée, toute discussion est terminée et l'Eglise entière courbe la tête devant l'autorité suprême. — Quant aux prêtres, pendant le concile, ils ont à se taire et à attendre avec patience la décision de l'assemblée. // « Et maintenant, Messieurs, s'écrie Mgr David, avez-vous compris votre devoir? — Sur des excitations dont je connais l'origine, vous avez jugé à propos de donner un témoignage officiel de la foi de mon

(1) Nous n'avons malheureusement pas le texte de cette lettre. Nous en donnons le contenu d'après la réponse de l'évêque qui est sous nos yeux.

(2) Lettre confidentielle à MM. les curés, recteurs, aumôniers et vicaires du Diocèse de S. Brieuc et de Tréguier. — Aucune des deux lettres n'est datée. Nous les avons trouvées dans la correspondance du Nonce apostolique de Paris.

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