L ADRESSE
Mgr Sénestrey en étaient, disait-il, les principaux promoteurs, et d'après des renseignements qui concordaient, cinq cents noms figuraient déjà au bas d'une pétition en faveur de la définition. Deux autres pétitions, émanées du groupe germano-hongrois des Pères, poursuivaient un but opposé; elles portaient, l'une vingt-cinq, l'autre quarante signatures, Ce groupe manquait de vigueur et d'organisation. Son principal tort était d'avoir pratiquement reconnu la légitimité du concile : « Il importe, avant tout, ajoutait-il, de diriger l'attaque contre la valeur juridique du concile dans sa constitution actuelle et contre le caractère obligatoire de l'organisation et du règlement que la curie lui a imposés. » Plus les évêques opposants resteraient de temps à Rome, plus ils s'habitueraient au joug romain et aux idées romaines. « Une grande part de responsabilité, continuait-il, dans cette marche insensible vers les « grandes conceptions » de Rome revient aux catholiques d'Allemagne; je ne le vois donner aucun signe de vie, ils ne soutiennent pas assez, par leur attitude, les Pères ou, si l'on veut, ne les importunent pas assez. Il est donc, ce me semble, de la plus haute importance d'attirer l'attention du public sur cet état de choses et d'organiser une manifestation qui aurait son retentissement jusqu'à Rome. Elle devrait surtout faire valoir que le monde catholique de l'Allemagne ne peut consentir à recevoir la loi de cinq cents Italiens, dont trois cents sont aux gages du pape. »
Dollinger n'avait guère besoin de cet appel. // Il y avait déjà travaillé dans le .7 anus; et c'était le but qu'il poursuivait maintenant dans les Lettres de Rome. 11 se mit aussitôt à l'œuvre pour combattre l'adresse infaillibiliste. L'écrit (i) est daté du 19 janvier et parut sous sa signature le 21 dans
(1) Quelques mots sur l'adresse pour l'infaillibilité. — C. V. ,1473, sqq.
I'Allgemeine Zeitung, par conséquent avant que la pétition ait été soumise au président du concile (i).
En premier lieu, il s'efforce de démontrer l'impossibilité de définir l'infaillibilité : «Cent quatre-vingts millions d'hommes devront — car c'est là ce que veulent les évêques signataires, — sous la menace de l'excommunication, de la privation des sacrements et de la damnation éternelle, croire et confesser ce que l'Eglise n'a jusqu'ici ni cru ni enseigné. »
Elle ne l'a pas cru. Car même ceux qui ont regardé jusqu'ici comme certaine cette infaillibilité du Pape ne pouvaient la croire dans le sens chrétien du mot. Entre la foi (fuies divina) et l'assentiment rationnel à une opinion probable la distance est immense. Le catholique ne peut et ne doit croire que ce qui est enseigné et proposé par l'Eglise comme vérité révélée par Dieu, appartenant à la substance de la doctrine du salut, élevée au-dessus de toute espèce de doute. Il ne peut et ne doit croire que les vérités dont la confession est nécessaire pour appartenir à l'Eglise, dont la négation est absolument prohibée par l'Eglise et rejetée comme erreur manifeste.
Donc personne, depuis les commencements de l'Eglise jusqu'à nos jours, n'a cru réellement à l'infaillibilité du pape... Beaucoup ont simplement supposé, admis comme probable, ou tout au plus comme humainement certaine (fide humana), cette prérogative .
Par suite, la modification que les évêques, auteurs de l'adresse, veulent introduire dans la foi et dans la doctrine de l'Eglise serait un événement unique dans l'histoire de l'Eglise : en dix-huit siècles rien de semblable ne s'est produit; ce qu'ils désirent n'est rien moins qu'une révolution dans l'Eglise ... Jusqu'ici le catholique disait : « Je crois telle ou
(1) Les explications qui l'accompagnent sont datées du 28 janvier. — C. V., 923, c.