‹ Histoire du Concile du Vatican (volume 5)Chapitre 97 sur 140 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'agitation en Allemagne et dans la Suisse allemande.

Les controverses qui avaient précédé le concile avaient déjà fort excité les esprits en Allemagne, mais depuis son ouverture les informations haineuses relatives aux événements de Home avaient rempli d'angoisse et de peine les vrais fils de l'Eglise, tandis qu'éclatait la joie méprisante de ses ennemis. Des compte-rendus perfides, très circonstanciés et très affirmatifs, étaient publiés chaque jour; les rectifications étaient rares, et, à cause du secret imj)osé, incomplètes et peu claires. // Enfin, un savant très célèbre en Allemagne était entré en lice. Cet événement excita la plus vive émotion, non seulement dans les milieux savants, mais dans tout le public, ou plutôt il agita jusque dans ses dernières profondeurs un public déjà excité.

Chaque jour, les journaux hostiles à l'Eglise apportaient à l'agitation un nouvel aliment. Trois surtout se distinguaient: I'Allgemeine Zeitung qui paraissait alors à Augsbourg, la Kôlxische Zeiting, et la Neue Fkeie Presse, de Vienne. A ceux-là se joignaient d'innombrables feuilles, grandes et petites, qui portaient dans toutes les villes, villages et hameaux, des informations fausses ou dénaturées. On recherchait avidement les détails piquants sur le ccncile. Le nombre des abonnés de I'Allgemeine Zeitung monta de plusieurs milliers, grâce aux intéressantes Lettres romaines

que nombre de ïeuilles locales reproduisirent comme feuilleton (i).

L'Allgemeine Zeitung ne se contentait pas de servir les informations des Lettres de Rome ; tout ce qu'elle pouvait recueillir de défavorable au concile, elle le communiquait à ses lecteurs avides de nouvelles sensationnelles. Ainsi, dans le nme numéro de Tannée du concile (2), elle composa avec plusieurs informations anglaises de jolies historiettes. D'après la Pall-Mall-Gazette, elle raconta que le jeudi, 3o décembre, dans la 5me congrégation générale, M-1' Strossmayer avait en termes enflammés attaqué les Jésuites, et condamné leur système et leur doctrine. « Considérez, vénérables frères, s'était-il écrié, la situation dans laquelle vous vous trouvez vis-à-vis de ces hommes. Ce sont eux qu décident et arrêtent toutes les dispositions du concile Songez-y, les décisions que vous êtes sur le point de con firmer par la plus haute autorité du magistère ecclésiastique ont été ébauchées, travaillées, formulées, écrites par ces hommes». La sonnette du président retentissait; mais le prince de l'Eglise continuait tranquillement, déclarant que sa conscience ne lui permettait pas de parler autrement. // Il « s'emporta alors dans une vigoureuse et irrésistible sortie contre la Compagnie de Jésus, exprimant des pensées qu'on n'avait jamais entendues dans une église de Home. Tous les yeux étaient tournés vers le général des Jésuites : celui-ci était assis parfaitement impassible, et ses lèvres esquissaient tranquillement leur demi-sourire habituel ».

C'était assez intéressant, et on pouvait croire que le narrateur avait assisté à une scène qu'il décrivait avec tant de détails, sans oublier même le sourire du général des Jésuites. De tout cela, une seule chose était vraie : de fait ce

(1 Kathojjk, 187-2, I. 356.

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