L AGITATION PAR LA PRESSE S
jour là, à la congrégation générale Mgr Strossmayer avait l'ait un discours — 1* Allgemeine Zeitung le pouvait apprendre de sources plus sûres que la Pall-Mall-Gazette, — mais des Jésuites il n'avait pas dit un mot. «Il n'a ni nommé ni blâmé les Jésuites, et que je sache, ni lui ni aucun autre évèque n'a été rappelé à l'ordre», déclarait une lettre de Rome du 25 janvier 1870 parue dans le Katholik (i), et nous pouvons contrôler la première de ces assertions à l'aide des comptes-rendus sténographiques (2). L'auteur de la lettre ajoute : « Pour ce qui est des Jésuites, il est notoire que le prélat en question est bien disposé à leur égard. Quoique dans son discours il n'ait pas fait une seule allusion aux Jésuites, je le sais de sa propre bouche, il se crut obligé d'exprimer au Père général son regret de ce que, à son insu et contre son gré, l'on ait usé ou plutôt abusé de son discours pour d'aussi haineuses insinuations ».
Quoi qu'il fût prouvé que c'était un mensonge, la nouvelle continua à se répandre et alla même grossissant. Peu après ce discours de Mgr Strossmayer, le Wanderer d'Agram publia le télégramme suivant : « D'après une lettre privée arrivée de Rome, jeudi soir deux inconnus ont attenté à la vie de l'évêque croate Mgr Strossmayer, lorsqu'il revenait à son domicile, le couvent illyrien de Saint-Jérôme. L'arrivée de plusieurs personnes a empêché le meurtre. Les assassins se sont échappés. La police romaine veut étouffer l'affaire.»// La Tagespresse ajoute : « Il est difficile de supposer que les assaillants en voulussent à la bourse du prince de l'Eglise, Après la violente attaque de Strossmayer contre les Jésuites, qu'il représentait comme falsifiant la religion catholique, on risquerait peu de se tromper en voyant dans cette tentative de meurtre le fait d'un fanatique esprit de parti ».
(1) Katholik, 1870, I, 247.
(2) M" Strossmayer n'a pas dit un mot des Jésuites : mais il est vrai qu'il lut interrompu, comme nous l'avons raconté plus haut, p. 94. sq.
La Politik de Prague trouve la conjecture si naturelle et si vraisemblable qu'elle l'ait cette réflexion : « Comme s'il ne fallait pas s'attendre à de tels exploits de la part de la gendarmerie catholique (c'est-à-dire des Jésuites) ! » — « Quel dommage pour ce genre de presse, dit Scheeben (i), à qui nous avons emprunté les deux dernières citations, que d'après des lettres publiées plus tard par des familiers de l'évêque, tout l'attentat se soit transformé en une demande de secours faite avec insistance par des mendiants à une heure avancée de la nuit. Quel beau thème on a ainsi enlevé à plus d'un journaliste! » Comme preuve des sentiments bienveillants de Mgr Strossmayer pour les Jésuites, Scheeben ajoute que chaque année l'évêque fait donner par eux dans son diocèse, des retraites pour les prêtres, et des missions pour le peuple (2).
On voit par cet exemple quelle sorte de nouvelles les feuilles libérales pouvaient mettre en circulation. Elle regorgeaient d'informations sensationnelles sur le Concile; mais elles ignoraient les démentis. Lorsque la Kreuzzeitung recommandait la circonspection à l'égard des nouvelles, et corrigeait ou démentait certaines communications antérieures, c'était une honorable exception. « Nous avons souvent, écritelle, averti nos lecteurs qu'il faut accueillir avec une grande prudence les correspondances ordinaires des journaux, parce qu'il est très difficile, pour ne pas dire impossible, aux correspondants de se procurer des renseignements exacts sur ce
(1) Z>«.s ôkumen. Konzil, I, 330.
(2) Qu'il soit permis d'ajouter que M" Strossmayer, même après le Concile, a toujours conservé sa bienveillance à la Compagnie. Il se donna beaucoup de peine pour fonder clans sa résidence épiscopale, à Diakovar, un collège de Jésuites. Des difficultés spéciales firent échouer ce projet. 11 choisit pour son secrétaire particulier un élève des Jésuites au collège germano-hongrois; plus tard, il le demanda à Rome comme coadjuteur. 11 est bien possible, que dans la chaleur du débat et de la lutte, il ait une t'ois prononcé une parole défavorable aux Jésuites, en qui il trouva des adversaires si décidés de ses opinions, mais il n'a jamais attaqué ni leur méthode, ni leur doctrine.
LES DEMENTIS 331
qui se passe à l'intérieur du Concile. // Nous ne taisons pas exception en faveur de nos propres correspondants, et nous sommes heureux de pouvoir aujourd'hui grâce à de meilleures informations corriger quelques erreurs considérables. Ainsi la nouvelle sur l'évêque de Diarbekir, et sur le prétendu moine arménien poursuivi par l'Inquisition, a été complètement dénaturée L'envoyé turc à Florence, Rustem-Bey n'est pas allé à Rome pour conclure un concordat avec le Pape. Mgr Strossmayer ne s'est nullement servi contre la majorité des expressions violentes que les journaux lui mettent sur les lèvres: nous nous en étions douté dès l'abord. On fait de la poésie, quand on assure que les cardinaux légats ont agité tous ensemble leur sonnette pour dominer le tumulte; il n'y a au Concile qu'une sonnette, celle du cardinal président. La scène dramatique de l'irruption des hussards fidèles et des serviteurs est controuvée. 11 va encore quelques autres erreurs dont nous avons reçu la rectification de source sure, comme nous l'avons dit; mais bornons-nous à celles-là, qui ont fait le tour de presque toute la presse allemande (i). »
Bien qu'évidemment fausses ou démenties ensuite, toutes les nouvelles de ce genre atteignaient leur but : elles égaraient les esprits. C'est ce but aussi que poursuivaient les nombreuses dissertations d'apparence savante, signées de noms considérés, sur les doctrines que le Concile songeait à définir, et sur les règles qu'on disait essentielles à tout concile et qu'on foulait aux pieds au Vatican. Nous avons parlé plus haut des principaux écrits polémiques de cette époque.
On en traduisit du français ; ainsi Fridolin Hoffmann 2), publia les quatre lettres de Gratry, et I'Allgemeixe Zeituxg (3) le travail de Loyson sur le Gallicanisme. .T. Huber
(1) Voir Scheeiîen. loc. cit., p. 432.
(2) Voir plus haut p. 191.
(3) 1870, p. 801 sq., 81* sq.,334 sq.
écrivit pour ce journal (i) une série d'articles, publiés plus tard sous son nom, contre YAnti-Janus de Hergenrôther sous le titre Dus Papstum und der Staat. Le roi Louis de Bavière les recommanda par une lettre autographe (2). Hergenrôther répondit brièvement dans I'Allgemeine Zeitung (3) et plus tard en détail dans un grand ouvrage : Katholische Kirche und christlicher Staat, Fribourg, 1872.
< 'est alors que, quelques écrivains, partisans de Dollinger, se réunirent pour une action commune, et fondèrent sous le titre de Stimmen ans der Katholischen Kirche ùber Kirchenfrag-en der Gegenwart une revue qui devait paraître à Munich à époques indéterminées. Elle n'obtint pas grand succès et disparut après la polémique en cours.
Le professeur Sepp avait adressé personnellement une demande au Concile. Dans une brochure spéciale (4), il le priait de reviser le canon des Livres Saints, d'après les résultats de la critique nouvelle, de la purger des parties apocryphes, absurdes et impies, d'abroger en somme le canon de Trente. Il promettait obéissance à l'Eglise, tout en rejetant le jugement du Concile de Trente.
La principale pierre d'achoppement était toujours la doctrine de l'infaillibilité. D'abord on avait seulement conjecturé que ce point serait proposé au Concile; mais depuis que la Majorité avait émis le vœu d'une définition cette supposition terrifiante avait pris consistance. La plupart des évêques allemands s'étant prononcés contre l'étude de cette question au Concile, les adversaires de la thèse se servirent de leur autorité comme d'un excellent moyen d'agitation ; des hommes qui d'ailleurs passaient pour des catholiques irré-
il) 19 mars, supplément etc.
(2) Voir Allgemeine Zeitung, 1870, p. 1590.
(3) lbid., p. 1025.
(4) Ktrchliche Reformentwurfe, beginnend mit der Revision des Bibelkonons. Ehrerbietige Vorlage an das Vatilianiselte Kons.il, von Prof. D' Sepp. Munich, 1870.