L ASSEMBLEE DE FULDA
copat autrichien, ainsi que d'antres évêques d'Allemagne (i) aient été empêchés d'assister aux réunions (2).
On aborda tout de suite l'affaire du concile et on décida de s'en occuper en premier lieu. Après plusieurs considérations sur la manière dont on devait traiter dans les conférences de la brûlante question de l'infaillibilité pontificale, un membre fut chargé de faire un rapport, pour une des prochaines séances, sur l'attitude à prendre au sujet de l'opportunité de sa définition.
Dans la seconde séance, l'après midi du premier jour, on lut puis on examina les avis émis à la requête du gouvernement bavarois, par les facultés de théologie de Wurzbourg et de Munich, sur la définition éventuelle du Syllabus et de l'infaillibilité.
Y avait-il des matières qu'on dût recommander aux délibérations des Pères? En premier lieu, on jugea utile de demander « dans la pratique des facultés et dispenses accordées par la Cour de Rome plus d'uniformité et même certaines modifications partielles. » « On donna ensuite lecture, rapporte le procès-verbal, du mémoire du cardinal Schwarzenberg, archevêque de Prague, ad Patres futur i concilii œcumenici ; à cette occasion, un membre de la conférence proposa, et sa motion fut appuyée de divers côtés, de prier l'épiscopat allemand de rédiger un mémoire analogue sur les points qui, vu l'état de l'Eglise en Allemagne, devaient être soumis aux débats conciliaires; cette pièce serait remise imprimée aux Pères du concile, ce qui leur permettrait une plus exacte appréciation des vœux exprimés. » On décida ionc que sur les matières discutées à Fulda,un rapport serait
(1) Les archevêques de Gnesen-Posen et de Bamberg, les évêques de Munter, Limbo'urg, Regensbourg et le grand aumônier des armées prussiennes samszanowski.
(2) Nous suivons le sommaire du procès-verbal. C V. 1188 a. et suiv. Gecconi. iez.II. Doc. CGXX.
établi par un des membres de l'assemblée, qu'il serait présenté à Rome aux évêques allemands et, après approbation, livré à l'impression. Une commission de trois membres fut nommée à l'effet de déterminer les points à traiter. // « Le prochain concile, disaient les évêques, ne semblait pas appelé à faire proprement œuvre dogmatique nouvelle, c'est-à-dire à définir, à formuler les doctrines mises en cause par les erreurs contemporaines. De nos jours, ce n'est pas la lumière qui manque pour connaître la vérité, mais la bonne volonté pour y conformer sa conduite; la tâche des Pères serait plutôt d'exposer, de manière à les faire pénétrer plus profondément dans la pensée de nos contemporains, certaines grandes vérités, en particulier, la doctrine que les conciles n'ont pas encore définie, relative à l'Eglise, son essence et son autorité ».
Bans la quatrième séance (après midi du 2 septembre), le rapporteur précédemment désigné parla de l'opportunité de la définition de l'infaillibilité. Son discours fut suivi d'une discussion sur le même objet.
« Le rapporteur, dit le procès -verbal, examina la question au double point de vue positif et négatif. Les circonstances actuelles fournissent-elles des motifs sérieux, suffisants de procéder à cette définition ou, au contraire, des raisons de souhaiter qu'on l'ajourne?
» Premièrement, jusqu'ici les conciles ont tranché les questions seulement lorsqu'ils se trouvaient en face d'une urgens nécessitas et d'un besoin véritable d'ordre pratique. Dans l'espèce, ces deux conditions ne paraissent pas réalisées. Xi la pureté de la foi, ni la paix de l'Eglise ne sont en danger. De raisons positives de faire définir l'infaillibilité pontificale, il n'y en aurait qu'au cas où le pape ne jouirait pas de hi plénitude de puissance et d'influence nécessaire à son ministère.
» Secondement — au point de vue négatif, — le rapporteur
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montre quelles difficultés., quels obstacles, selon toutes les prévisions humaines, opposerait la définition à l'œuvre si ardemment aimée et poursuivie par tous de la réunion de nos frères séparés. Les chrétiens d'Orient acceptent volontiers le primatus honoris, peut-être se soumettraient-ils au primatiisjurisdiçtionis; mais leur attachement si connu aux anciennes traditions ne laisse guère espérer qu'ils reconnaissent comme un dogme Y infallibilitas papas (i .
» Même remarque (et à certains égards plus pressante encore) pour le cas des protestants. Chaque jour, ils paraissent se rapprocher davantage de la maison «lu père de famille, désirer plus vivement retrouver une Eglise où vive une autorité doctrinale, où l'on possède de véritables sacrements: mais ils ne sauraient comprendre l'infaillibilité du pontife romain.
Pour les catholiques allemands enfin, il faut redouter les fâcheuses conséquences d'une pareille définition. Pour poursuivre et atteindre sa fin sublime, au moment où l'on attaque si ardemment ses principes fondamentaux, l'Eglise a surtout besoin d'union, de concorde parfaite. Or, il ne parait pas que la doctrine, du reste difficile à formuler, de l'infaillibilité papale soit généralement comprise, estimée, enracinée dans la conscience populaire; d'autre part, c'est notoire, ceux qu'on nomme les catholiques éclairés seraient mis, par cette définition, dans un état d'excitation et de défiance indéniable; enfin, elle accroîtrait encore le déchaînement des préventions contre l'Eglise et les gouvernements en prendraient ombrage. Toutes ces raisons, semble -t-il, doivent être prises en sérieuse considération, elles inclinent à se prononcer contre l'opportunité de la définition, d'autant
il La suite du concile montra que ces vues n'étaient pas exactes. Les orientaux se montrèrent bien plus enclins à admettre l'infaillibilité — doctrine si clairement contenue dans la tradition — qu'à accepter la plénitude du pouvoir de juridiction du pape.
plus qu'on peut se demander si cet acte aurait une influence heureuse sur la vie religieuse des races latines elles-mêmes.
» Par contre, on fait valoir de différents côtés des raisons qui ne permettent pas de nier absolument et sans conditions l'opportunité de la définition : on remarque dans la conscience populaire une tendance incontestable vers la doctrine de l'infaillibilité; au nombre relativement restreint des catholiques allemands s'oppose la masse des fidèles des autres pays auprès desquels la réponse à la question d'opportunité ne soulève j>as la moindre hésitation. La crainte des conséquences fâcheuses qu'on redoute pour l'Eglise d'Allemagne ne saurait fournir un argument péremptoire; beaucoup de protestants ne doivent pas être comptés parmi les adversaires de ce dogme : ils sentent le besoin d'une autorité indiscutable et se soumettraient volontiers à l'infaillibilité du paj)e. Enfin, à l'analogie des conciles antérieurs s'oppose en une certaine mesure la définition de l'Immaculée Conception de la Sainte-Vierge : cet acte dogmatique — où du reste la doctrine de l'infaillibilité du pape e.v cathedra loqnentis a déjà été implicitement exprimée — n'était pas évidemment d'une urgente nécessité, o
Une discussion fort approfondie sur ce sujet suivit le rapport. Les raisons alléguées de part et d'autres furent reprises, éclaircies, complétées comme il convenait, puis on finit par tomber d'accord que la question d'opportunité devait être écartée du mémoire projeté. Lue commission dresserait séparément et soumettrait ultérieurement à l'examen des évêques le plan et, plus tard, la rédaction d'une supplique à Sa Sainteté exprimant les objections soulevées par l'état de l'Eglise d'Allemagne contre l'opportunité de la définition projetée.
Le 4 septembre, dans la septième séance, les prélats décidèrent d'adresser à leurs ouailles une lettre pastorale collecfcive. Le mode de sa publication était abandonné à l'initia-