LA LETTRE DE L ASSEMBLEE DE FULDA
son ouvrage, il était difficile à Cecconi d'avoir un document enfermé dans ces archives : // alors, en effet, l'Allemagne était en proie au « kulturkampf »; et pendant que l'historien poursuivait ses recherches, l'archevêque de Cologne était peut-être déjà en prison ou en exil. Dans la lettre elle-même, il n'y avait rien qui put engager à la supprimer. Le successeur de Mgr Melchers sur le siège de Cologne, le cardinal Krementz n'a pas fait la moindre difficulté de la mettre à notre disposition pour la publier dans le VIIe volume de la
COLLECTIO LaCENSIS (i).
En voici le contenu : Après avoir remercié le pape de la bénédiction qu'il avait envoyée aux prélats réunis à Fulda, les signataires continuent : a Les relations des journaux et d'autres écrits ont fait connaître en Allemagne qu'en plus des matières fort nombreuses et très graves proposées par la sagesse et l'autorité apostolique de Votre Sainteté aux délibérations du futur concile œcuménique, un certain nombre de personnes demandaient la définition, comme dogme imposé à la foi de tous les catholiques, de l'infaillibilité du Souverain Pontife parlant ex cathedra. Depuis lors, les âmes sont grandement troublées et le funeste tumulte des disputes, des agitations, des outrages, des scandales répandus dans le public par les brochures et la presse quotidienne croit de jour en jour. La discussion ne s'est pas enfermée dans le cercle des théologiens et des docteurs en sacrée théologie, tout au contraire les laïques, nobles ou plébéiens, ont été appelés à prendre connaissance du débat et à en juger le fond même. C'est pourquoi beaucoup de membres du clergé, beaucoup de laïques souhaitent vivement que les pères du prochain concile œcuménique s'abstiennent de rien définir sur cette matière et ceux qui sont animés de ce désir sont des hommes que distinguent leur fidélité, leur piété éprouvée envers l'Eglise
(1) C. V., 11W a. et suiv.
et le Siège apostolique. Ils redoutent grandement le trouble qu'une définition du concile œcuménique sur ce point ne trouble la foi d'une partie considérable des fidèles et n'oppose désormais des difficultés plus grandes encore au retour des nombreux protestants allemands à l'unité de la Sainte Eglise catholique. Déjà les laïques, dont nous venons de parler, ont adressé aux évêques des pétitions où l'on demande expressément et ardemment que les chefs des diocèses s'appliquent (h> toutes leurs forces à éloigner, s'ils le peuvent, de l'Eglise catholique en Allemagne de plus graves dangers.
« Les évêques soussignés, réunis à nouveau auprès du tombeau de Saint-Boniface, apôtre de l'Allemagne, pour délibérer de tout ce qui semble devoir prof iter au salut des troupeaux confiés à nos soins et à l'exaltation de l'Eglise elle-même et du siège apostolique, nous avons jugé de notre devoir, de considérer avec soin devant Dieu la situation de notre pays et nous nous sommes sentis obligés d'en informer Votre Sainteté. Nous ignorons complètement s'il est question de faire définir par les Pères du concile l'infaillibilité du souverain Pontife parlant ex cathedra; mais nous avons cru qu'en tout cas il était bon et même nécessaire de porter avec tout le respect possible à la connaissance de Votre Sainteté quelles conséquences dangereuses on redoute en Allemagne d'une définition de ce genre. Il ne nous est pas possible de déclarer vaines, imaginaires, et par conséquent méprisables, les craintes si vivement ressenties partant d'ecclésiastiques et de laïques : il nous faut, au contraire, avouer que, pour ce qui regarde l'Allemagne, nous trouvons nous mêmes le moment peu opportun pour la définition de l'infaillibilité pontificale.
« Il suffit à des fils de s'être ouverts en toute humilité au cœur de leur Père très aimant et très aimé de ce qui oppressait leur àme; ils n'ont point à redouter d'avoir blessé si légèrement que ce soit, l'âme très bienveillante de leur Père,