LA LETTRE DE L ASSEMBLEE DE FULDA
parce qu'ils ont déclaré franchement par ces paroles, etc.. » Après une courte conclusion, suivent les signatures des archevêques de Cologne et de Munich-Freising, du prince évèque de Breslau, des évêques de Fulda, de Mayence, d'Hildesheim, de Léontopolis (vicaire apostolique de Saxe), fl'Augsbourg, de Trêves, de Leuca (administrateur du diocèse de Fribourg), d'Ermland, d'Osnabriïck, de l'évêque élu de Rottenbourg, du vicaire général Hasse représentant l'évêque de Kulm.
Etait-il sage d'adresser cette lettre au Saint Père, on peut le contester. Plusieurs des prélats présents à Fulda dissuadèrent de le faire et ne signèrent pas : ils avaient de bonnes raisons. Malgré toutes les difficultés hérissant leur route, malgré les dangers imminents, courageusement, dans leur simple confiance en Dieu, ils croyaient devoir mettre en pleine lumière sous les yeux de la catholicité tout entière avec courage, la vérité qu'ils tenaient pour révélée, ils croyaient devoir la défendre contre toutes les hostilités //. La très grande majorité des Pères du concile a partagé leur manière de voir ; elle a prévalu ensuite dans la définition du dogme de l'infaillibilité pontificale; et l'événement l'a justifiée. Mais au moment de la réunion épiseopale de Fulda la chose n'était pas si claire qu'aujourd'hui. L'extrême surexcitation des esprits pouvait bien faire craindre aux évêques que cette définition n'entraînât les pires conséquences.
Le pape cependant fut mécontent de la lettre. Pourquoi? nous n'avons pu arriver à le savoir. On nous dit que Pie IX prit mal ce conseil d'évêques qui le dissuadaient de faire définir un dogme qu'on ne songeait pas du tout à faire proclamer. En effet, abstraction faite des conditions toutes particulières qui pouvaient donner occasion à une telle démarche, il est assurément fâcheux pour des évêques de prendre parti avant l'ouverture du concile contre un acte conciliaire éventuel. Ils pouvaient faire des propositions positives,
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Pie IX les y engageait (i). Au concile même, ils pouvaient et devaient s'élever contre l'adoption de toute mesure dont ils craignaient quelque détriment pour l'Eglise.
Mais, dès avant le concile, travailler à faire écarter les projets éventuels qui leur déplaisaient, cela pouvait facilement passer pour un empiétement, pour une entreprise contre la liberté des autres évêques bien en droit eux aussi de faire des propositions.il pourrait paraître qu'il eût été plus convenable de laisser à toutes les opinions la liberté complète de proposer ses desseins et puis au concile même de les combattre s'ils ne plaisaient pas. En réalité, notre cas n'était pas si simple. Les dangers particuliers que pouvait faire courir à l'Eglise d'Allemagne, la définition de l'infaillibilité, poussaient les quatorze évêques à se tourner vers le pape; ils ne lui demandaient pas d'exclure l'infaillibilité du programme des délibérations conciliaires; ils lui présentaient seulement un état de la situation en Allemagne: ils lui exposaient leur opinion personnelle sur la question pendante. Enfin, ils ne déclaraient pas que d'une façon générale, ils ne tenaient pas cette définition pour opportune, mais uniquement au regard des intérêts de l'Eglise d'Allemagne //.
Voici plutôt ce qui ne fut pas étranger au déplaisir dû pape : les évêques parlaient en termes respectueux des hommes qui, en Allemagne, se posaient en adversaires de la définition et qui, au moyen de pétitions adressées aux évêques, intervenaient dans les affaires du concile. Assurément les prélats n'avaient pas eu l'intention de représenter les agitateurs de Munich comme des catholiques particulièrement fidèles et animés de l'amour de l'Eglise et du Saint- Siège; mais à Rome, on ne pouvait distinguer avec autant de précision entre les hommes de bien auxquels songeaient les congressistes de Eulda et les chefs du mouvement de
(1) Cf. C. V., 18 d.