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LE MANDEMENT DE FULDA

» D'où nous vient l'assurance et la confiance d'une telle déclaration? De notre foi. Jésus-Christ, nous dit-elle, reste dans son Eglise tous les jours jusqu'à la fin du monde, le Saint-Esprit ne l'abandonne jamais, il lui suggère et lui enseigne toute vérité. C'est pourquoi l'Eglise est et demeure la colonne et le fondement de la vérité : les portes de l'enfer // ne sauraient prévaloir contre elle. Nous croyons enfin et nous savons que si les successeurs de Pierre et des apôtres, le pape et les évoques, légitimement réunis en un concile général, portent des décrets en matière de foi ou de mœurs, ils sont garantis contre toute erreur par la Providence et l'assistance divine... »

» Le synode, continuent les prélats, ne prendra pas de décisions inconciliables avec les circonstances et les besoins de l'heure actuelle: on n'a pas le droit, disent-ils encore, de soupçonner qu'on portera atteinte à la liberté des délibérations conciliaires. Comme ceux qui se laissent aller à ces pensées connaissent peu les sentiments du pape et de l'épiseopat et la manière de procéder de l'Eglise!... Que dironsnous de cet indigne soupçon : par crainte des hommes, les évèques renonceraient à cette liberté de parole qui est une de leurs obligations ? Eidèles aux préceptes de notre Maître, nous ne répondrons pas par l'injure à ceux qui nous calomnient ; nous nous contenterons de dire en toute simplicité et franchise : au concile œcuménique, dans cet office le plus important de leur charge et de leur action, les évèques de l'Eglise catholique ne manqueront pas au plus sacré de tous les devoirs, le devoir de rendre témoignage à la vérité ; se souvenant de la parole de l'Apôtre : celui qui veut plaire aux hommes n'est pas un serviteur du Christ, et du compte qu'ils auront bientôt à rendre au tribunal de Dieu, ils ne connaîtront pas d'autre règle de conduite que leur foi et leur conscience... »

» Mais lorsque, oubliant toute la vénération et tout l'amour

que nous devons à l'Eglise et à son chef, on incrimine les desseins du Saint-Père, on dénigre le siège apostolique* lorsqu'on représente celui que le Christ a constitué Pasteur universel, dont il a fait le roc sur lequel repose toute son œuvre, comme l'homme est l'instrument d'un parti, lorsqu'on l'accuse de vues superbes et dominatrices, lorsqu'on imite ci- peuple qui devant Ponce-Pilate accusa jadis Jésus-Christ notre divin fondateur, d'être un rebelle et un séducteur, alors les mots nous manquent pour exprimer toute la douleur que nous causent de pareils propos et pour protester contre l'esprit qui les inspire... »

Après avoir répondu aux attaques contre le Saint-Père, la lettre pastorale s'étend sur la nature et sur l'action du concile, sur le bienfait de l'unité dans l'Eglise, et les mal heurs de la division. « C'est dans cet esprit d'unité, disent les évêques, (pie nous, les ambassadeurs du Christ, en son nom, et nous inspirant de son cœur, nous vous exhortons, nous vous prions, nous vous conjurons tous, mais surtout vous, nos coopérateurs dans le sacerdoce et dans la prédication de l'Evangile de travailler chacun à votre rang par la parole, par la presse et par l'exemple à entretenir et augmenter cette union parfaite des esprits; oubliez donc toutes les discussions passées, abstenez-vous de tout ce qui pourrait nourrir la discorde et attiser les passions humaines. »

Pour conclure, les évèques font d'un cœur ému leurs adieux à leur troupeau; ils prescrivent dans chaque paroisse de leur diocèse, en l'honneur du Sacré-Cœur de Jésus, un triduum qui devra commencer le 8 décembre, premier jour du concile.

Cette lettre pastorale fut lue dans toutes les chaires des diocèses, le premier dimanche après sa réception; on voyait si bien qu'elle sortait de cœurs ardemment apostolique-, elle respirait un amour si profond pour l'Eglise et son chef, elle exprimait si bien la force de la vérité et l'intimité des

LETTRE DE LOUIS II A MONSEIGNEUK SCIIERR • 29*

convictions (i) quelle devait avoir partout une action pacifiante.

Malheureusement on apprit bientôt que ces mêmes évoques. (en réalité quatorze d'entre eux seulement), écrivant au pape sur l'infaillibilité pontificale s'étaient déclarés contre la définition. Les publicistes hostiles au concile exploitèrent cette information pour de nouvelles intrigues. On affirmait que les évoques étaient non seulement opposés à la définition, mais à la doctrine elle-même. Ces passages de la lettre pastorale : aucun dogme étranger au dépôt de la révélation, aucune doctrine opposée à la civilisation, à la science, à la liberté des états modernes ne sera définie, étaient appliqués à la doctrine de l'infaillibilité pontificale, et on publiait par tout le monde que les évèques /',' d'Allemagne s'étaient donnés le mot pour défendre l'autorité de l'épiscopat contre les empiétements de Rome. L'écho atténué de ce bruit peut se trouver dans les lignes qu'à la réception de la lettre pastorale le malheureux roi Louis II de Bavière, écrivit, le 21 octobre, à l'archevêque de Munich, Mgr Scherr : « Je me réjouis de trouver exprimée dans cette lettre cette conviction des évèques allemands assemblés : le prochain concile général ne proclama aucune doctrine en opposition avec les principes de la justice, les droits de l'Etat et de ses chefs, les vrais intérêts de la science, la légitime liberté et le bonheur des peuples. » En outre, le roi loue l'esprit de modération dont était animée l'assemblée de Fulda ; il exprime l'espoir que cet

(1) FKiEDRicH(/oc.d/,.t.II, p. 198) n'a pas honte d'écrire de cette magnifique déclaration « c'est plutôt une. • pièce rédigée à la mode des chancelleries diplomatiques qu'une parole franchement épiscopale. » Qu'on montre donc dans cette lettre une phrase qui ne sorte pas directement du cœur des pasteurs? D'après Friedrich, c'est une œuvre de « parti » ; et de fait l'Eglise catholique est un parti dans l'Eglise, tandis que Friedrich et ceux qui pensent comme lui représentent la véritable société, fondée par Jésus-Christ. Ce serait le doyen Heinrich qui aurait fait le plan de la lettre pastorale. S'il en est ainsi l'intruction collective des évèques n'en est pas plus dépréciée qu'Heinrich n'a à rougir de son œuvre.

esprit prévaudra également dans le synode œcuménique (i). Qu'un concile ne définisse aucun principe contraire à la science, à la liberté, à la justice, etc., c'est-à-dire aucune erreur — car l'erreur seule pourrait être apposée à la science, à la liberté, à la justice, etc., — cela va sans dire pour tout catholique, et il est assez triste que les évêques soient encore obligés de le rappeler. Ils ne disaient pas du tout que l'infaillibilité du pape était une de ces doctrines funestes; mais comme les perturbateurs avaient si souvent prétendu que le synode proclamerait des dogmes préjudiciables à la science, à la liberté, à la justice, ils déclarèrent simplement qu'il n'y avait rien à craindre de semblable : la grande assemblée chrétienne ne définirait rien qui put porter tort à la science, à la liberté, à la justice.

(1) G. V., 1201 c. etsuiv. Cecconi, loc. cit. Sez.II.Doc. CLXXVII.

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