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CHAPITRE VII

L'ouvrage de M°r Maret; la controverse provoquée en France par son apparition.

La simple annonce du projet qu'avait formé le doyen de la Faculté de théologie de Paris, Mgr H.-L.-C. Maret, évêque titulaire de Sura, d'écrire un livre pour le prochain concile avait déjà, nous l'avons dit (i), déchaîné en France une vive polémique de presse. La lutte devint encore plus ardente lorsque, un an après, le 16 septembre 1869 (2), parurent deux volumes de cet ouvrage.

Ils étaient publiés sous le titre : Du Concile général et de la paix religieuse (3) et devaient former la première partie de l'ouvrage complet. Au dire de la préface (4), la seconde partie encore à paraître aurait pour objet les rapports de la foi avec la science, et de l'Eglise avec la Société; elle exposerait en outre les réformes // et les améliorations à introduire dans la discipline et les institutions ecclésiastiques. La seconde partie a-t-elle jamais été publiée? Nous l'ignorons. Dans les deux volumes qui nous occupent, l'auteur développe ses idées sur la constitution de l'Eglise, et tout spécialement sur les rapports de la papauté avec l'épiscopat et sur l'infaillibilité

(1) Cf. p.l82etsuiv.

(2) Lettre du nonce M8' Chigi au cardinal Antonelli, 17 sept, 1869.

(3) Paris, 1869.

(4) I, xvi.

pontificale. Pour conclure, il propose la tenue périodique des conciles généraux (i).

« Un sentiment assez répandu parmi les catholiques, dit il dans la préface (2), paraît être celui de la nécessité de fortifier l'unité et le pouvoir suprême du chef de l'Église. Ce sentiment légitime en lui-même, se produit chez un certain nombre par la manifestation publique du désir et de l'espérance de voir le futur concile définir, comme dogme de la foi catholique, l'infaillibilité dogmatique du souverain pontife. L'infaillibilité pontificale peut être entendue de diverses manières. Celle qui semble prévaloir dans l'école qui appelle de ses vœux la définition conciliaire, est la plus absolue de toutes. Dans ce système, l'infaillibilité dogmatique est un privilège entièrement et exclusivement personnel au pontife; c'est-à-dire, un privilège du pontife enseignant seul et sans aucun concours nécessaire de l'épiscopat. Ainsi entendue, l'infaillibilité est identique à la monarchie pure, indivisible, absolue du pontife romain. La souveraineté spirituelle et l'infaillibilité dogmatique, son attribut nécessaire, appar- | tiennent au pape et n'appartiennent qu'à lui. »

Ces paroles de la préface révèlent déjà l'erreur fondamentale de l'ouvrage tout entier. Assurément l'opinion qui dit que le pape seul possède l'autorité suprême dans l'Eglise et que l'infaillibilité lui appartient exclusivement, a ses défenseurs parmi les théologiens et ils apportent de bonnes raisons en leur faveur ; mais la doctrine de l'infaillibilité pontificale dont la définition par le concile fut désirée de beaucoup et qui fut, en réalité, définie, n'exclut en aucune façon l'opinion d'après laquelle le pape uni aux évèques, devient ainsi comme un autre détenteur de la puissance souveraine dans l'Eglise; au concile, comme au pape seul, appartient aussi le privilège

(1) Du concile général, etc. II. 389 et suiv.

(2) Loc. cit.. I, xvii.

L'OUVRAGE DE Mgr MARET 29o

le l'infaillibilité; cette seule raison déjà réduit à néant la Dlupart des arguments présentés par Mgr Maret contre la doctrine de l'infaillibilité pontificale. En abordant la question, Mgr Maret est parti d'un faux supposé.

Après avoir observé que les sentiments des évèques sont partagés sur ce point, il continue ainsi : « Personne sans loute ne refusera à un évoque catholique // le droit de dire librement, dans ce concile, son opinion sur la question capitale, appelée, dit-on, à occuper d'abord l'attention de la sainte assemblée. Mais la préparation du concile doit être aussi libre que les débats conciliaires eux-mêmes ; et, puisque plusieurs de nos vénérables collègues ont cru devoir porter la question devant le public, nous pensons qu'il est très licite et très loisible d'imiter et de suivre ces exemples (i). »

Il expose ensuite le point capital de sa doctrine dans les lignes suivantes : « Le pape est, de droit divin, le chef suprême de l'église; les évêques, de droit divin, participent, sous son autorité, au gouvernement général de la société religieuse. La souveraineté spirituelle est donc composée de deux éléments essentiels: l'un principal, la papauté; l'autre subordonné, l'épiscopat. L'infaillibilité qui forme le plus haut attribut de la souveraineté spirituelle, est nécessairement aussi composée des éléments essentiels de la souveraineté. Elle ne se trouve, d'une manière absolument certaine, que dans le concours et le concert du pape avec les évèques, des évèques avec le pape ; et la règle absolument obligatoire de la foi catholique, sous la sanction des peines portées contre l'hérésie, est placée aussi dans ce concours et ce concert des deux éléments de la souveraineté spirituelle. Telle est la base essentielle de la constitution de l'Eglise; tels sont les principes essentiels sur lesquels elle repose depuis bientôt dixneuf siècles... Si le projet d'une définition dogmatique qui

(1) hoc. cit., I, xvni.

attribuerait l'infaillibilité absolue an pape seul pouvait se réaliser, dés ce moment, la monarchie de l'Eglise, tempérée efficacement d'aristocratie, deviendrait une monarchie pur et absolue; dés ce moment, la souveraineté et l'infaillibilité, composées, depuis dix-neuf siècles, de deux éléments essentiels, seraient ramenées à un seul. Voilà, selon nous, la révolution que prépare une école bien intentionnée sans doute mais possédée par l'esprit de système (i) ».

Sa « doctrine est facilement conciliable, affirme M-1' Mare un peu plus bas (2), avec les doctrines les plus modérées de l'école qui porte le nom d'ultramontaine ». « L'infaillibilité pontificale elle-même n'y est pas niée, mais ramenée à sa vraie nature. // Nous reconnaissons et établissons que le pape, par son droit de consulter ou de convoquer le corps épiscopal, par la possibilité où il est d'agir toujours de concert avec lui, possède, en vertu de l'ordre divin, le moyen assuré de donner l'infaillibilité à ses jugements dogmatiques (3). » Nous appelons l'attention sur le procédé dont Mgr Maret, ici comme ailleurs, fait adroitement usage : il consiste à dissimuler sa pensée sous de belles paroles. Sa doctrine ne nie pas, dit-il, l'infaillibilité du pape. Assurément, elle ne nie pas l'infaillibilité de tout le corps enseignant de l'Eglise ni celle des conciles; mais il ne s'agit pas de cela dans la question de l'infaillibilité pontificale ; ce qu'il faut savoir, c'est si le pape est, de plus, infaillible par lui-môme dans les décisions souveraines qu'il prend en matière de doctrine. Or, une telle infaillibilité, M-1 Maret la nie très certainement ; et son but dans la composition de son ouvrage, est de combattre cette doctrine et en général de défendre la doctrine gallicane. Celle ci prétend que le pape seul, n'a pas en propre la puissance souveraine dans l'Eglise ; :

(1) hoc. cit., I, xx el sui\ .

(2) Ibid., I, xxvi.

(3) Ibid., 1, xxvii et suiv.

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