REPONSES DES EVEQUES FRANÇAIS
de différents côtés par des évêques et par des laïcpies ; il se défendit contre plusieurs de ces attaques dans des lettres publiques, contre d'autres dans un ouvrage spécial (i). M-1 Wicart, évêque de Laval, déclarait dans une lettre à I'Univers (2) son adhésion à l'homélie de Mgr de Poitiers; dans une lettre à la semaine religieuse de son diocèse, il attaquait vivement Mgr Maret. M-1' Doney, évêque de Montauban, se plaignait dans une lettre à I'Univers (3), et Mgr Plantier, évêque de Nîmes, dans une lettre à M-1 Maret (4), que l'ouvrage de ce dernier eut l'ait naître le soupçon qu'il se trouvait au service du gouvernement impérial. « Le nom et le titre officiel du typographe, écrit Mgr Plantier, auquel vous avez confié le soin d'imprimer votre écrit, les intermédiaires que vous avez choisis pour le déposer aux pieds du Saint-Père, les thèses que vous y développez, tout cela m'a rempli le cœur des impressions les plus douloureuses. Malgré tout ce que vous pouvez en dire, on ne sait retrouver dans votre travail, ni la sève pure de la grande théologie et de l'antiquité chrétienne, ni les vraies traditions du clergé de France, ni la noble indépendance de l'Episcopat vis-à-vis des puissances de la terre. »
Mgr Doney soulève aussi la question de savoir pourquoi Mgr Maret a composé son ouvrage en français; S'il l'a vraiment / destiné au concile, il fallait l'écrire en latin; c'est la langue du concile et beaucoup de Pères ne comprennent pas le français. Il a eu sans doute de bonnes raisons pour préférer le français ; mais on supposera qu'il l'a fait pour mettre son ouvrage à la portée des laïques, « avec l'espérance d'y trouver des approbations et des sympathies, un contrepoids aux dispositions contraires qui ne pouvaient pas manquer
(1) Cf. inlra
(2) Cecconi, loc. cit. Doc. GCXXXIX. — Cf. C V. 1274 d.
(3) Cecconi, loc. cit. Doc. CCXXXVIl. - Cf. C. V. 1275 a.
(4) Cecconi, loc. cit. Doc. CCXXXVIII. — Cf. C. V. ibid.
de se manifester, un moyen peut-être de pression sur les membres du concile ». Mgr Doney conteste qu'il ait été du devoir de M-' Maret d'écrire cet ouvrage, ainsi qu'il le prétend dans sa lettre aux évèques. Autrement tous les évêques auraient également le devoir d'écrire un si volumineux ouvrage.
Mgr Plantier attire, en particulier, l'attention de l'auteur sur l'imprudence qui se révèle dans la publication de son ouvrage; il lui pose le dilemme suivant: « Si la définition qui fait l'objet de vos alarmes devient une réalité, si les Pères déclarent non pas dogme nouveau, mais dogme ancien, dogme révélé par le Christ, l'infaillibilité personnelle du Souverain Pontife parlant e.v cathedra, Votre Grandeur n'aura devant elle que deux issues possibles: ou bien, il faudra repousser ce décret comme une erreur, ou bien, il faudra le regarder comme dicté de l'Esprit Saint lui-même. — Le repousser ? Mais Votre Grandeur, qui admet l'infaillibilité collective de l'Eglise unie à son Chef, ne saurait se mentir à elle-même, en rejetant une décision de l'Eglise assemblée. — L'accepter? Mais alors que devez-vous penser, Monseigneur, de votre Mémoire et surtout de votre livre quatrième? Ne devez-vous pas être au désespoir d'avoir à ce point décrié, déshonoré par avance, une vérité devant laquelle vous serez obligé de vous incliner aussi bien que le plus obscur des fidèles, comme devant un article de foi? Tout rationaliste, armé de vos paroles, pourra donc alors se retourner vers Votre Grandeur et lui dire qu'elle subit, par une docilité fort étrange une doctrine condamnée par la protestation des siècles et de l'histoire, et tout au plus bonne à l'ensevelir sous la honte. C'est-à-dire que vous serez accablé sous le poids de vos propres raisonnements. J Est-il prudent, Monseigneur, d'avoir préparé de vos mains cette coupe d'absinthe et de fiel qui ne servira, grâce à l'usage qu'en feront les impics, vos flatteurs d'aujourd'hui,
RÉPONSE DE Mgr MARET A l'ÉVÊQUE DE NIMES 309
qu'à détruire l'autorité du concile et à vous désoler vousmême? » //
Un langage si net amena Mgr Maret à écrire une très vive réponse qu'il publia dans les colonnes de I'Univers (i). Il ne reconnaît à personne le droit de mettre en doute son indépendance de caractère. Son ouvrage n'y prête en aucune façon. Cela dit, il en vient tout de suite aux passages que nous venons de citer. M-r l'évoque de Nîmes avoue qu'il a professé lui-même autrefois les doctrines condamnées aujourd'hui dans son livre (2). D'après une communication d'un des amis de M8* de Nîmes, celui-ci a pendant vingt ans tenu haut le drapeau gallican. Pendant vingt ans Mgr Plantier a donc encouru l'anathème qu'il semble vouloir appeler sur la tête de M*1' Maret ! Pourquoi ces menaces ? Le prélat veut-il étouffer la discussion? Sous le règne du plus sage, du plus juste des pontifes, il n'y parviendra pas. L'entière liberté des discussions, dans les limites de la foi, a toujours été une des lois supérieures des conciles généraux pendant leur préparation aussi bien que dans leur célébration. Quant à la possibilité d'une définition de l'infaillibilité pontificale, Mgr Maret dit que « selon l'usage des conciles généraux, elle ne serait portée qu'autant que cette grave matière aurait été entièrement approfondie, qu'autant que toutes les objections et toutes les difficultés auraient été détruites, qu'autant que les preuves les plus solides, les plus irréfutables se seraient produites. Alors une belle et éclatante lumière surgirait des travaux du saint concile. J'espère que Dieu me ferait la grâce de ne jamais fermer les yeux à cette lumière. Dans
r (1) Cegconi, loc. cit. Doc. GGXLI1I. — Cf. C. V. 1275 b. — Maret, Le Pape et les Évêques, appendice, p. 119 et suiv
(2) Voici les paroles de l'évêque de Nîmes ■ « Il fut un temps où, sur les questions délicates abordées par votre Mémoire, nos idées se toucbaient sans toutefois pleinement se confondre. Depuis cette époque déjà lointaine vous avez étudié, Monseigneur : je l'ai lait aussi moi-même avec conscience. Mais ces études parallèles ont abouti pour l'un et l'autre à des résultats bien divers. »
[259-2dOJ
tous les cas, la soumission me serait douce. Il n'y aurait là ni fiel ni absinthe. La main de Mgr Plantier ne préparera pas cette coupe empoisonnée. »
Ce passage est le plus beau, le meilleur qui se rencontre dans tous les ouvrages de Mgr Maret sur les choses du concile. Pour le reste, sa réponse à Mgr Plantier est aussi faible que vive. L'anatlième qui aurait frappé M8* Maret n'est pas mentionné dans la lettre de M-1' Plantier; Mgr Maret n'en pouvait que moins parler d'un anathème qui aurait frappé pendant vingt ans M-1 Plantier, pour avoir adhéré aux doctrines gallicanes. Ce qui, d'après M-1' de Xîmes, pouvait le plus embarrasser Mgr Maret, ce n'étaient pas ses sentiments gallicans, mais la publication de son ouvrage, et en cela Mgr Plantier disait vrai. En outre, le principe de la liberté de discussion n'exigeait en aucune façon la liberté d'émouvoir d'avance l'opinion publique contre une définition redoutée; une telle mesure était plutôt de nature à limiter la liberté du concile.
Il suffira de mentionner brièvement que Mgr Manning, archevêque de Westminster, prit aussi la plume contre Mgr Maret. Ce prélat venait d'achever une lettre pastorale où il exposait en détail les raisons pour et contre la définition de l'infaillibilité du pape, lorsque l'ouvrage de Mgr Maret lui parvint. Dans un assez long post-scriptum (i), il compare son opinion avec la théorie de Mgr Maret et il réfute cette dernière. Mgr Maret répondit que Mgr Manning n'avait ni bien compris ni bien exposé sa doctrine (2).
Parmi les lettres qui furent publiées par des évêques français contre Mgr Maret, on remarque principalement celle (3) de Mgr Delalle, évêque de Rodez, au clergé de son diocèse avant de partir pour le concile. Cette lettre brille par la fer-
(1) Voir la traduction italienne dans Cecconi, loc. cit. Doc. GGXXXIV. — Cf. C. V. 127:, ,1.
(2) Cecconi. loc. cit. Boz. CCLII. — Cf. C. F. 1280c. —Maret, Le Pape et les Evêques, ch. 3.
(3) Cecconi, loc. cit. Doc. CCXLVIU. — Cf. C. V. 1280 a.