LETTRE DE L EVE QUE DE RODEZ
metéetla franchise de son langage. C'est an système byzantin lu gallicanisme, remarque-t-il, que la France a été poussée par le despotisme royal, par les intrigues d'ecclésiastiques serviles à la cour du roi, par l'enseignement de la théologie officielle que la tyrannie des parlements imposait à nos uiciennes facultés. L'ouvrage de Mgr Maret lui apparaît ?omme le dernier mot du gallicanisme expirant sous la réprobation de douze papes qui l'ont repoussé par les formules les dus énergiques, sans toutefois y attacher la note formelle l'hérésie. Mgr Delalle regrette très vivement l'apparition l'un tel livre, sorti de la plume d'un évêque qui s'est trop souvenu qu'il était doyen de la faculté non canonique de la Sorbonne. Tous les ennemis de l'Eglise et de la papauté, tous es libres penseurs,// dit-il, ont exalté Mgr l'Evêque de Sura n partibus infidelium, comme s'ils étaient des ouailles de son diocèse. Ils l'ont proclamé le })lus docte de ses confrères. Qs ont déclaré que son livre faisait craquer le vieil édifice le la papauté et peu s'en faut qu'ils ne lui aient attribué 'infaillibilité que cet auteur conteste au pape. Enfin ils ont lécidé que ses adversaires ne sont que de fougueux ultranontains. Ces extravagances puériles sont un fâcheux symp- ;ôme ; car, quand on veut apprécier la valeur d'un homme ou l'une chose, il faut par-dessus tout savoir de quel côté vient 'éloge ou le blâme.
Mgr Delalle reconnaît le talent de l'auteur et la soumission lui se manifeste dans le langage à l'égard du Saint-Père; mais 1 déclare qu'il repousse son système comme contraire à l'Ecriture Sainte, à la tradition de l'Eglise, aux décisions des concies et des papes, comme sentant l'hérésie de Wicleff et conduisant au schisme selon les errements du conciliabule de Baie.
Indiquons seulement ici deux autres lettres plus courtes le Mgr Maret et de Mgr Delalle (i).
(1) Cf. Gecconi, loc. cit. Doc. CCXLIX.CCL. — Cf. C. V. 1280 ab. - Maret, .ePape, etc., appendice, p. 121 etsuiv.
La controverse occasionnée par l'ouvrage de Mgr Maret ne mit pas seulement aux prises des évêques. Il y eut des revues et des journaux qui y prirent une part active; selon l'esprit qui les animait, ils distribuèrent à l'auteur la louange ou le blâme. Le savant abbé de Solesmes, Dom Prosper Guéranger, écrivit contre Mgr Maret une réfutation (i) en règle.
On avait communiqué à Mgr Maret que le Saint-Père regardait comme une injure que l'auteur lui eût fait présenter son ouvrage. L'évêque de Sura, dans une lettre que nous avons sous les yeux (2), écrivit donc à un cardinal — sans doute au cardinal Antonelli, dont le nom n'est pourtant pas cité dans la lettre, — pour lui en exprimer ses plus profonds regrets. Il exprime en termes touchants sa vénération pour Pie IX. Les opinions qu'il a exposées dans son ouvrage sont toute telles qu'elles ont été enseignées par des théologiens ortho doxes et n'ont jamais été frappées d'aucune censure. Il a cru// bon de les exposer durant la période d'attente qui suit la con vocation du concile, afin qu'elles fussent librement discutées. S'il est vrai, comme il l'a entendu dire, que des théologiens ont été chargés d'examiner son ouvrage, il demande l'autorisation de comparaître en personne pour expliquer et défendre ses doctrines. Le cardinal répondit (3) qu'il regrettait que M-1 Maret se fût laissé alarmer par des bruits entièrement dénués de fondement. A Home, personne ne s'est particulièrement occupé de son ouvrage; la nouvelle que des théologiens ont été désignés pour l'examiner a été inventée de toutes pièces.
Mgr Maret écrivit pour la défense de sa personne et de ses doctrines un ouvrage spécial : Le Pape et les Evèques, Défense
(1) De la Monarchie pontificale ù propos du livre de Msr l'Évêque de Sura. 3° édit. 1870. — Une traduction allemande est intitulée : Die hochste Lehrgewalt des Papstes. Mayence, 1870.
(2) IToct. 1869 .
(3) 23 oct.
REPONSE DE Mgr MARET 313
du livre sur le Concile général et la Paix religieuse' (i), dont plus de la moitié est dirigée contre le P. Matignon S. J. et ses articles dans les Etudes religieuses. Des chapitres moins longs combattent la Civiltà, l'archevêque de Westminster et les journaux. Un appendice contient les lettres citées plus haut de Mgr Maret aux évêques de Poitiers, Mmes et Podez. Cette controverse faisait prévoir que les délibérations du concile ne se dérouleraient pas sans lutte. Le concile a définitivement tranché la question, et il l'a tranchée contre Mgr Maret. Malgré toute l'ardeur avec laquelle ce savant défendait ses opinions, nous, l'entendions déclarer au plus fort de la mêlée qu'il se soumettrait à la décision du concile, quelle qu'elle pût être. Il a tenu parole. Après la prise de Rome par les Piémontais, il écrit au pape une lettre (2) où il lui exprime sa douleur au sujet des maux qui le frappent et il termine en lui déclarant sa pleine soumission aux décrets dogmatiques du concile du Vatican. Plus tard (1871), il réprouva dans une déclaration publique tout ce qui dans son ouvrage n'est pas conforme à la définition du concile du 18 juillet, et il annonça que son livre était retiré du commerce (3). //
(1) Paris 1869.
(2) Lettre du 15 oct. 1870. — C. V. 1001 c et suiv.
(3) « Je regrette absolument tout ce qui dans mon ouvrage : Du concile général et de la Paix religieuse, Le Pape et les Evêques, est contraire à cette constitution (du 18 juillet 1870) et aux définitions et décrets des conciles précédents et des pontifes romains. Je déclare, en outre, que mon ouvrage cesse d*ètre en vente. » (Pelletier, Mgr Dupanloup, épisode de l'histoire contemporaine, p. 98. )