L'APOSTASIE DU PERE HYACINTHE
hommes les condamnent sur la terre, vous les approuverez dans le ciel. Cela me suffit pour vivre et pour mourir. »
Dans sa réponse (i), le général des Carmes exprime la douleur qu'il ressent de la triste démarche de son subordonné ; il l'avertit paternellement de revenir en arrière, lui représente les peines qu'il a encourues en sortant de l'Ordre. Puis, remplissant le devoir qui lui incombe en vertu des décrets apostoliques, il intime l'ordre à l'apostat de rentrer, dans les dix jours qui suivront la réception de sa lettre, au couvent qu'il a quitté. Faute de quoi, qu'il soit déposé de toutes les charges exercées par lui dans l'ordre des Carmes déchaussés, qu'il demeure sous le coup des censures portées contre lui par le droit général de l'Eglise et le droit particulier de son Ordre. // Ces peines sont l'excommunication majeure encourue ipso facto et la censure de l'infamie.
Mais cette lettre ne fut pas plus puissante sur Loyson que la lettre pleine d'avertissements de Msr Dupanloup, évêque d'Orléans (2), et les deux lettres si affectueuses du comte de Montalembert (3). Loyson laissa porter contre lui toutes les censures (4)» il s'entêta dans sa voie et finit par sortir tout à fait de l'Eglise.
Finissons le chapitre par un passage de la première lettre de Montalembert à Loyson ; il se rapporte à l'appel du religieux Carme au concile : « Vous en appelez au concile, et vous ne l'attendez pas, alors que deux mois à peine nous séparent de sa réunion. Mais d'avance vous l'accusez, vous le déclarez suspect, et avec une iniquité par trop criante, vous lui imputez de n'être pas libre dans sa préparation, au moment même que les évêques d'Allemagne viennent de manifester à la fois leur souveraine indépendance et leur résolution « de
(1) Cecconi, loc. cit. Doc. CCXXIV. — Cf. C. V. 1262 c.
(2) Cecconi doc. cit.Doc. CCXXVI. — Cf. C. V. 1262 d.
(3) Cecconi, loc. cit. Doc. CCXXVIII. -Cf. C. V. 1263 a. 1276 a.
(4) Cecconi, loc. cit. Doc CCXXXVI. - Cf. C. V. 1276 a.
n'admettre aucun décret incompatible avec la civilisation et la science, avec la légitime liberté des peuples et les besoins des temps actuels »; au moment où vingt symptômes divers démontrent que ce qui a tout arrêté jusqu'à présent, ce n'est pas la pression d'en haut, mais la mollesse et la diplomatie malavisées de ceux qui avaient le droit et le devoir d'agir et de parler, qui allaient enfin se réveiller et que votre chute va peut-être replonger dans une inaction et une prostration dont vous, mon pauvre ami, vous serez responsable devant Dieu et devant les hommes. »