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CHAPITRE IX

Le manifeste catholico-libéral dans le Correspondant du 10 octobre. — La déclaration catholique du Français et du Correspondant.

L'ouvrage de Mgr Maret, la défection du P. Hyacinthe avaient profondément ému les esprits en France. Alors parut le 10 octobre dans la revue catholico-libérale, le Correspondant, un article sur le concile (i) qui rendit une force nouvelle à l'agitation. Il était écrit avec beaucoup d'esprit ; le style, le plan, révélaient un travail soigné et approfondi. Louis Veuillot l'appelle « l'œuvre d'une plume habile, d'une science inexacte et d'une conscience passionnée » (2). La forme et les expressions ne respirent que dévouement pour l'Eglise ; le fond trahit l'indigence du catholicisme libéral et a une grande affinité avec les idées mises en circulation en un langage plus grossier par la littérature allemande de Janus. Ses adversaires catholiques l'appelèrent un manifeste des catholiques libéraux de France.

Au début, l'auteur parle avec enthousiasme du concile qui va s'ouvrir dans deux mois. Puis, passant à son sujet : « De la hauteur, dit-il, où ces considérations (sur l'antiquité et la

(1) Cecconi, loc. cit. Doc. CLXVIII. — Cf. G. V. 1199 a. —L'article a paru aussi en brochure : Le Concile. Extrait du Correspondant du 10 octobre 18G9; Paris, 1869. — Nous citons d'après cette brochure.

(2) L'Univers, 31 octobre 1869.

jeunesse toujours nouvelle de l'Eglise) nous élèvent, et de la pleine satisfaction dont elles comblent notre foi et nos espérances, il nous est pénible, on le conçoit,// de descendre jusqu'aux bruits vulgaires, dont la prochaine réunion du concile alimente autour de nous la presse quotidienne, et jusqu'aux craintes que ces bruits font naître dans certains esprits. » Pourtant c'est notre devoir. « Ce qu'on dit, ce qu'on pense autour de nous du concile, ce qu'on en redoute et ce qu'on en espère, c'est de tout cela cependant que nous avons le devoir d'entretenir nos lecteurs, et c'est notre obligation aussi de leur faire connaître sur tous ces sujets, avec la réserve que leur nature comporte, notre pensée tout entière (i). »

La crainte que quelques-uns expriment est double. « Ils supposent que la réunion du concile a eu pour but et doit avoir pour effet de concentrer toute l'autorité de l'Eglise sur la tête du souverain pontife. Ils craignent que, de monarchie tempérée et partagée (telle qu'elle leur est apparue jusqu'ici), l'Eglise ne sorte du prochain concile transformée en une monarchie absolue et gouvernée sans contrôle par un chef unique. Ils supposent également que des décisions sont préparées par le concile et seront adojDtées par lui, portant une condamnation dogmatique et absolue sur certains principes mi-partie politiques et religieux qui figurent dans la plupart des constitutions modernes : et ils craignent que l'effet de ces décisions ne soit de placer dans les pays que de telles institutions régissent l'Eglise en hostilité ouverte avec la société civile, et les catholiques dans la douloureuse alternative d'avoir à choisir entre l'obéissance aux prescriptions de leur Eglise et l'attachement qu'ils doivent aux lois de leur patrie (2). »

(1) Le Concile, p. 17 s.

(2) Ibid.,p. 18s.

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