‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 117 sur 213 · POLEMIQUE AUTOUR DE L ARTICLE · texte numérisé non relu

POLEMIQUE AUTOUR DE L ARTICLE

L'article fut beaucoup attaqué en France comme ouvertement hostile à l'Eglise; il fut qualifié, comme on l'a déjà remarqué, de manifeste du parti libéral.// Mgr Pie, évêque de Poitiers, en déplora très vivement l'apparition dans les adieux qu'il fit à son clergé à l'occasion de son départ pour Rome (i). La Semaine religieuse du diocèse de Cambrai s'éleva énergiquement contre lui : « Le Correspondant, ainsi terminait-elle son article, s'engage témérairement dans une voie bien dangereuse, et nous considérons comme un devoir d'avertir ceux qui nous entourent, surtout notre jeunesse. Prenons garde d'échanger contre le drapeau d'une école ou l'un parti le glorieux drapeau de l'Eglise catholique. Quelques services qu'aient pu rendre des laïques illustres, ils ne sont dans l'armée de Dieu que des soldats. Ils trahissent, s'ils veulent conduire. Nous n'avons pour chefs que nos Pasteurs, guidés eux-mêmes par le Prince des Pasteurs. Au Vicaire de Jésus-Christ il appartient de marcher à notre tête : la gloire ne lui fait pas défaut, sa sainteté rayonne à tous les yeux; mais surtout il a mission de Dieu : c'est à lui que Jésus- Christ a commis le soin de faire paître et les brebis et les agneaux (2). »

Dans l'UxrvERS (3), L. Veuillot consacre un article à celui du Correspondant. 11 réclame le nom de l'auteur. L'article n'est, croit-il, ni du Père Douhaire, secrétaire de la rédaction, qui l'a signé, ni de quelque autre membre de la rédaction. Tout le talent, toute l'importance du Correspondant, dit-il, est due à MM. de Montalembert, de Falloux, Albert de Broglie, Th. Foisset, Louis de Carné, Augustin Cochin et aux oratoriens Perraud et Largent ; pourtant Veuillot soutient qu'aucun de ces écrivains n'est suffisamment avancé pour composer un pareil article. Douhaire répondit au nom

(1) C. 7.1276 a sqq. — Cecconi, loc. cit. Doc. CGXLVI.

(2) Cecconi, loc. cit. Doc. CCLIV. — Cf. C. V. 1280, c, d.

(3) 31 octobre. — Cecconi, loc. cit. Doc. CCLV. — Ci. C. V. 1280 d.

de la rédaction (i), mais sans donner lev nom de l'auteur; il se plaignit surtout de ce que Veuillot eût prêté à l'article des doctrines qu'il ne contenait pas; de son côté, Veuillot contesta la chose dans un nouvel article (2).

En France, on mettait le nom de M-1' Dupanloup, évêque d'Orléans, au bas de l'article du Correspondant; de même pour l'article du Français, dont nous avons parlé plus liant (3). Cette fois, le bruit était plus sérieux. « Le lecteur attentif, // dit l'abbé Victor Pelletier, chanoine de la cathédrale d'Orléans, ne peut s'empêcher de reconnaître une sorte de parenté entre ce travail et les écrits de Msr Dupanloup. Mêmes idées, mêmes raisonnements, mêmes expressions, mêmes périodes, mêmes tableaux ; la ressemblance est frappante, surtout dans le paragraphe II. Ceux qui sont au courant des choses affirment que le manifeste, s'il n'est pas précisément l'œuvre de l'évêque d'Orléans, a reçu néanmoins son attache et qu'il n'a été lancé que de son consentement formel. Xous n'en dirons pas davantage, pour ne pas allonger outre mesure la présente étude » (4).

L'abbé Maynard déclare, avec une parfaite assurance, comme une chose connue de tout le monde à son époque, que « l'article a été écrit dans le cabinet de l'évêque d'Orléans, en présence de tous les chefs de l'Eglise libérale réunis en consultation, l'évêque décidant et dictant, et M. de Broglie tenant la plume » (5).

Il est difficile que Mgr Dupanloup ait approuvé toutes les phrases de l'article. Mais ce que nous dirons, dans le chapitre suivant, sur la position prise par lui dans la controverse qui nous occupe ne prouve que trop clairement qu'il approuvait

(1) Cecconi, loc. cit. Doc. CCLIV. — Cf, C. V. 1280 d.

(2) Cecconi, loc. cit. Doc. CCLVII. — Cf. C. V. 1281 a.

(3) Cf. supra p. 203 s.

(4) M* Dupanloup, Épisode de l'histoire contemp., 1845-1875, Paris, 1876, p. 88.

(5) M'r Dupanloup et M. Lagrange, son historien. (Paris 1884) p. 197.

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