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CHAPITRE X

Mgr Dupanloup, éuèque d'Orléans, et l'agitation préconciliaire.

Le prélat qui, depuis le milieu du XIXe siècle, occupait le siège d'Orléans, jouissait d'une situation prépondérante parmi les évoques français. D'extraordinaires qualités d'intelligence, un savoir singulièrement profond n'étaient pas seules la raison de cette prééminence; sans doute MgI Dupanloup possédait une éloquence supérieure à la commune mesure, une plume habile, avec cela une riche expérience et la connaissance exacte du cœur humain; mais ce qui dominait en lui et le caractérisait, c'était l'activité sans relâche ni repos qui l'animait. Pour son zèle, les limites de son diocèse étaient trop étroites. Orateur, en chaire et dans les assemblées profanes, écrivain intéressant, fondateur, inspirateur et rédacteur de journaux, conseiller et ami des personnes les plus considérables et les plus influentes, il étendait son action sur la France entière et même sur les pays voisins. // H fut souvent en relation intime avec les chefs qui, de son temps, menèrent le combat sur le terrain religieux et politique. Aucune question religieuse ou ecclésiastique ne fut soulevée à laquelle il n'ait ardemment pris part. Dans plus d'une lutte, celle pour la liberté d'enseignement en France, pour l'indépendance du pouvoir temporel,

par exemple, ses grands services firent honorer son nom par les catholiques de tonte l'Europe et lui valurent à diverses reprises des témoignages flatteurs de la reconnaissance pontificale.

Xéanmoins, il n'obtenait pas partout une adhésion sans réserve à ses idées et à ses efforts. Il avait des adversaires parmi les laïques aussi bien que dans le haut et le bas clergé. Entre Mgr Dupanloup, d'une part, et Louis Veuillot, rédacteur de I'Univers, assisté des amis de son journal, de l'autre, l'opposition en était arrivée à la phase la plus aiguë : l' évêque ne s'était proposé rien moins que de faire disparaître cette feuille.

Si les vues et les œuvres de l'éveque d'Orléans, de son vivant même, trouvèrent dans le public un accueil si différent, elles ont suscité, après sa mort, de vives controverses. A peine un ami enthousiaste (i) avait-il achevé sa biographie, qu'un contradicteur (2) se présentait. La publicité des débats sur Mgr Dupanloup, son activité et son caractère, nous donne la plus grande liberté pour juger un homme honoré du caractère épiscopal et qui, en plus d'une manière, a bien mérité de l'Eglise. Quand son attitude au concile ne nous paraîtra pas irréprochable, nous exprimerons sans détours nos critiques.

Son activité sans trêve ni repos mettait donc toujours en avant l'évoque d'Orléans (3). Pour peu qu'une question eût rapport à sa situation dans le monde, il s'y mêlait avec

(1) F. Lagrange, chanoine de Notre Dame de Paris, vicaire général d'Orléans, Vie de M^ Dupanloup, Évêque d'Orléans. Paris 1884.

(2) U. Maynard, chanoine de la cathédrale de Poitiers, Msr Dupanloup et M. Lagrange, son historien. Paris 1884.

(3) Émilb Ollivier (L'Eglise et l'Etat, etc , I, 442) commence ainsi un petit portrait de Mer Dupanloup : « Bossuet, ayant été surpris au fond de son jardin par un orage, tandis que ses abbés, la soutane retroussée, gagnaient un abri, n'accéléra pas le mouvement majestueux de son pas. « Mais Monseigneur, lui cria-t-on, vous vous mouillez! » — « Un évêque, répondit Bossuet, ne court jamais.» M5rDupanloup n'est pas ainsi ; il court toujours vers quelque chose ou contre quelqu'un. »

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