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RAPPORT DES CARDINAUX — OBSTACLES PREVUS

culière de Dieu; aussi le plus grand nombre conclut-il à la possibilité de surmonter les difficultés.

Voici quelques-uns des obstacles qu'on redoutait de la part des circonstances extérieures. Nous vivons en un temps de trouble, de surexcitation, de désordre; tous les esprits sont en fermentation, on ne sait si l'on va à la guerre ou à la paix; la société humaine est encore comme plongée dans l'ivresse de ses égarements et de ses erreurs ; il ne faut pas combattre le mal tant qu'il est à son paroxysme (i). La simple convocation du concile suffira à éveiller l'extrême défiance des ennemis de l'Eglise et les fera recourir à de nouvelles violences pour en empêcher la réunion (2). Les gouvernements hétérodoxes ne seront pas les seuls à prendre parti contre le synode ; certaines puissances catholiques lui seront défavorables, car elles prévoient bien que l'assemblée réclamera pour l'Eglise la liberté et l'indépendance dont on la prive, qu'elle rejettera comme contraires à la saine doctrine les principes et les théories sur lesquels s'appuie le droit public moderne, qu'elle établira une discipline destinée à rendre caducs les décrets et ordonnances par lesquels ils ont mis en harmonie, comme ils disent, les affaires ecclésiastiques avec l'administration civile (3).

LTne des plus grandes difficultés, aux yeux des cardinaux, était de savoir s'il fallait inviter les souverains au concile. Invités, ils pourraient formuler des demandes inacceptables ; laissés de coté, ils trouveraient dans leur exclusion un nouveau motif de mécontentement et d'opposition. On ne pouvait cependant pas convoquer les gouvernements non catholiques! Mais il faudrait entrer en relations avec 1' « usurpatore e sacrilego governo Italiano »; d'où ^inconvénient de sembler le reconnaître officiellement (4). Reisach doute qu'il soit bon

(1) Bizzarri.

(2) Reisach, Panebianco.

(3) Reisach.

(4) Reisach, Sacconi, de Luca, Barnabe, Asqainî~.

de s'entendre d'avance avec les pouvoirs civils : on s'expose à provoquer leur opposition ouverte ou à leur l'aire croire qu'on a besoin de leur consentement.

Les cardinaux redoutaient en outre que certains gouvernements interdissent aux évêques de se rendre au concile; il fallait s'y attendre non seulement de la part des non catholiques, mais aussi du Portugal, de l'Italie, peut-être même de la France (i). La maladie empêcherait quelques prélats d'assister à rassemblée; d'autres craindraient, dans ces temps troublés, de laisser seuls leurs diocèses : et de tout cela on se ferait des armes contre le Saint-Siège et le concile (2).

Les réflexions qu'inspire au cardinal Reisach l'attitude probable de Napoléon III sont à noter : « Déjà, lors de la canonisation (3), écrit-il, l'empereur commença par se montrer peu favorable au voyage des évêques; toutefois, il n'osa pas en maintenir la prohibition. L'annonce d'un concile général excitera certainement son humeur; comme il tient manifestement à ne pas blesser la conscience des catholiques (on l'a bien vu dans l'affaire du pouvoir temporel), il est possible qu'il ne se hasarde pas à interdire aux évêques français de paraître à cette assemblée; l'amour-propre national pourrait être blessé si l'on voyait l'intervention du souverain empêcher les prélats de prendre part à un acte ecclésiastique aussi solennel. Il faut pourtant bien se dire (pic, s'il ne veut pas du concile, l'empereur aura plus d'un moyen de l'entraver; il lui suffirait, par exemple, de prendre quelque parti définitif au sujet de Rome. Cependant, si je songe au caractère de Napoléon, à son souci (h1 sauver les apparences, je ne puis croire qu'il se départisse ainsi de sa réserve. Au contraire, le concile pourrait bien mettre Home

(1) Reisach, Villecourt, Bizzarri, Sacconi et d'autres.

(2) Sacconi ; de même Bizzarri, Barnabo et d'autres.

(3) En 1862.

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