RAPPORT DES CARDINAUX — OBSTACLES PREVIS
•et le pouvoir temporel à l'abri d'un attentat. Avant de frapper le dernier coup, l'empereur attend l'apaisement de l'émotion dos catholiques et le relâchement de leur zèle — apaisement et relâchement qui finiront par se produire, car les masses
sont ainsi faites (pie peu à peu leur ardeur s'éteint et (pie l'habitude leur fait accepter et regarder avec indifférence ce qu'elles avaient d'abord repoussé énergiquement. Mais le concile ravivera le sentiment catholique, la réunion des prélats donnera à leur parole plus de retentissement et le pouvoir temporel des papes, au lieu de se réduire, suivant le désir de nos ennemis, à une simple question italienne, se maintiendra à son rang- de question catholique. »
Autre difficulté : Où se tiendrait rassemblée? Le concile ne pouvait pas siéger hors de Rome, ce serait provoquer de la part des gouvernements mal disposés le mécontentement, la défiance et l'opposition ; le réunir à Rome, sous les yeux du pape, ne serait-ce pas éveiller un soupçon contre la liberté des évéques? A Rome, les circonstances présentes ne permettaient pas de compter sur les princes pour y garantir la sécurité nécessaire : que de troubles on aurait à prévenir! Si une révolution éclatait, quelle responsabilité pour le Saint- Père (i). Et puis, qui se chargerait des frais énormes des voyages (2)?
En outre, le concile une fois réuni, les journalistes seraient à l'affût de toutes les nouvelles, la presse discuterait toutes les questions, elle voudrait tout juger et exercer une pression sur les Pères; dans les Parlements, le concile ferait l'objet d'interpellations, on débattrait des matières ressortissant à lui seul, on tâcherait de l'influencer (3); divers gouvernements, enfin, s'opposeraient à la promulgation et à l'application de ses décisions (4).
(1) de Luca, Sacconi, Panebianco.
(2) Barnabe.
(3) Mattei. Sacconi.
|4) Reisach, Sacconi.
\ ces difficultés du dehors s'en ajoutaient d'autres, d'ordre intérieur. L'Italie manquait de théologiens et de canonistes capables de préparer et d'approfondir les matières des travaux du concile»; le cardinal Barnabô le faisait remarquer, mais sans y insister, car on se ferait aider de l'étranger. Ce qui préoccupait bien plus les cardinaux, c'était la pensée des diverses entraves qu'à dessein ou sans le vouloir les Pères du concile pourraient eux-mêmes apporter à sa marche. Sinon en théorie, du moins en pratique, il se produirait des divergences d'opinion; parmi tant de prélats et de docteurs de pays différents, la diversité des idées, des préjugés, des préoccupations, au point de vue politique, national, scientifique devait nécessairement exercer une grande influence et chacun défendrait sa manière de voir (i).
N'était-il pas à craindre aussi que les évèqucs élevassent bien des prétentions de toute sorte et s'efforçassent d'amplifier leurs droits aux dépens du Saint-Siège? Le cardinal Bizzàri passe en revue à ce propos toutes les nations : « Les Espagnols tâcheront de se faire autoriser, comme les Français, à accorder certaines dispenses spéciales de mariage, au grand détriment de la Daterie. Selon les pays et les nationalités, les évêques n'ont pas non plus la même manière de voir sur certains points de discipline. Français et Belges tiennent à dominer leur clergé et répugnent à laisser de nouveau limiter leur pouvoir. Les Allemands voudront peut être réformer la procédure canonique : il y a danger qu'ils y veuillent introduire des principes plus ou moins sains empruntés aux législations modernes. D'autres pourront s'en prendre à l'exemption des réguliers ou à des questions semblables; que d'occasions données à des contestations, à des disputes fâcheuses et irritantes ! » On proposera d'innombrables réformes, par exemple sur la trop fréquente
(1) Reisach