M"1' DUPANLOUP AVANT LE CONCILE 33S
de Montalembert que l'évèquc essaie de décider Doellinger au voyage de Rome (i) //.
Le voyage en Allemagne de l'évêque d'Orléans avait pour but, croit-on, d'influer sur les décisions des évoques allemands par rapport à la conduite à tenir dans le concile. Il adressa aux évoques réunis à Fulda un écrit où il exposait les raisons de ne point définir l'infaillibilité pontificale (2). Il poussa jusqu'à Einsiedeln, en Suisse, et jusqu'à la capitale de l'empire autrichien.
Une anecdote rapportée par Mgr de Ségur nous montre que À[>'r Dupanloup avait espéré rencontrer chez le cardinal Rauscher, archevêque de Vienne, des sentiments analogues aux siens. Désireux de voir le cardinal, il fut par erreur conduit chez le nonce apostolique. Comme il ne connaissait personnellement aucun des deux prélats il se crut devant l'archevêque Rauscher et parla librement du but de son voyage. Le nonce le laissa s'enferrer quelque peu, puis il lui dit : « Pardon, monseigneur, je vois que vous vous abusez. Je suis le nonce et ce n'est pas au nonce que vous aviez, je suppose, l'intention de parler ainsi » (3).
De retour dans son diocèse, M81" Dupanloup ne releva pas encore complètement la visière. Le 4 novembre seulement, il commença à faire connaître publiquement ses idées. Ce jour-là on devait, à Orléans, célébrer très solennellement la
(1) Cf. la leltre de Montalembert à Doellinger, 7 novembre, dans Pelletier, loc. cit.\>. 91 sq. « ...Mais avant de vous remercier de votre précieuse lettre du 31, je veux et je dois m'acquitter de la mission que m'impose notre grand et cher évêque d'Orléans. Il me demande de vous écrire en son nom comme au mien pour vous supplier de vous rendre au futur concile, si on vous en offre l'occasion... Aucune considération ne justifierait à mes yeux votre absence de ce concile, si vous avez le moyen d'y assister; et si, comme me l'affirme M" Dupanloup, le cardinal de Schwarzenberg a insisté et insiste encore auprès des autorités romaines pour que vous y soyez appelé, aucun obstacle ne doit vous empêcher de vous conformer à ce désir... Vous, qui êtes incontestablement le premier homme de l'Eglise d'Allemagne, comment pouvez-vous décliner la mission de la défendre et de la représenter dans cette crise formidable? »
(2) Lacrange, loc. cit., III, 130, 143. Cf. infra.
(3) Maynard, loc. cit., p. 189 ss. — Pelletier, loc. cit., p. 91.
fête de Saint-Charles Borromée, patron du clergé diocésain. Alors se trouvèrent réunis, dans l'après-midi, les vicairesgénéraux, les membres du chapitre de la cathédrale, les prêtres de la ville et plusieurs autres venus de près ou de loin au palais épiscopal pour prendre congé de leur premier pasteur avant son départ pour le concile. Le doyen du chapitre, l'abbé Desbrosses, prit, au dire de l'organe officiel du diocèse (i), la parole « au nom de tous » et dans son discours exalta la lutte que 1 evêque soutenait pour le Saint-Siège et les mérites qu'elle lui avait acquis, spécialement dans la défense du pouvoir temporel, sans lequel Pie IX n'aurait pu convoquer le concile. Il parla des espérances avec lesquelles on l'envisageait et de la bonne volonté du clergé d'Orléans à se soumettre à ses décrets. // Puis faisant allusion aux inquiétudes répandues dans les âmes par les imprudences des uns et la malveillance des autres, il exprima sa confiance dans la sagesse du vicaire de Jésus-Christ et des évêques et en particulier de l'évêque du diocèse. Dans sa réponse (2), l'évoque fit entre autres ces réflexions : « Quant aux inquiétudes dont vous m'avez parlé, aux initiatives imprudentes, intempestives, je ne tarderai pas à vous en dire ma pensée. » Il le fit peu de jours après dans une lettre au clergé de son diocèse. Citons seulement de son discours d'adieu, les belles paroles de la conclusion : « Pour moi, messieurs, je vais au concile, appelé par le chef suprême de l'Eglise. J'y vais comme juge et témoin de la foi. J'y serai, je l'espère, avec l'aide de Xotre- Seigneur, un juge libre, attentif et ferme, sans aucun respect humain; un témoin vigilant et fidèle. Et, le concile achevé, quelles qu'aient été ses décisions, conformes ou contraires à mes vœux et à mes votes, je reviendrai soumis à tout, sans le moindre effort, soumis de bouche, d'esprit et de cœur,
(1) Annales religieuses du diocèse d'Orléans, b' novembre 1869. C.V. 1281 b sqq. -Cecconi, loc. cit. Doc. CGLXI.
(2) Ibid.