‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 123 sur 213 · M-1 DU PAN LOUP AVANT LE CONCILE · texte numérisé non relu

M-1 DU PAN LOUP AVANT LE CONCILE

eais a envoyé par la poste, secrètement, à une réunion d'évêques allemands, en taisant son nom, le lieu d'impression et la date, un écrit destiné à influencer leurs débats. M. l'abbé Lagrange remarque dans sa Vie de M'jr Dupanloup qu'il a seulement fait parvenir aux évêques rassemblés à Fulda, une « courte note » dans laquelle il avait exposé son opinion sur les définitions annoncées (i). Il dit plus bas que les « observations » sont un développement de cette note (u). Xous devons ainsi supposer que le remuant évèque d'Orléans avait formé le projet, en prévision du concile, d'engager d'avance tous les évoques de langue allemande, française, anglaise, italienne et espagnole, c'est-à-dire l'épiscopat du inonde entier, dans la voie que lui-même avait cboisie pour le concile. Un pareil procédé est vraiment unique dans l'histoire des conciles; il est une excellente démonstration de la remarque de l'abbé Maynard : « MKr Dupanloup aspirait intimement à être l'évêque de la France et du monde, l'évêque de l'Eglise catholique (3). »

L'évêque d'Orléans avait, dans sa lettre, désigné l'archevêque de Malines, Msr Dechamps, et celui de Westminster, Mgr Manning (4), comme défenseurs de l'opinion qu'il combattait. '/ Il s'était prononcé en termes pleins de vivacité contre les journalistes, spécialement contre I'Univers et la Civilta

(1) Lagrange. Vie de M"r Dupanloup, III, 130.

(2) Ibid. p. 143. — Maynard (loc. cit. 2Ùo ss.) doute de l'identité de la courte note de Dupanloup avec l'écrit allemand, parvenu à la réunion épiscopale. En lait, cet écrit qui, dans la traduction italienne occupe vingt pages du recueil de documents de Cecconi, ne peut pas être convenablement appelé une « courte note ».

(3) Maynard, loc. cit. p. 66. — Le nonce de Munich émet, dans sa lettre à Antonelli, du 30 novembre 1869, la supposition queM" Dupanloup dans son entrevue, avec Doellinger et Lord Acton se préoccupa de la traduction de sa brochure en allemand et en anglais. Il l'aurait alors fait répandre en Allemagne par l'entremise de Doellinger, tandis que Lord Acton prenait sur lui l'impression de la brochure à Londres, et sa diffusion en Angleterre et en Amérique.

(4) Sur la controverse suscitée avec ces prélats par l'écrit de Msr Dupanloup, voir le chapitre suivant.

Cattolica. Cette dernière répondit en quelques lignes (i) que, bien qu'elle pût facilement se défendre, par égard pour la haute situation de l'adversaire, elle préférait le silence. Le rédacteur de I'Univeus, Louis Veuillot, répondit aussi brièvement et avec modération (2).

On n'en est que d'autant plus surpris de voir soudain M-' Dupanloup, dans un violent éclat de colère, prendre l'offensive contre Louis Veuillot et attiser ainsi de nouveau le feu de la controverse. Dans un avertissement, qui remplit treize pages de la collection documentaire de Cecconi (3), il proteste contre la façon dont Veuillot traite des affaires et de la doctrine de l'Eglise, il l'accuse d'usurpation sur les droits de l'épiscopat, d'exagérations dans le domaine de la doctrine, et d'un goût déplorable pour remuer les controverses irritantes et trancher par des solutions pleines de violences et de périls les questions soulevées. Enfin, il l'accuse de la manie d'accuser ses frères dans la foi, de les insulter et de les calomnier. Plus que personne Louis Veuillot mérite le nom d'accusator fratrum (4). Dans la première partie du développement, M81" Dupanloup revient sur le passé de Veuillot; dans la seconde, il parle de la controverse présente qui a pour objet l'infaillibilité pontificale et accompagne ses

(i) Cecconi, loc. cit. CCLXXVIII. — Cf. C. V. 1285b. Plus énergique fut l'attaque de Mr Dupanloup par I'Unita Cattolica. Voir Cecconi, loc. cit. Doc. CCLXX, CCLXXI. - Cf. C. F. 1284 b.

(2) Cecconi, loc. cit. Doc. CCLXIV. — Cf. C. V. 1282 d. — Cecconi loc. cit. Doc. CCLXVIII. — Cf. C. V. 1284 a. — Cf. aussi « Le Monde » dans Cecconi. loc. cit. Doc. CCLXIX. - Cf. C. V. 1284 a.

(3) Doc. CCLXXXI. - Cf. C. V. 1285 c

(4) L'introduction se termine ainsi: « J*élève donc à mon tour la voix, et je viens opposer aux entreprises dont je vous accuse un solennel avertissement. J*accuse vos usurpations sur l'épiscopat et votre intrusion perpétuelle dans ses plus graves et ses plus délicates affaires. J'accuse surtout vos excès de doctrines, votre déplorable goût pour les questions irritantes et pour les solutions violentes et dangereuses. Je vous accuse d'accuser, d'insulter et de calomnier vos frères dans la foi. Nul ne mérita jamais plus que vous ce mot sévère des Livres saints : Acciisalor fratrum ! Par-dessus tout, je vous reproche de rendre l'Eglise complice de vos violences, en donnant pour sa doctrine, par une rare audace, vos idées les plus personnelles. »

Mgr DUPANLOUP ET LOUIS VEUILLOT 349

plaintes d'une série de citations de I'Univers. Chaque phrase prouve l'excitation de l'écrivain. C'est dans la conclusion seulement qu'il arrive à se calmer. //

Yeuillot répondit brièvement (i). « Xous dirons le moins possible, écrit-il, ne voulant pas risquer de perdre tous les avantages que nous fait un adversaire trop irrité. » Il se déclare prêt à examiner les citations faites par M gr Dupanloup et demande au Français d'indiquer celles qu'il préfère que l'on vérifie. Plus tard (2) il exposa plus à fond la manière dont Ï'XJnivers avait traité la question de l'infaillibilité pontificale.

Sur le chemin de Rome, Mgr Dupanloup visita le comte de Montalembert. Celui-ci en informa l'ancien Carme Loyson (3) et ajoutait sur Mgr Dupanloup : « Il vient de donner un bien grand exemple de ce qu'il est j)ossibIe de faire, au sein de l'Eglise actuelle, pour la liberté et la vérité. Il a parlé beaucoup trop tard, mais ses deux coups de tonnerre (contre l'Infaillibilité et I'Univers) n'en n'ont pas moins eu un retentissement prodigieux. Il est parti calme et plein de confiance pour entrer dans la lutte qui va couronner sa glorieuse vie. »

(1) L'Univers, 22 novembre. — Cecconi, loc. cit. Doc. CCLXXXIII. —Cf. C. V. 1285 d.

(2) Ibid. 2 décembre. — Cecconi, loc. cit. Doc. CCLXXXVII. — Cf. G. V. 1286 b.

(3) 14 décembre. — Cecconi, loc. cit. Doc. CCXCI. — Cf. C. V. 128(3 c.

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