LA POLÉMIQUE EN ANGLETERRE
le plus, je le sais, saint Alphonse de Liguori. Tous les deux ont écrit un Liber retractationum. Si, au lieu du livre intitulé Defensio declarationis Cleri gallicani, un autre livre Liber retractationis, fut sorti de la plume de Bossuet, comme il est sorti de celle de saint Augustin, les œuvres de l'Aigle de Meaux déjà si chères à l'Eglise, le lui seraient au même degré peut-être, que les œuvres de l'évêque d'Hippone. Dieu voudrait-il que cette omission fût réparée par une plume que Bossuet ne désavouerait pas ? Le concile ne produisît-il que ce résultat, je dirais qu'il n'a pas été convoqué en vain. »
Tel fut le déhut de la controverse si vivement menée entre les deux prélats ; / / plusieurs autres y intervinrent. Comme elle se déroula au temps même du concile, nous en renvoyons le récit détaillé au volume suivant.
Les catholiques d'Angleterre ne gardèrent pas, lors de l'agitation qui précéda le concile du Vatican, le même calme que ceux de Belgique. On s'en étonnera d'autant moins qu'en Angleterre ceux même qui ne sont pas théologiens sont très portés à se mêler des questions théologiques et à y faire valoir leurs opinions. De plus, un certain nombre de catholiques, des convertis surtout, suivaient le mouvement libéral et entretenaient des relations d'amitié avec les théologiens libéraux d'Allemagne, particulièrement avec Doellinger. La Dublin Beview parle au moment de l'ouverture du concile d'un parti de catholiques en Angleterre bien organisé quoique peu considérable :ils sont pour l'Eglise de véritables ennemis, autant que pourraient l'être des protestants déclarés, mais ils sont bien plus redoutables. Elle signale ouvertement parmi eux le converti Oxenham (i).
(1) Wehave always maintained, that there is an organized , though small,band oj professing Catholics in England, ivhoareas trnly enemies to the Church as avoired Protestants can be; and ivho are immesurably more dangerous than avowed Protestants, from the very fact, that Cathotics in gênerai are not duly on their guard against them. The one member of this party whom we hâve been most pften obliged to naine, is M' Oxenham, Dublin Review XV (1870 I) p. 212.
Déjà, en 1868, avant la publication de la correspondance française dans la Civilta Cattolica et le plein développement de la lutte en Allemagne, un converti, P. Le Page Renouf, publiait un ouvrage sur le pape Honorius (1). Il voulait montrer que le pape Honorius avait erré dans une définition ex cathedra et que par suite on ne pourrait soutenir la doctrine de l'infaillibilité pontificale. Une série d'autres considérations l'amènent à conclure que cette opinion ne mérite aucune attention. Après avoir remarqué que cette doctrine est encore une des questions d'école librement débattues, il ajoute : « Pourtant un parti influent dans l'Eglise est mécontent de la liberté actuelle et attend avec impatience le jour où son dogme préféré, défini comme article de foi sera inséré dans nos catéchismes et déclaré, sous peine d'anatbème, obligatoire pour tous les enfants de l'Eglise. »
// L'ouvrage de Renouf suscita naturellement une guerre de plume acharnée. On ne peut citer tous les journaux et les revues qui se déclarèrent pour ou contre. Le P. Paul Botalla, S. J., professeur de théologie à Saint-Beuno's Collège (Xorthwales) le réfuta directement dans un livre spécial (3). Renouf répondit par un second ouvrage (4). Le nouvelles réfutations suivirent (5). L'émotion soulevée parmi les catholiques n'était pas légère (6).
(1) The Condemnalion ofPope Honorius. Bij P. Le Page Renouf. London, 1868.
(3) Pope Honorius before the Tribunal oflieason and Histonj. London, 1809.
(4) Honorius Heconsidered with Référence tu llecent Apologies Dy P. Le Page Renouf, London, 1869.
(5) Dublin Review vol. XV. (1870, 1. II).
(6) Le passage suivant de la Dublin Review (vol. XI. 1868 II) p. 200 montre combien Renouf et ses contradicteurs avaient perdu le calme et la modération pourtant si ordinaires aux Anglais : « When we . say, thaï the vieivs advocaled by M' Renoul are mont untrue and mischievous, he ivill uccept Uns as the greatest compliment ire can pay him ; but ire rriust further give our opinion, thaï lus pamphlet is « passionale, shallow and prétentions ». Every reader ivill hâve been struck with its passionate ness. » Suivent en preuve quelques phrases extraites de récrit de Renouf: The arguments « used by the first apoloyists of Pope Honorius « cannot hâve been sincerely believed in by their authors » (p. 7). « It is a simple untrulh, to say,