RÉPONSE DU PATRIARCHE GREC DE COXSTAXTIXOPLE
» Il est donc aussi tout à fait inutile de nous rendre au concile ; la reprise de discussions, tant de fois répétées sans utilité, n'aurait d'autre résultat que d'éloigner les esprits encore davantage. //
» L'Eglise orientale ne s'écartera jamais de la doctrine qui lui vient des apôtres et qui lui a été transmise par les saints Pères et les conciles œcuméniques.
» L'union conclue au concile de Florence fut commandée par des circonstances politiques fort critiques, et l'ensemble de l'Eglise d'Orient protesta contre cette union.
» Xous sommes parfaitement tranquilles dans notre conscience.
» Prions le Seigneur d'éclairer les esprits et de toucher tous les cœurs pour que règne la charité (i). »
L'invitation au concile était repoussée, et de la manière la plus disgracieuse. Cette réponse négative du patriarche grec de Constantinople devait avoir une influence décisive sur l'attitude que prendraient à l'égard du concile, non seulement les autres patriarches et évêques du rite grec, mais encore la plupart des prélats des autres rites.
Le protosyncelle amplifia encore en français les paroles du patriarche. Il parla de la pureté de la doctrine enseignée dans les Eglises orientales, de l'égalité de tous les apôtres et de la subordination du pape au concile œcuménique et à Jésus-Christ, l'unique chef de l'Eglise. Si le pape ne renonçait pas à ses prétentions exorbitantes, ses invitations au prétendu concile œcuménique devaient rester sans résultat.
(1) Si le patriarche avait seulement pris en main la lettre pontificale et lu la première phrase, il aurait été pour le moins quelque peu déconcerté dans son affirmation si catégorique, que les Grecs ont reçu leur doctrine des Apôtres et des Pères de leur Eglise. Le Pape cite, en effet, un passage de l'un des Pères les plus considérés de l'Eglise grecque, Saint-Grégoire deNysse, qui, par une allusion visible de l'Evangile dit que l'apôtre Saint-Pierre est « d'après le privilège que Dieu lui a accordé, la pierre ferme et solide sur laquelle le Sauveur a bâti son Eglise. » C'est exactement le contraire de la doctrine capitale des Grecs sur i'égalité des Apôtres et de leurs successeurs.
L'abbé Testa ne jugea pas opportun d'entrer dans la discussion des points controversés entre Grecs et Latins ; il se contenta de répondre que le Saint-Père était animé du plus vif et du plus sincère désir de voir s'aplanir les difficultés qui séparaient l'Eglise d'Orient de celle d'Occident. C'est précisément pour atteindre ce but tant désiré qu'il adressait son invitation aux prélats de cette Eglise, dans le ferme esj)oir de voir ses désirs se réaliser, si à de ferventes prières on ajoutait aussi des actes ; //mais, espérer la réunion et le rétablissement des liens de la charité sans se rencontrer et s'entendre, c'était espérer l'impossible.
« A notre grand regret, répartit le x^rotosyn celle, nous ne pouvons accepter l'invitation. Ce refus, néanmoins, ne doit porter aucun préjudice... » Il ajouta quelques mots qui ne furent pas compris des prêtres latins.
Comme on se levait pour prendre congé, le patriarche fit un signe de la main : aussitôt, comme si la chose avait été convenue à l'avance, le protosyncelle prit la lettre pontificale, qui était encore posée sur le divan, et la rendit au principal visiteur.
Tel est le compte-rendu de l'abbé Testa. Sur cette entrevue nous avons encore un autre récit, que le protosyncelle envoya aux journaux grecs de Constantinople (1). Celui-ci met en plus vive lumière le rôle des Grecs et en particulier du patriarche : il contient des additions qui sont évidemment destinées à justifier devant les Grecs le refus de l'invitation pontificale. Au sujet de ce refus et de l'accueil fait aux délégués, les deux récits s'accordent essentiellement. Seulement, le protosyncelle met dans la bouche du patriarche les paroles qu'il avait lui-même prononcées. Ensuite viennent les explications des deux parties sur les doctrines caractéristiques
(1) CBccqjsr, loc. cit. Doc. LXXVI1I. - Ctr. C. V. 1114 b. — Gfr. C. V. 1115 c. Cecconi. loc. cit. Doc. LXXXI.