REPONSE DU PATRIARCHE GREC DE COXSTAXTINOPLE
des Grecs et des Latins ; le patriarche y a le beau rôle. Il parle d'abord contre la primauté de l'évêque de Rome, puis un des prêtres latins étant venu à parler du concile de Florence, lui donne l'occasion de s'exprimer en termes violents sur ce concile et sur le pape. D'après le patriarche, le concile de Florence fut réuni pour des motifs politiques et en vue d'intérêts purement matériels ; ses décisions furent imposées pour un temps à un petit nombre de Grecs, que le pape avait contraints par la famine, les violences et les menaces ; il ne mérite pas le nom sacré de concile (i). // Le patriarche lui oppose les conciles des huit premiers siècles, comme les sûrs garants de la vérité. Il ajoute : « Si quelques évêques d'Occident ont senti naître sur certains de leurs dogmes des doutes sérieux, qu'ils se réunissent chaque jour, s'ils le veulent, pour les éclairer. Quant à nous, nous n'éprouvons absolument rien de semblable à l'égard d'un seul de nos dogmes immuables, qui nous ont été transmis par les saints Pères. Mais, puisque vous venez de parler de conciles, per-
(4) Cecconi (op . cit. 1. Kl, c. 2. fait remarquer que cette affirmation constitue plus qu'une erreur historique, elle est une abjecte calomnie. « Les calomnies lancées contre le concile de Florence datent presque de l'époque où il fut assemblé, mais il y a été aussitôt répondu catégoriquement par les évêques orientaux, à leur retour de l'Occident. Les libelles de Marc Eugénique furent réfutés, point par point, par Joseph, évèque de Méthon, et parce même protosyncelle Grégoire, qui avait représenté à Florence le patriarche d'Alexandrie. Leurs répliques font continuellement appel aux témoignages de ceux qui assistèrent au concile et aux actes de celui-ci. qui se trouvaient alors entre les mains de tous. Les passages mensongers de l'histoire deSiropouios, publiée à La Haye en 1C60 par l'anglican Creyghton, trouvent leur réfutation dans ces mêmes actes conciliaires et dans un grand nombre d'écrits polémiques et d'autres documents contemporains, qui se trouvent dispersés dans les collections de conciles et autres recueils du même genre. La vraie raison d'une rechute si prompte dans le schisme fut le fanatisme du clergé et du peuple de Gonstantinople, et aussi l'orgueil d'une partie de ceux-là mêmes qui avaient souscrit l'union et qui maintenant avaient honte, en face d'une populace fanatique, de n'avoir pas su gagner les Latins à leur avis. Ils se joignirent eux-mêmes aux calomniateurs pour reconquérir la faveur de la multitude; ils proclamèrent qu'ils avaient vendu leur foi et trahi la pureté du sacrifice en se faisant azymites. L'annonce de la mort du vénérable patriarche de Gonstantinople, arrivée à Florence, augmentait l'audace des apostats, qui n'auraient pas osé, de son vivant, donner au monde le spectacle d'une conduite si lâche et si déloyale. »
mettez-moi de vous rappeler qu'autrefois pour les réunir on procédait autrement qu'aujourd'hui. De quelle façon, en effet, le Souverain Pontife convoque-t-il le présent concile? Ce n'est pas en observant les règles dictées par l'égalité et la confraternité apostoliques, c'est-à-dire en agissant comme un égal avec des égaux. Sa dignité le premier rang que les saints canons attribuent à son siège, lui conférait uniquement le droit d'adresser une lettre personnelle à chacun des patriarches et des synodes de l'Orient, non pour leur imposer sa volonté, j)ar les encycliques ou les journaux, du ton d'un maître et d'un seigneur, mais pour leur demander, comme ferait un frère à l'égard de ses frères, de ses égaux en rang et en dignité, s'ils partagent son sentiment sur l'opportunité d'un concile, sur le lieu et le mode de sa convocation, sur le but à assigner à cette assemblée, etc. S'il en avait été ainsi, nous aurions consulté l'histoire et les actes des conciles œcuméniques, et l'union véritable, si désirée de tous et si éminemment chrétienne, se serait accomplie d'une manière conforme à l'histoire. Dans tous les cas, nous aurions tous saisi cette occasion de faire monter de nouveau vers le ciel nos plus ardentes prières pour la paix de l'univers entier, pour la persévérance et l'union dans l'unité de toutes les saintes Eglises de Dieu. Mais dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons, à notre grande douleur, prendre en considération l'invitation qui nous est faite ni accepter la rettre dont vous êtes porteur (i). »
L'abbé Testa envoya au cardinal préfet de la Propagande le récit du journal grec. « Je ne veux pas affirmer, disait-il dans sa lettre (2), que quelques points ne m'ont pas ! échappé dans mon précédent rapport, mais je suis certain qu'un très grand nombre de paroles rapportées dans ce
(1) Reproduit d'après Cecconi.
(2) C. V. 1115 c. — Cecconi, doc. LXXXI.