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RAPPORT DES CARDINAUX SUR LE PROJET DU PAPE

évocation à Rome d'affaires sans importance, sur les frais trop considérables et la lenteur excessive des procédures par devant les sacrées congrégations. Le cardinal de Luca, cpii exprime ces dernières craintes, a cependant la ferme confiance que, dans ce cas, les présidents du concile procéderont avec douceur « et sauront écarter sans trop d'amertume les plaintes qu'on redoute » (i).

Voici une autre difficulté (pie signale le cardinal Mattei : <c Partout aujourd'hui en Europe, dit-il, il y a des Parlements et des Chambres; malgré leurs bonnes dispositions, les évèques participeront plus ou moins à l'esprit qui y règne; ils se sentiront froissés si l'on n'accepte pas leurs idées. » Keisach redoute également les tentatives éventuelles d'appliquer aux affaires de l'Eglise la méthode de discussion usitée en politique dans les Etats constitutionnels; pour les questions de discipline, en particulier, les inconvénients en seraient graves.

Toutes ces préoccupations — il faut bien avouer que les événements du concile les justifièrent en partie — expliquent facilement que parmi les conseillers choisis par le pape quelques-uns aient reculé devant le projet de réunir un concile, ou tout au moins devant l'idée d'une convocation immédiate.

Mais nous trouvons aussi, développés dans les mémoires des autres cardinaux, des motifs qui étaient bien propres à faire espérer un heureux résultat. A côté de tous les maux, disent-ils, dont souffre notre époque, il y a place aussi poulies grandes pensées et les nobles sentiments ; la religion possède encore aujourd'hui une véritable puissance d'attraction ; les conversions au catholicisme sont nombreuses ; parmi les fidèles se manifestent les symptômes d'une vie

lii Cfr Keisach, Saceoni, Mattei, Patri/.i.

toute nouvelle; eu bien des endroits, l'élan avec lequel on se porte aux exercices de la piété chrétienne est admirable; on combat le mal avec grande énergie. Un concile augmentera le courage et la force des bons; il diminuera l'influence du monde sur eux. Le monde pourra bien s'obstiner dans ses erreurs, mais on élèvera contre lui un rempart puissant: à ceux qu'il a séduits, et c'est le grand nombre, on ouvrira les yeux. On ne voit guère en quoi l'Eglise aura plus à souffrir de ses ennemis après le concile; par contre, il y a ferme espoir que les adversaires en seront affaiblis et les fidèles fortifiés.

Au reste, si l'on n'y porte remède, les maux dont il s'agit ne peuvent que s'aggraver. Le concile de Xicée se tint, lui aussi, au moment où l'hérésie était à l'apogée de sa puissance, et, pour ne rien dire des autres, le dernier en date ne s'est-il pas réuni, alors que les novateurs étaient en pleine activité et soulevaient toute l'Allemagne.

Les gouvernements ont leurs préoccupations qui les absorbent; ils n'en laisseront que plus de liberté à l'Eglise pour traiter de ses affaires. Si une guerre éclate, le concile sera différé. Les entraves que les princes peuvent mettre à la réunion des évêques ne sont pas nouvelles; l'histoire nous apprend qu'on a toujours réussi d'une manière ou d'une autre à en triompher. D'ailleurs, n'est-ce pas le propre des grandes entreprises de se poursuivre au milieu des contradictions et des luttes? Les conciles généraux se sont toujours tenus à des époques pleines de difficultés; ce sont précisément ces difficultés qui les ont provoqués.

Les évèques ne seront peut-être pas absents de leurs diocèses aussi longtemps qu'on le suppose.

En tout cas, les avantages durables que l'avenir retirera du concile sont bien plus grands que les inconvénients passagers du présent. Les incidents regrettables auxquels peuvent donner lieu l'esprit de parti ou l'excès des prétentions, tien-

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lient à la nature humaine ; trop souvent elle se laisse dominer par la passion; niais il n'y a pas là, l'histoire on t'ait foi, de quoi se laisser déconcerter; le concile de Trente, par exemple, fut le théâtre de discussions et de luttes bien violentes; mais, au moment des décisions, l'entente et la paix reparurent et, après trois siècles, le monde admire encore aujourd'hui la sagesse toute surnaturelle des mesures qui furent prises alors; au surplus, l'épiscopat actuel est bon et sincèrement attaché au Saint-Siège; les évêques, ne se sentant pas suffisamment soutenus par leurs gouvernements, ont eux-mêmes intérêt à rester en rapports étroits avec Rome. Mais la réponse capitale qu'on retrouve presque mot pour mot dans les divers mémoires, c'est que Dieu, pour la gloire duquel se réunit le concile, saura bien dans sa Providence écarter les obstacles. Les efforts de l'enfer, les calculs de la politique et les passions des hommes sont impuissants contre Lui. Puisqu'il défaut de toute autre ressource, les besoins de notre temps semblent exiger impérieusement un concile, le secours divin lui est assuré.

La plupart des cardinaux donnent aussi leur avis sur les objets à soumettre aux délibérations et décisions de la future assemblée.

Avant tout, ils demandent la condamnation des erreurs qui minent aujourd'hui le christianisme; mais ils veulent qu'on y joigne un exposé des vérités qui s'y opposent (i). Les principes généraux de la religion et de la morale devront être l'appelés; les multiples empiétements de l'Etat sur le terrain ecclésiastique, en matière de propriété, d'administration, d'éducation, d'enseignement, de mariage, etc., seront l'objet de prohibitions spéciales (2). On revendiquera énergiquement le droit pour l'Eglise d'exercer son influence

(1) Reisach et beaucoup d'autres.

(2) Reisach, Altieri, Bifondi, Cagiano. Asquini, Sforza.

sur la société en tant que telle; on déterminera les restrictions à apporter à la liberté <le la presse (i). Le cardinal Cagiano demande qu'on prenne les mesures nécessaires pour obliger les puissances à observer les concordats. Bifondi trouve que ces sortes de conventions devraient être plus fréquentes, même avec les princes non catholiques (2). Vient ensuite une série de projets pour la réglementation des affaires matrimoniales : ministre du sacrement (3), mariage mixte (4), mariage civil (5), mariages clandestins (6), tout cela doit faire l'objet de décisions nouvelles. Cagiano demande aussi des modifications touchant les empêchements.

Il faut recommander de nouveau l'observation des dimanches et jours de fêtes, de l'abstinence et du jeûne, l'accomplissement du devoir pascal; au besoin, on en adaptera la pratique aux circonstances présentes (7).

Un relèvement des études dans les séminaires est aujourd'hui devenu nécessaire (8); on proposera des lois à ce sujet, ainsi que sur la restriction de l'inamovibilité des curés (9). On tâchera d'unifier davantage la liturgie (10). Il y a des réformes à faire dans le clergé séculier et régulier (n): les exemptions des réguliers sont à diminuer (12). Le concile devra travailler au retour des Orientaux; ceux-ci seront donc spécialement invités (i3). Il en sera de même pour les hérétiques (14); Panebianco demande pour eux des sauf

(1) Cagiano, Bifondi, Asquini, Sforza.

(2) Cfr Roberti.

(3) Altien.

(4) Altieri, Asquini.

(5) Cagiano, Asquini.

(6) Cagiano,

(7) Asquini.

(8) Bifondi, Clarelli, Bizzarri.

(9) Cagiano.

(10) Sacconi.

(11) Altieri, Clarelli, Bifondi.

(12) Sforza, Altieri.

(13l Caterini, Panebianco.

(14) Altieri, Panebianco.

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