‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 133 sur 213 · RÉPONSE DU PATRIARCHE GREC DE JERUSALEM · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU PATRIARCHE GREC DE JERUSALEM

Après qu'il eut présenté les lettres apostoliques en prononçant quelques paroles, le patriarche lui fit signe de les déposer sur le divan, et ajouta : « Sa Sainteté le Pape aurait dû d'abord écrire une lettre confidentielle aux patriarches et aux évèques Orientaux et nous dire : « Voici ce que je » pense faire. Qu'en dites-vous? Qu'avez-vous à me con- )> seiller? » Et ainsi, nous nous serions concertés les uns avec les autres et nous aurions pris notre parti. Mais il ne fallait pas d'abord publier la chose dans le monde entier et dans tous les journaux. »

Patrignani répondit : « Béatitude, le Saint-Père n'a pas traité les patriarches et les évèques Orientaux autrement qu'il n'a fait avec nos évèques d'Occident. »

Le patriarche : « Mais dans cette encyclique le pape nous traite de schismatiques. »

Perpignani : « Non, Votre Béatitude peut s'assurer par elle-même que ce mot n'est pas dans la lettre. »

Le patriarche : « Sans doute, mais il y a l'équivalent. »

Perpignani : « Béatitude, l'équivalent est un fait que vous ne niez pas vous-mêmes... Si vous n'étiez pas séparés de l'Eglise romaine, vous lui seriez unis, et vous reconnaissez que vous n'êtes pas unis. »

Le patriarche étant revenu à sa première observation sur le procédé du pape, Perpignani lui répondit : « Les conciles se font précisément pour mettre tout le monde d'accord. Si vous valiez, vous pourrez librement proposer cette question comme les autres. Vous savez d'ailleurs que l'Esprit-Saint ne peut se tromper. »

Le patriarche : « Oui, l'Esprit-Saint ne peut se tromper... Mais, dans les circonstances actuelles où le monde est sens dessus-dessous, on n'aurait pas dû songer à un concile. »

Perpignani : « Au contraire, Béatitude, ce sont là les circonstances où l'on doit réunir des conciles. En fait, tous les conciles anciens se sont tenus au milieu des troubles de

l'Eglise. C'est pourquoi, voyant que la chrétienté tout entière est en danger, tous les chrétiens devraient s'entendre pour la soutenir. »

Le patriarche : « Dieu le veuille : mais après si longtemps, comment serait-il possible de terminer tous ces différends qui ont créé entre les peuples tant de divisions ? »

Perpignani : « Béatitude, rien n'est impossible à Dieu. »

De patriarche : « A Dieu, oui; mais pour les hommes, c'est impossible. »

Perpignani : « Aux hommes non plus, pourvu que ce soit des hommes de bonne volonté. »

Le patriarche : « Dieu le veuille. Nous aussi nous prions pour l'union des Eglises. »

Perpignani : « Vous voyez donc que vous aussi vous jugez cette union nécessaire. »

Le patriarche : « Oui, mais dans les circonstances actuelles elle n'est pas possible. Nous sommes dans des temps si mauvais! »

Le temps- s'écoulait en de semblables dialogues. On apporta des rafraîchissements. Comme les deux délégués se levaient pour partir, le patriarche prit la lettre du pape et dit au chanoine Perpignani : « Faites-moi le plaisir de reprendre cette lettre, car je ne puis l'accepter. Voyez vous-même : tous Les autres évêques d'Orient l'ont refusée. Je ne puis faire autrement qu'eux. » Un des prêtres grecs présents à l'entretien fit remarquer que la raison du refus était celle qu'on avait indiquée dès le début. Le patriarche congédia ses visiteurs à leur départ en leur disant : «Je prie le Seigneur que l'union se fasse et que le Saint-Esprit assiste le saint concile Adieu. »

Le patriarche grec schismatique d'Antioche réside à Damas. Mais, comme à la fin de décembre 1868, il se trouvait à Beyrouth, le P. Zaccaria, préfet de la mission confiée aux Capucins, se rendit chez lui le 20 décembre, après s'être informé le jour précédent si on le verrait venir volontiers.

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