REPONSE DES PATRIARCHES ORIENTAUX
Il rend compte lui-même de sa visite à Mgr Yalerga (i), qui l'avait chargé de cette commission. L'évèque de Saïda, trois prêtres et un laïque se trouvaient chez le patriarche. Le P. Zaccaria fut reçu avec la plus grande cordialité. Apres un long entretien en langue arabe, il en vint au but de sa visite et présenta la lettre pontificale. / Le patriarche la reçut avec les signes du plus profond respect, la baisa et la fit touchera son front sans prononcer une parole. Le P. Zaccaria prit congé et retourna chez lui. Le soir même, l'évèque de Saïda, M-1' Musaïl, venait lui rendre la visite au nom du patriarche et lui rapporter la lettre du pape. Le patriarche ne pouvait, disait-il l'accepter sans se mettre préalablement d'accord avec sa nation. Le P. Zaccaria chercha vainement à persuader à l'évèque que le consentement de la nation n'était nullement nécessaire. MLgr Musaïl ne voulut même pas recevoir pour son propre compte la lettre pontificale : il en connaissait, dit-il. le contenu par ce qu'en avait dit un journal de Constantinoplc. Que s'était-il donc passé? Quelque temps après, le P. Zaccaria en fut informé par un négociant grec. La veille de l'entrevue, le patriarche avait réuni les notables de la population de Beyrouth pour connaître leur sentiment sur la conduite à tenir à l'égard de l'invitation pontificale. Tous avaient été d'avis d'accepter, et le patriarche avait agi en conséquence. Mais, quand le consul général de Russie, M. Beger, eut appris, le jour même de l'audience, ce qui s'était passé entre le patriarche et le P. Zaccaria, il se rendit aussitôt chez le prélat, lui fit des reproches pour avoir accepté la lettre du pape et lui persuada de la renvoyer. Le patriarche s'exécuta sur-le-champ. « Le patriarche Hiérothée, dit le P. Zaccaria en terminant sa lettre, est une créature de la Russie, et il dépend pour les affaires civiles du patriarche de Constantinople, connu pour très hostile à l'union. »
(1) C. V. 1121 b. sqq. Cexuni, loc cit. Doc. CIX.
C'est le vicaire apostolique d'Egypte, M81" Ciurcia, qui reçut du cardinal préfet de la Propagande la mission de transmettre la lettre pontificale au patriarche grec scliismatique d'Alexandrie. Il demanda un rendez-vous et on lui fixa le 28 février 1869, dans le monastère de Saint- Sabas, résidence du patriarche. Reçu avec la plus grande courtoisie, il fut introduit dans une salle où se trouvait, avec trois évèques, M-1 Xilo, coadjuteur et successeur désigné du patriarche, dont l'état de santé était précaire. Mgr Ciurcia était accompagné de son secrétaire, du supérieur des Lazaristes, qui savait le grec, et d'un certain P. Valentino, qui savait l'arabe. Le patriarche, empêché par la maladie de prendre part à l'entretien, était représenté par Mgr Nilo. Mgr Ciurcia ayant exposé le but de sa visite, Mgr Nilo lui répondit qu'il ne pouvait recevoir la lettre, si elle était identique à celle que les journaux avaient publiée. « Si le Saint-Père, ajouta-t-il, avait agi différemment, si par exemple il avait envoyé aux patriarches une lettre autographe pour s'entendre avec eux sur la tenue d'un concile, on aurait pu, du moins en ce qui regarde1 l'église d'Alexandrie, arriver à un résultat favorable. L'union, nous la demandons tous les jours au Seigneur : elle serait pour les deux Eglises un si grand bien ! D'ailleurs, la lettre pontificale renferme trois principes qu'actuellement il nous est impossible d'admettre, que nous repousserons aussi longtemps qu'ils ne nous auront pas été montrés dans l'Evangile du Christ. »
— « Le Souverain Pontife, répondit Mgr Ciurcia, a suivi à l'égard de tous la même ligne de conduite. Mais quand encore on pourrait y signaler tel ou tel vice de forme, ce que je ne saurais accorder, serait-il raisonnable de s'en montrer si fort préoccupé et de ne prêter aucune attention au fond? L'importance et la gravité de la question qui nous occupe commandent de faire tout le contraire. Avec un peu de bonne volonté, on arrivera vite à résoudre le problème. »