REPONSE DU PATRIARCHE COPTE DU CAIRE
et les évoques pauvres aux Trais du pape. L'évêque copte objecta que les prélats de sa nation ne pourraient venir au concile, alors même qu'ils le voudraient, sans la permission du vice-roi d'Egypte. On vint ensuite à parler de l'opinion déjà émise par le patriarche et d'après laquelle l'union des Coptes se ferait si les Latins consentaient à rejeter le concile de Clialcédoine. MgrCiurcia et ses délégués essayèrent de faire comprendre à l'évêque, sous une forme populaire, l'impossibilité d'une pareille concession. Si les monophysites, direntils, exigeaient le rejet du concile de Clialcédoine, il faudrait aussi, pour décider les Xestoriens à l'union, rejeter le concile d'Epbèse ; si les anciens Pères avaient procédé de la sorte, il aurait fallu, pour ramener les dissidents, rejeter la vérité et accepter l'erreur. Là-dessus, l'évêque du Caire fit remarquer que si le patriarche Cyrille (i), prédécesseur du patriarche actuel, était encore en vie, la démarche du délégué apostolique aurait eu bien plus de chances de succès.
Enfin parut le patriarche, accompagné d'un prêtre. Après les compliments d'usage et les excuses du patriarche pour son retard, le délégué lui présenta la lettre du pape en texte latin et traduction arabe. L'accueil assez froid ne donnait aucune espérance de succès. « Si la lettre du pape, dit le patriarche, est rédigée sous une forme impérative, je ne tiens pas même à la voir; si elle est conçue en termes amicaux, vous pouvez me la donner. » Le délégué le pria d'en prendre connaissance; et à mesure qu'il lisait, le patriarche se radoucissait. « Vous autres Latins, dit-il à la fin, vous avez accepté au concile de Clialcédoine les erreurs de Xestorius. — Il va sans dire que le délégué nia le fait : Xous les avons au contraire condamnées, repli qua-t-il. Qu'on compare notre doctrine avec les Anathématismes de saint Cvrille d'Alexandrie
(i) On dit que ce patriarche fut empoisonné à cause de ses tendances favorables au catholicisme.
et on les trouvera en parfait accord. — Mais reconnaissezvous les trois premiers conciles pour légitimes? — Assurément. — Comment ont-ils été convoqués? X'est-ce pas par les empereurs catholiques et non par les papes?» Le délégué fit répondre par son interprète : « La convocation des conciles est une affaire religieuse, entièrement en dehors du pouvoir des princes. R. appelez-vous les paroles du grand Constantin au concile de Nicée : « Ce n'est pas moi, ce sont les évoques qui sont juges de la foi, je n'ai qu'à écouter et à obéir. » Cependant, il appartenait à l'empereur de veiller à l'exécution des décisions conciliaires. Mais pour leur validité, celles-ci ne dépendaient que de l'approbation du pape. »
On parla encore d'autres doctrines, sur lesquelles les Coptes sont en désaccord avec les catholiques. Mais il n'y avait plus à espérer aucun résultat de l'entretien et MgrCiurcia y coupa court. Au sujet de l'invitation au concile, le patriarche n'avait donné aucune réponse décisive. Ici encore, la réponse du patriarche grec d'Alexandrie, déjà connue des Coptes, exerçait une fâcheuse influence.
La mission d'inviter les Jacobites au concile revenait à M^'1 Castells, délégué apostolique pour la Perse, la Mésopotamie, le Kurdistan et la Petite Arménie. D'après son rapport au cardinal préfet de la Propagande, daté du 29 juin 1869 (1), le patriarche et tous les évêques jacobites (2) avaient reçu la lettre d'invitation dans des sentiments de cordialité et de déférence. Les évêques et le peuple étaient très favorables à l'idée de la réunion avec Rome. La décision appartenait uniquement au patriarche, que tous les évêques déclaraient vouloir suivre,
« La réponse promise par le patriarche et par les évêques, ajoute Mgr Castells, n'est pas encore arrivée et je ne m'at-
(1) Cecconi, loc. cit. Doc. CXV. — Cf. 6'. V. dl23b.
(2) MBr Castells compte dix évêques jacobites, y compris le patriarche, qui réside à Diarbékir.
RÉPONSE DES .1 V.COBITES ET DES XESTORIENS 385
tends pas à la recevoir. Quelque amabilité qu'ait montrée le patriarche, quelques espérances que ses paroles aient fait concevoir, son astuce, son orgueil et son ambition ne permettent guère d'espérer qu'il se décide à cette démarche honorable. On dit communément que dans cette circonstance il suivra entièrement l'exemple du patriarche grec. On a appris par les journaux ce que celui-ci a mit, il est donc fort à craindre que l'invitation ne soit repoussée et que les évêques ne reçoivent l'interdiction de prendre part au concile ».
Voulant faire de son côté ce qu'il pouvait, pour écarter tout obstacle, Mgr Castells fit de plus savoir au patriarche que, dans le cas où il aurait l'intention de prendre part au concile avec ses évoques, on mettrait à sa disposition tout ce dont lui et eux tous auraient besoin pour le voyage. Mais il arriva ce qu'on avait prévu; les Jacobites non plus ne prirent point part au concile.
Le territoire de la délégation de Mgr Castells comprenait encore le pays des Xestoriens. Ces derniers sont les adversaires des Monophysites, dont la doctrine s'est formée pour les combattre. Leur nombre n'est plus considérable. Ils ont un patriarche qui réside à Kotchannès, non loin de Djoulamerk. Au dessous de lui sont sept évêques et neuf diocèses dans le Kurdistan et la Perse, avec deux cent mille fidèles environ (i). M>'r Castells écrivait dans son rapport du 29 juin 1869 que l'invitation pontificale n'avait pu être encore transmise au patriarche et aux évêques nestoriens à cause du mauvais état des chemins, et de la neige qui couvrait tout le pays au commencement du printemps. Le P. Lemée, de l'ordre des Frères Prêcheurs, et un de ses confrères, le P. Vincent, avaient été au mois de mai désignés par le prélat pour remplir cette mission, mais on n'attendait pas leur retour avant la fin de juillet.
(1) Revue catholique (Louvain), 1869, 1, 168.
Sur l'accueil fait par le patriarche nestorien à l'invitation pontificale nous n'avons pas de rapport officiel, mais seulement un récit détaillé, paru dans la Revue du Concile œcuménique du Vatican (i), que rédigeait le P. Chéry, de l'ordre des Frères Prêcheurs. Voici ce récit (2).
(( Ce fut le R. P. Lemée, de l'ordre des Frères Prêcheurs, supérieur de la maison de Mar-Jaeoub, dans le Kurdistan, (pii fut chargépar le délégat du Saint-Siège en Mésopotamie, de porter les lettres apostoliques aux Xestoriens. Ces chrétiens schismatiques appartiennent à la nation Chaldéenne et sont gouvernés par cinq ou six évêques et un patriarche, qui est en même temps le chef civil du pays. Le patriarche actuel, Mar - Schimoun, est un jeune homme de vingt dmit ans, d'une belle intelligence, mais qui n'a reçu aucune culture. Il exerce dans toute la nation un ascendant considérable et les évêques eux-mêmes ne sont devant lui que comme de petits enfants. On n'a pas idée d'un absolutisme semblable. Aussi, quand le P. Lemée se présenta aux évêques et leur exposa l'objet de sa mission, tous lui répondirent : Xous ne pouvons rien décider de nous-mêmes ; nous ferons ce que fera le patriarche. Voilà l'indépendance que le schisme apporte aux âmes les plus fières. Ces chrétiens ne veulent pas reconnaître la suprématie si légitime et la juridiction si paternelle du souverain pontife, et ils sont contraints de faire abnégation complète de leur personnalité devant un homme arrivé à la dignité patriarcale par voie d'hérédité et qui n'a souvent aucun des titres que ces hautes fonctions réclament. Il s'agissait donc d'aborder ce fameux Mar-Sehimoun, retranché dans ses montagnes comme dans une forteresse imprenable.
(1) 5 janvier 1870, p. 101 et suiv. — Cf. Cecconi, loc. cit. Sez. I, p. 81 et suiv.
(2) Nous avons substitué au résumé assez étendu que donne Granderath de ce récit (pp. 323-32IJ), le texte lui-même paru dans la Revue du Concile œcuménique du Vatican, 5 janvier 1870, p. 101 ssq. L'article est intitulé : Réponse des Nestoriens aux Lettres Apostoliques adressées aux Orientaux non unis. tX.duT.)