REPONSE DU PATRIARCHE DES NESTORTENS
Scliimoun alla au devant du P. Lemée. Il n'avait plus rien de l'air imposant du matin ; il prit la main de son hôte, le fit asseoir à ses côtés, et lui dit avec une très grande affection : «Je vous demande bien pardon si je vous ai froissé ce matin par mon langage. Ce n'était pas dans mon cœur, croyez-le; mais je suis entouré de gens dévoués corps et âme à l'Angleterre, et j'ai beaucoup déménagements à garder avec elle. Les Anglais sont les seuls qui nous protègent. J'ai écrit deux fois à l'ambassadeur français à Constantinople; je n'en ai point reçu de réponse, et force m'a été de m'appuyer sur l'Angleterre. Les Anglais s'occupent de nos intérêts, mais il protestantisent nos populations. Je déteste les protestants : car le protestantisme est la ruine de toute religion. Si, entre les catholiques et nous il y a l'épaisseur d'une image, entre nous et les protestants il y a toute la hauteur de ces montagnes. Ils n'ont pas la prière ' liturgique, nous, nous avons des livres de prière et une liturgie très ancienne ; ils n'ont pas de jeûnes, et nous, nous regardons le jeûne comme une des choses saintes de la religion ; ils n'ont pas de vénération pour la Sainte Vierge, et nous, nous avons conservé son culte; ils blasphèment la croix, et nous, nous l'adorons... Il me serait beaucoup plus agréable d'être sous la main du pape que sous la dépendance des protestants. Je me sens très incliné vers Rome, mais je ne suis pas libre. »
Mar-Schimoun promit cependant d'écrire au Saint Père une lettre dans laquelle il adhérerait à tout ce qui se ferait au Concile de concert avec les autres patriarches orientaux.
Daigne le Seigneur l'aider à réaliser cette promesse. Le patriarche chaldéen est sincère, mais il est très faible, et, dans sa situation, il a besoin d'être puissamment soutenu et encouragé. "SToris espérons que les prières des catholiques ne lui feront pas défaut. »
Tel fut l'accueil fait à l'invitation pontificale par les schismatiques de l'Orient. Nous pouvons sans inconvénient omettre
ici les négociations entamées auprès des archevêques et des évêques (i) ; car la plupart ne firent qu'alléguer l'exemple de leurs patriarches et déclarer qu'ils dépendaient entièrement de ceux-ci pour la question de l'acceptation. D'ailleurs un grand nombre se montrèrent très disposés à prendre part au concile et très désireux de voir disparaître la division de la chrétienté. Les patriarches eux-mêmes n'omirent pas de former des vœux pour l'union ; seulement ce désir ne paraissait pas chez tous également sincère et efficace. Le patriarche grec de Constantinople et le catholicos arménien d'Etchmiadzin, de qui tout dépendait, furent précisément ceux qui se montrèrent le moins bien disposés. On peut croire que si ces derniers, ou même si le patriarche grec seul avait accepté l'invitation, les autres auraient suivi leur exemple.
Les journaux hostiles à l'Eglise catholique se montrèrent très satisfaits du refus opposé à l'invitation pontificale par les prélats orientaux non unis; // ils n'eurent pas assez de louanges pour la fidélité de ces pasteurs aux traditions de leur Eglise, et pour l'amour de la liberté et de l'indépendance dont ils avaient fait preuve. Cependant, presque tous les patriarches avaient déclaré, l'un après l'autre, que la division était un mal et qu'on devait s'appliquer à la faire disparaître.
(1) Naturellement on lit parvenir l'invitation, dans la mesure du possible, aux évêques schismatiques du rite grec qui sont ou cherchent à devenir indépendants de la suprématie des quatre patriarches. Nous n'avons là-dessus que peu de renseignements. Dans une lettre adressée le 28 janvier 1869 au cardinal secrétaire d'Etat par le consul général des Etats de l'Eglise à Athènes, une courte remarque l'ait savoir que le délégué apostolique de Grèce a envoyé la lettre pontificale au président du Synode et aux autres évêques du royaume. (Cf. Cecconi, loc. cit. Sez. I, p. 75.)
D'autre part, l'abbé Testa écrit le 4 novembre 18(58 au cardinal préfet de la Propagande qu'il a commencé par envoyer le Bref aux évêques bulgares (Cf. Cecconi, loc. cit. Sez. II, Doc. LXXXIII, Cf. C. V. 1117 b.) Nous ne trouvons pas qu'on ait essayé de la faire parvenir aux évêques schismatiques de l'empire russe, autres que le catholicos arménien cl'Etehmiadziu. C'eut été d'ailleurs une entreprise aussi inutile qu'irréalisable. Il ne fut même pas permis aux évêques catholiques romains de la Russie de prendre part au concile. Pour les évêques schismatiques, la chose eut été, alors même qu'ils l'auraient désirée, absolument impossible.