LA DISCIPLINE — IDEES DU CARDINAL ROBERTI
conduits. Diverses questions sont à traiter au sujet des missions étrangères (i).
Sur trois points : la législation disciplinaire, les Etats de l'Eglise et l'infaillibilité du pape, les opinions des cardinaux et leurs propositions présentent un intérêt tout particulier.
Nous l'avons déjà vu, le cardinal Reisach se prononce nettement pour une adaptation radicale de la législation ecclésiastique aux conditions sociales et politiques des temps nouveaux. Altieri et d'autres encore sont du même avis ; mais Bizzarri et Roberti insistent pour que cette matière ne soit pas traitée au concile.
Le droit disciplinaire de l'Eglise ayant été la cause d'une perpétuelle mésintelligence entre les deux pouvoirs, ne seraitil pas à propos de le renouveler afin de prévenir les conflits à venir? Sans doute, répond le cardinal Roberti, mais étant donné le peu de bonne volonté de l'une des parties, il est à craindre que le remède ne reste inefficace. D'ailleurs, ne peut-on pourvoir à cet inconvénient par des concordats ou des dispenses pontificales? Si vous mettez en question notre vieux droit, quel vaste champ ouvert aux entreprises des adversaires, c'est-à-dire de tous les puissants de ce monde, monarques, ministres et parlements, toujours empressés à détruire quelque pan de mur de l'édifice actuel ! Evidemment on n'ira pas jusque là; le concile confirmera les anciens canons et renouvellera les anathèmes ; mais le fait même d'avoir procédé à un nouvel examen montrera qu'il a douté de la légitimité de son droit (?) ou qu'il a voulu tromper ses ennemis, puisqu'au moment même où il leur faisait espérer des transformations, il était résolu à ne pas changer un iota à ses anciennes doctrines (!)
Le cardinal Roberti, on le sait, est hostile à la réunion d'un
(1) Reisach, Bifondi.
concile; Bizzarri, lui, ne s'y op] ose pas, et s'il ne veut pas de discussion sur les questions de discipline, c'est afin d'éviter que les évêques délibèrent sur les droits qu'ils désireraient acquérir. Tous ne peuvent pas avoir les mêmes; il faut avoir égard aux circonstances de temps et de lieu et le Saint-Siège y a pourvu par des concessions particulières. « Et ici, poursuit-il dans son rapport, je crois devoir l'aire observer qu'on ne saurait tolérer un accroissement des droits des évêques aux dépens du Saint-Siège. Sans parler des inconvénients matériels qui en résulteraient, et dont il faudrait aussi tenir compte, il y en aurait d'autres de l'ordre spirituel : il n'y aurait plus d'uniformité dans la concession des dispenses, — tel évèque se montrerait facile, tel autre serait plus exigeant — partant, danger d'un relâchement dans la discipline ecclésiastique ; comme le faisait déjà remarquer l'ambassadeur français au concile de Trente, les évêques pourraient être obligés de céder à l'influence de personnes considérables. Enfin, ce serait rendre moins fréquents ces retours au Saint- Siège qui font contracte)- aux fidèles L'habitude de reconnaître le centre de l'unité catholique et obligent les évêques à faire acte de dépendance; les papes y perdraient un de leurs moyens les plus utiles et les plus efficaces de connaître les besoins de l'Eglise. x>
Au sujet du pouvoir temporel du pape, les cardinaux
n'étaient pas plus d'accord. Quand ils en parlent, tous affirment bien que « c'est le rempart de l'indépendance du pouvoir pontifical » i i ), et le cardinal Paracciani Clarelli qualifierait volontiers d'hérétique l'opinion contraire; niais si Altieri émet l'espoir que l'épiscopat aura au concile une nouvelle occasion de proclamer solennellement la nécessité de la souveraineté temporelle sur tous les Etats appartenant au
(1) Bifondi.
LE POUVOIR TEMPOREL DU PAPE Si
siège apostolique, Roberti trouve une telle déclaration inopportune.
Voici ses raisons : premièrement l'ensemble des évêques, bien qu'il ne l'ait pas fait en concile, s'est déjà prononcé, et avec un accord admirable, en faveur de la papauté; secondement, il ne lui parait pas à propos de transformer en dogme de foi une opinion plus politique (pie théologique, sans intérêt aucun pour de pieux et paisibles fidèles ; il y a même de bons chrétiens qui, soit par préjugés d'éducation, soit pour d'autres motifs, professent la croyance contraire et n'admettent pas l'utilité d'une s/mveraineté temporelle. Ces hommes, en tout le reste dociles observateurs des lois de l'Eglise, pourquoi les troubler? On aurait l'air d'oublier la haute sagesse du Père céleste et de se mettre en désaccord avec la conduite adoptée jusqu'ici en semblables circonstances. Que gagnerait d'ailleurs la chrétienté à une déclaration conciliaire sur la nécessité relative du pouvoir temporel du pape? Croit-on que les souverains des pays catholiques se lèveront pour lui l'aire recouvrer les provinces perdues ou lui faire don de nouveaux territoires? D'autre part, si la Providence dans ses desseins cachés, permettait que la spoliation sacrilège, étendue déjà à une si grande partie du pouvoir temporel, se poursuivît ou menus ce que Dieu veuille empêcher, devînt complète, que diraient, non seulement les ennemis de la foi, mais aussi tant d'hommes habitués à juger de la vérité des choses d'après leurs succès ou leurs revers, en voyant cette contradiction flagrante entre les décisions du concile et les événements permis par Dieu?» Ce sont les propres paroles de Roberti.
Deux cardinaux seulement parlent de la définition de l'infaillibilité du pape. « En fait on ne peut nier, dit Asquini, qu'entre les principaux privilèges qui forment la primauté du pontife romain ne se trouve celui de l'infaillibilité. » 11 faut la
définir contre les Jansénistes. Ugolini se réjouit du grand attachement des peuples et de l'épiscopat pour le Saint- Siège; il y voit la ferme garantie de l'unanimité des Pères et y puise « l'espoir cpie pour le bien de l'Eglise l'infaillibilité du pape dans les questions de foi et de mœurs sera enfin l'objet d'une définition ». Cela fait, on pourra pourvoir à toutes les difficultés à venir sans avoir besoin de convoquer un nouveau concile.
Xous terminons par quelques observations ou propositions de détail faites par les divers cardinaux. Bizzarri insiste pour que le pape détermine les matières à traiter au concile. On désire que le Saint-Père tienne encore un consistoire (i) et qu'il interroge un certain nombre d'évêques prudents, instruits et zélés de France, d'Autriche et d'Espagne (2). / Caterini croit que, tout en réservant la complète liberté du pape, on devrait, par l'intermédiaire d'une personne sûre ou par une lettre autographe du Saint-Père, s'informer des dispositions des princes catholiques, surtout de l'empereur des Français. Pour préparer les matières il y aura à convoquer des théologiens et des canonistes (3). Les évêques devront ordonner des prières publiques et privées pour l'heureuse issue de la grande entreprise projetée (4). Il faudra pendant le concile pourvoir à l'administration des diocèses privés de leur pasteur (5).
A la fin de leur rapport, presque tous les cardinaux déclarent s'en remettre au jugement que dans sa sagesse le Saint- Père prononcera avec l'assistance de la grâce.
(1) Panebianco, Barnabô.
(2) Bizzarri.
(3) Caterini, Barnabô, Glarelli, Villecourt.
(4) Clarelli.
(5) Cagiano.