L ATTITUDE DES JANSENISTES DE HOLLANDE
toujours informé les papes de leur élection et de leur consécration, sachant pourtant fort bien que le pape leur répondrait en renouvelant la condamnation du schisme janséniste, en excommuniant ses évéques, et en les déclarant privés de toute juridiction, et obligés de s'abstenir de tout acte épiscocopal. Mais ils n'en agissent pas moins toujours en évéques catholiques, en dépit de la condamnation papale et de l'excommunication qu'ils méprisent. « Comment cette attitude se concilie-t-elle avec les principes que l'Eglise catholique professe et observe dans tout l'univers, c'est là une question qu'il nous est impossible de résoudre et que nous abandonnons à leur responsabilité. Nous savons seulement qu'ils ont plusieurs fois fait appel à un futur concile général et cela en un temps où l'on ne pouvait savoir s'il s'en tiendrait jamais un. » Or, maintenant, Pie IX a convoqué un concile pour 1869. Les évéques jansénistes y paraîtront-ils ou s'abstiendront-ils ? Dans le premier cas, ils devront se soumettre aux décisions conciliaires, dans le second, ils prouveront que leur appel au concile général n'était pas loyal // et qu'ils cherchaient à en imposer. De toute manière nous devons espérer que la fin du schisme est proche. L'assistance des évéques au concile amènera la réunion avec Rome; leur abstention au contraire montrera aux laïques que leur clergé les trompe, et les en détachera.
Le journal reçut alors d'un membre de la communauté janséniste une lettre de plaintes (1). Son auteur proteste contre la qualification de jansénistes donnée aux évéques, contre l'affirmation que leur consécration est contraire aux canons, etc. Il continue : « Je pense comme vous — et ce sera l'avis de tous mes coreligionnaires — que nos évéques, spécialement invités ou non, doivent paraître en personne au
(1) Cecconi, loc. cit. (1503 sq.) (trad. ir. t. IV, p. 791 sq.). La lettre est signée : Un membre de TEglise catholique romaine appartenant à la Clerezij.
concile, ou en cas d'empêchement, s'y faire représenter; s'ils s'en abstenaient,ils fourniraient la preuve que leur appel à mi futur concile n'était qu'une feinte. Vous comprenez d'ailleurs qu'en ma qualité de membre de la Clerezij, j'ai trop de confiance en nos premiers pasteurs pour douter même un instant qu'ils rempliront cet impérieux devoir : j'espère aussi qu'on jugera notre cause sans préjugé, qu'on la discutera, et je puis vous donner l'assurance que dans ce cas, les membres de la Clerezij prouveront qu'ils ne sont ni hérétiques ni schism a tiques, mais vrais enfants de notre Mère la Sainte Eglise, prêts à se soumettre à la décision du concile général, quelle qu'elle soit. » Nul ne doit préjuger des décisions du concile. « Avec tous les catholiques nous reconnaissons le concile général comme le tribunal suprême de l'Eglise. Laissons donc ce tribunal prononcer son jugement, et alors pour nous et. pour vous, comme pour tous les catholiques, se vérifiera la parole du fondateur et du chef de notre Eglise : « Celui qui n'écoute pas l'Eglise, tenez-le pour un païen et un pécheur public. » Je termine en vous assurant que nous tous, membre de la Clerezij, nous partageons votre ardent désir de voir le concile mettre fin à la séparation qui existe entre nous et nos frères dans la Sainte Eglise » //.
Cette lettre méritait d'être joyeusement accueillie par le journal, elle le fut; et, bien que l'auteur n'eût aucun mandat pour parler au nom de ses coreligionnaires, on la regarda comme un signe du mouvement qui se produisait au sein de la communauté séparée. Un seul passage de la lettre n'était pas complètement satisfaisant. L'auteur semblait admettre qu'un concile pouvait porter une décision sous l'influence de « préventions et de préjugés » ; par conséquent, son jugement serait discutable, et le refus de s'y soumettre justifié. Une pareille supposition, répond le journal, est inadmissible, elle suffit pour renverser toute autorité dans l'Eglise. Elle établit sur terre, au dessus du suprême tribunal de l'Eglise