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LE CONSEIL SUPERIEUR DE BERLIN

le pape témoigne à plusieurs reprises, en un langage ému, de l'estime et de la bienveillance pour les protestants. « Mais dans cette lettre, fait-il remarquer, le chef d'une Eglise étrangère s'adresse aussi aux membres de la nôtre, en vertu de la prétendue autorité de sa charge suprême; il les presse d'abandonner leur foi, fondée sur la parole inviolable de Dieu et scellée du sang de ses confesseurs, de renoncer à la vérité et et à la liberté de l'Evangile, reconquises à l'époque bénie de la Réformation de l'Eglise; il n'a pourtant en vue, aujourd'hui encore, aucune rencontre sur le terrain de la vérité évangélique. Xous repoussons donc résolument cette démarche comme une mainmise injustifiée sur notre Eglise; et en cela nous sommes assurés d'avoir l'approbation de tous les Evangéliques » (i).

La protestation du Conseil supérieur fut critiquée par un protestant, dans les Historisch-politischen Bl.ettern. //

« Le pape, écrit-il, a-t-il eu à son point de vue de Pasteur suprême de l'Eglise catholique, le droit ou le devoir de publier son exhortation, c'est là une question qui ne peut

(1) C. V. 1123 c sq. — Cecconi, loc. cit. Doc. CXVII. « Le Conseil repousse l'invitation du pape parce que, maintenant encore, il n'a en vue aucune rencontre sur le terrain de la vérité évangélique. » Quel peut bien être le sens de ces paroles \ Si le Conseil veut dire que le pape ne peut mettre fin à la séparation de l'Eglise catholique et des communautés protestantes qu'en acceptant la doctrine de la confession évangélique, il a raison ; mais qui a pu concevoir une pareille espérance? Quand on traite de la réunion des sociétés chrétiennes, les deux partis ne peuvent tenir a priori comme chose assurée l'identité de la doctrine de la confession évangélique avec la vraie doctrine chrétienne.

Où se trouve la vérité, de ce côté ou de l'autre, c'est une autre règle qui doit le déterminer,et c'est l'Evangile qui doit intervenir comme norme également reconnue par tous. L'exigence du Conseil ecclésiastique évangélique réclamant du pape de ménager une rencontre sur le terrain de la vérité n'est justifiée que si l'on entend parler de la vérité contenue dans l'Evangile. Or sur le terrain de la vérité évangélique ainsi entendue, le pape se rencontre véritablement avec les sociétés séparées. La partie entière de sa lettre où il justifie son appel aux protestants n'est qu'un tissu de passages evangéliques, et le pape dans toute cette exposition, s'appuie sur des paroles du Christ souverainement claires et décisives dans l'évangile de saint Mathieu (XVI, 16) où Notre Seigneur déclare qu'il bâtira son Eglise sur Pierre. C'est donc en réalité sur le terrain de la vérité évangélique que le pape vient à la rencontre des protestants.

guère se poser. Pie IX n'a pas outrepassé les droits qu'il ne s'est pas arrogés lui-même, mais qui lui ont été transmis par ses prédécesseurs depuis 1800 ans. Il agit, non d'après des idées personnelles, mais comme ses prédécesseurs l'ont fait avant lui et comme feront ses successeurs. Bien plus, ils ont pour devoir d'agir ainsi. La prétention de l'Eglise catholique, qu'elle fonde sur la parole du Christ, est de chercher à être, conformément à son nom, l'Eglise universelle de l'Humanité. Pendant plusieurs siècles, les aïeux de tous ceux qui sont aujourd'hui protestants en ont reconnu la légitimité. Ce droit, dans la pensée de l'Eglise catholique n'est pas amoindri, parce qu'en fait son exercice est partiellement entravé. Il conserve virtuellement toute sa force, et voilà précisément pourquoi l'Eglise catholique n'est pas exclusive ; de même qu'elle embrasse virtuellement l'humanité tout entière, de même elle reconnaît aussi que ceux-là qui extérieurement ne sont point ses membres, lui appartiennent toutefois virtuellement. » L'auteur de l'article, historien distingué, va plus loin encore, et établit, l'histoire en mains, que les protestants fidèles à la Confession d'Augsbourg — et c'est le cas sans aucun doute pour le Conseil supérieur é'vangéliquc — devaient, comme tels, s'attendre lors de la convocation d'un concile à une exhortation et à une invitation du pape. Le principe fondamental sur lequel repose, en effet, toute la confession d'Augsbourg, est la reconnaissance de la juridiction de l'Eglise catholique et l'appel à un concile oecuménique régulièrement convoqué, L'auteur termine par cette déclaration : « L'exhortation du pape à tous les protestants à l'occasion du concile général, proclame la vraie liberté morale de l'individu. C'est un acte libérateur du monde » (1).

(I)Histor. polit. Bl.iii ikr, 1869, 1, 148-179, 180-2:32. L'auteur à ceque Ton disait, sans doute avec raison, était OnnoKlopp, qui plus tard rentra dans l'Eglise catholique. L'article a paru aussi en brochure : Dey Erangelische Oberkirchenral in Berlin utld das Komil. Freiburu 1869. Il a été traduit en français et en italien.

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