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L ATTITUDE DES PROTESTANTS D ALLEMAGNE

Cotte interprétation de l'invitation pontificale trouva naturellement peu d'écho : le sentiment de la grande masse // diis protestants s'était exprimé dans la lettre du Conseil supérieur. Peu après sa publication, cent vingt pasteurs protestants, assemblés à Berlin de toutes les parties de la Prusse et de communautés plus lointaines de la Diaspora allemande, tinrent une conférence pastorale, où ils arrêtèrent la résolution suivante : « Devant l'outrecuidance de l'allocution récemment adressée par le Saint-Siège aux protestants, il y aurait lieu de faire cette magnifique réponse : Le 8 décembre 1869, avec l'Eglise nationale évangélique de Prusse, l'Eglise évangélique entière d'Allemagne, par la bouche de ses autorités, renouvellera solennellement devant Dieu et devant les hommes et d'un seul cœur la confession d'Augsbourg (!) » (1).

Quant à examiner la lettre pontificale, il n'en est pas le moins du monde question. Elle fut également repoussée par un synode tenu à Glogau, et par le consistoire de la province de Posen (2). De son coté, la presse protestante tout entière lui fit un accueil hostile. Le nonce de Munich écrivait au cardinal Antonelli (3). «Les sentiments exprimés ces jours-ci dans les feuilles qui reflètent généralement le mieux la pensée des protestants sont loin d'être bienveillants. L'amour-propre blessé par l'immixtion dans leurs affaires d'une autorité réputée étrangère, la pensée de perdre la liberté conquise au prix de tant de sacrifices, le spectre de l'Inquisition, du Syllabus et de l'Encyclique, voilà tout le fond des observations et des réponses à propos de l'invitation du Saint-Père. Si quelques-uns ont rendu hommage aux expressions affectueuses qu'elle contient,

(1) Histor. polit. Bl.etter, loc cit. p. 157 sq. d'après la Kreuzzeitunc du 25 octobre 1868.

(2) Cf. Cegconi,/oc. cit. Sez. I, p. 200 sq. (trad. fr. t. II, p. 175).

(3) Dépêche du 2 mars, dans Cecconi, loc. cit. p. 221 sq. (trad. fr. t. II, p. 193 sq).

d'autres n'y voient qu'hypocrisie et le secret espoir de regagner par des flatteries sa puissance perdue. » Sans doute, remarque le nonce, partout se manifeste le désir de voir s'opérer l'union définitive et s'écrouler les murs qui nous séparent; mais comment cela pourrait-il se faire, on l'ignore. « Les docteurs protestants persuadent leurs adhérents de leurs bonnes raisons et de leur bon droit d'autant plus facilement,qu'oublieux de leur origine et des vrais principes, ils se vantent de ne pas repousser opiniâtrement comme les catholiques // l'union avec les autres chrétiens, mais d'être prêts à vivre en parfait accord avec tous sur la base d'un christianisme commun à tous. »

Les grands mots d'esclavage de la foi, de tyrannie des consciences, conservent leur antique puissance; la liberté évangélique de croire et de penser tout ce que l'on veut, passe encore aujourd'hui pour la précieuse conquête de la Kéforme. Pourtant les fruits de cette liberté, émiettement de la société protestante en sectes innombrables, incertitude sur les vérités fondamentales de la foi, incrédulité toujours plus grande, montrent clairement ce qu'il faut attendre de cet arbre.

Naturellement nous ne pouvons reproduire en détail tout ce qui s'est écrit dans les brochures et journaux protestants sur le concile et la lettre pontificale. Xous ne pouvons toutefois négliger les protestations et les déclarations issues des grandes assemblées officielles et des sociétés les plus importantes.

Dans une conférence des délégués du Sud-Ouest de l'Allemagne, tenue à Worms, le 5 avril 1869, on décida de convoquer dans la même ville une réunion plénière des protestants pour le 3i mai suivant. Voici le début de leur appel : « L'invitation adressée par le pape aux protestants d'Allemagne de faire retour à l'Eglise romaine, exige une réponse de la bouche du peuple protestant. L'audace croissante du parti

LA DECLARATION DU CONGRES DE WORMS Mi

ultra montain rappelle les protestants d'Allemagne à la vigilance et à l'union. » Il y va des biens les plus sacrés. En conséquence les soussignés, de concert avec un grand nombre de protestants du Grand-Duché de Bade, de Hesse- Darmstadt, de Nassau et de Bavière, ont convoqué une assemblée de protestants allemands. On indique deux objets de la délibération. Le premier des deux est « une belle déclaration contre la soi-disant Lettre apostolique du pape Pie IX, du i3 septembre 1868, qui invite les protestants d'Allemagne à rentrer dans l'Eglise, et contre les attaques et les prétentions ultramontaines ». Le rapporteur désigné pour cette question est le professeur Sclienkel de Heidelberg, un rationaliste bien connu. L'appel était revêtu de dix-neuf signatures; plusieurs d'entre elles venaient des coryphées du Protestantenverein (Union des protestants) rationaliste (1).

" Le congrès se tint au jour marqué sous la présidence du professeur Bluntschli et adopta la déclaration suivante proposée par Schenkel :

« 1" Nous, protestants réunis aujourd'hui à Worms, nous sentant pressés par notre conscience, tout en reconnaissant pleinement les droits religieux de nos co-chrétiens (mitchristen) catholiques, avec lesquels nous voulons vivre en paix, convaincus pleinement aussi des bénédictions religieuses, morales, politiques et sociales de la Réforme dont nous jouissons, nous protestons publiquement et solennellement contre l'attente exprimée dans la soi-disant « Lettre apostolique » du i3 septembre 1868, de nous voir rentrer au sein de l'Eglise catholique romaine.

» 2° Toujours prêts à nous réunir à nos co-chrétiens catholiques sur la base du pur évangile, nous protestons aujourd'hui avec la même énergie que cela s'est fait il y a trois

(1) Stimmen aus Maria-Laach. Neud Folge, Hefl IV (1869), p. 145. — Gecconi, loc. rit. Sez.lI.Doc. GXXI. — Cf. C. V.ilSZd.

cent cinquante ans, par la bouche de Luther à Worms et par celle de nos pères à Spire, contre toute tutelle hiérarchique et sacerdotale, contre toute tyrannie de l'esprit et toute oppression de la conscience, et particulièrement contre les principes destructeurs de l'Etat et de la civilisation exprimés dans l'Encyclique papale du 8 décembre 1864 et dans le Syllabus y annexé.

» 3° Nous tendons la main ici, au pied du monument de Luther, à nos concitoyens et co-chrétiens catholiques, et leur offrons l'union en prenant pour base l'esprit chrétien qui nous est commun, les sentiments allemands et la civilisation moderne. Nous attendons d'eux en retour qu'ils se réunissent à nous pour protéger nos biens suprêmes nationaux et intellectuels menacés de nos jours, et qu'ils combattent avec nous l'ennemi commun de la paix religieuse, de l'unité nationale et du libre développement de la civilisation.

» 4° Nous signalons comme cause principale de la division religieuse, que nous déplorons profondément, les erreurs hiérarchiques, surtout l'esprit et l'action de l'ordre des Jésuites qui combat à outrance le protestantisme, qui comprime toute liberté de l'esprit, qui fausse la civilisation moderne et qui dirige aujourd'hui l'Eglise catholique romaine. Le christianisme divisé ne recouvrera la paix et n'assurera d'une manière durable la prospérité des peuples, qu'en rejetant avec énergie l'empiétement hiérarchique renouvelé et constamment accru depuis i8i5, en revenant au pur Evangile et en reconnaissant les conquêtes de la civilisation //.

)> Enfin nous déclarons que toutes les tendances à fortifier dans le sein de l'Eglise protestante le pouvoir hiérarchique du clergé et le règne exclusif des dogmes, sont la négation do l'esprit protestant, et autant de ponts pour aller à Rome. Convaincus que la tiédeur et l'indifférence d'un grand nombre de protestants ont pour résultat de fournir son principal soutien au parti ecclésiastique réactionnaire, et sont

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