CHAPITRE IV
Opinion des euequ.es de divers pays sur les matières à traiter au Concile.
Sur la proposition de la Commission cardinalice, le pape avait décidé d'inviter quelques évêques de divers pays à lui envoyer un résumé des points de dogme et de discipline qu'ils désireraient voir traités au concile (i). De sa propre main, Pie IX dressa une liste, qu'on conserve aux Archives. Elle comprend les noms de trente-six évêques de rite latin dont on devait demander l'avis. C'étaient les archevêques et évêques de Ravenne, Ferrare, Aneône, Fermo, Pérouse, Iesi, Pise, Lucques, Sorrento, Mondovi et Casai, pour l'Italie: de Rouen, Besançon, Orléans, Poitiers, Quimper, Versailles, Xîmes, Arras et Tours, pour la France; de Vienne, Gran, Prague, Olmûtz et Xeutra, pour l' Autriche-Hongrie ; de Ratisbonne et Spire, pour l'Allemagne; de Compostelle, Burgos, Valence, Saragosse, Valladolid, Avila et Salamanque, pour l'Espagne; de Xamur et de Westminster, pour la Belgique et l'Angleterre. Le 27 mars 1860, le pape ordonna au cardinal Caterini, préfet de la Congrégation du concile, d'informer les évêques désignés du rôle qu'on leur réservait et de les inviter à répondre au désir du Saint-Père ; c'est en avril et en mai que furent expédiées les lettres adressées à ces prélats (2). Dans les premiers mois de l'année suivante, on en envoya de pareilles à plusieurs évêques des rites orien-
(1) Page 30.
(2) Voir le formulaire de la lettre dans C. V. 1017 c. sqq.
o4 HISTOIRE 1)1' CONCILE 1)1 VATICAN
taux. Les réponses arrivèrent bientôt et la Commission directrice préparatoire (i) chargea M-1' Louis Jacobini d'en faire un rapport détaillé. C'est de ce rapport officiel (2) que nous tirons nous-mêmes le résumé suivant.
Questions de doctrine : comme les cardinaux de la Commission, les évoques reconnaissent qu'il ne s'est produit aucune nouvelle hérésie nettement caractérisée qu'il faille condamner: mais ils constatent une aberration générale qui menace les vérités fondamentales du catholicisme et les préliminaires de la foi (3). Ce n'est point un dogme en particulier, écrit le cardinal von Rauscher, archevêque de Vienne, c'est la révélation et la religion même qui sont mises en question. Renonçant à l'espoir des biens de l'autre vie, l'homme se préoccupe uniquement du bonheurterrestre ; chez les partisans du libéralisme, c'est un principe incontesté que le progrès et la prospérité des peuples exigent de l'Etat qu'il ne tienne aucun compte de la religion (4). Le danger, remarque le cardinal Schwarzenberg, de Prague, ne menace pas les seuls membres de l'Eglise catholique, mais tous les chrétiens (5).
A la différence des conciles antérieurs qui avaient à repousser des hérésies déterminées, le concile futur, dit M*1' Senestréy, évêque de Etatisbonne, aura pour mission de -combattre la négation absolue de la foi chrétienne et d'endiguer un flot d'erreurs qui entraine la société tout entière (6). Par conséquent, conseillent les évêques, dans ce concile rassemblé de toutes les parties de l'univers, on devra proclamer solennellement les vérités capitales et fondamentales du christ ia-
1 Séance du 28 juillet 1867.
(2) Happorto sulle risposte date da varii Vescovi alla lellera del 20 Aprile 1805 diretta ai medesimi dall'eminentissimo Cardinale Prefetlo délia S. Congregazione del Concilio intorno alla idea di un futuro Concilia ecumenico. La réponse de M" Roskovâny, évêque de Neutra, est reproduite dans C. V. 1021 sqq.
(3) Rapporto etc., p. 5.
<4) Ibid., p. 6.
(5) Ibid., p. 7.
(6) Ibid., p. 8 sq.
OPINION DES EYEQUES SUR LES MATIERES A TRAITER Jiu
nisme. Plusieurs prélats, par exemple le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, et Mgr Weiss, évêque de Spire,// énumèrent les erreurs à proscrire. Ce sont celles qui figureront plus tard dans la Gonsfitutio dogmatica de doctrina catholica contra multipliées errores ex rationalisme dérivâtes préparée pour le concile (i). Le cardinal Pecei, évêque de Pérouse, le futur pape Léon XIII, signale en outre expressément les doctrines du naturalisme, du rationalisme et de la libre-pensée, les superstitions magnétistes et spiritistes, l'indifférentisme, comme devant être l'objet des réprobations du concile; il recommande aussi de défendre contre les assauts de l'erreur la doctrine catholique sur l'Eglise et sur le sacrement de mariage (2). Semblables propositions sont faites par d'autres évêques. Ils veulent qu'on condamne les diverses formes du panthéisme et du naturalisme, qu'on vienne au secours de la société en combattant le socialisme et le communisme (3).
Mgr Yusto, archevêque de Burgos, espère bien que le concile prendra la défense des droits et de la primauté du siège romain, qu'il renouvellera les décrets portés depuis le concile de Trente contre les Anglicans, les disciples de Richer, le pseudo-synode de Pistoie et les régalistes, et qu'il définira, en même temps les vérités relatives à l'autorité doctrinale de l'Eglise, à la nécessité de lui appartenir et à son droit de posséder (4). Mgr Lluch, évêque de Salamanque, désire la définition de divers points qui touchent à l'Ecriture Sainte et qu'il énumère (5). Il y a toute une série d'évêques qui recommandent la définition de l'infaillibilité du pape (6). Si les catholiques qui la contestent sont rares, font-ils remarquer,
(1) Rapporlo etc., p. 9 sq.
m Ibid., p. il sq.
(3) Ibid., p. 12.
(4) Ibid., p. 13.
(5) Ibid., p. 14 sq.
(6) Ibid., p. 17.
o(J HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN
il s'en trouve cependant; c'est même, «lit l'évêque de Ratisbonne, « le but que semble se proposer une école de théologiens qui s'est l'ondée dans ces derniers temps à Munich en Bavière ; le principal objet de leurs écrits est de rabaisser dans leurs dissertations historiques et de livrer au mépris le siège apostolique, son autorité et sa méthode de gouvernement. Ils nient, par-dessus tout, l'infaillibilité de Pierre dans ses décisions ex cathedra (i) ».
M-' Manning, archevêque de Westminster, vise spécialement les besoins de l'Eglise d'Angleterre; il émet le vœu que le concile expose solennellement la doctrine, tombée dans ce pays dans un oubli complet, du gouvernement surnaturel de l'Eglise par le Saint-Esprit; il donne même l'énoncé des propositions à définir (2). Sans entrer dans le détail des dogmes et des erreurs dont le concile devra s'occuper, d'autres évêques renvoient au Syllabus : son nom revient partout, ce La plupart des erreurs, que le pape vient de condamner aux applaudissements de tout l'univers, je les verrais avec plaisir, dit l'archevêque de Burgos, réprouvées encore par un décret du futur concile, non pas afin d'ajouter quelque chose à la pleine autorité de leur condamnation, mais afin qu'elle ait plus de solennité (3). » Pour la marche à suivre, certains évêques proposent de commencer par faire un recueil des opinions qui sont formellement hérétiques et de les noter comme telles; la proscription des autres viendrait ensuite dans l'ordre de leur opposition aux vérités révélées (4).
(1) liapporto etc., p. 17. Voici le passage et son contexte. «Paucissimi sunt, qui hanc Pontificis prierogativam adhuc impugnent: neque hi quidem theologicis rationibus permoti, sed ut liberam scientiam tutius et securius pnedicare et sustentare valeant. Quem ob finem novissimo hoc tempore Monachii in Bavaria schola qusedam theologorum coaluisse videtur, qui omnibus suis scriptis ad id pofissimum tendunt, ut apostolicam sedem ejusque auctoritatem et regiminis rationem historicarum dissertationum ope déprimant, despectui prostituant et prœsertim Pétri e cathedra docentis inf'allibilitatem inficientur. »
(2) Ibid. p. 18 sqq.
(3) Ibid., p. 2t.
(4) Ibid., p. 22.