LE QUESTIONNAIRE DU GOUVERNEMENT BAVAROIS
pontificale » ; « le dogme de l'infaillibilité pontificale est un danger pour l'Etat » ; « la Civilta cattolica désigne la définition du Syllabus comme la tâche du concile » portent, en effet, bien distinctement la touche de Dollinger.
Les puissances ne prirent guère en considération la demande du prince de Hohenlohe : « La circulaire, écrit de Munich le nonce apostolique Meglia au cardinal Antonelli (i), semble n'avoir point produit trop bon effet. Je ne parle pas de l'étonnement provoqué clic/, les grandes puissances, notamment en Autriche et en France, par l'importance qu'a voulu se donner le gouvernement bavarois, en prenant l'initiative dans une affaire de si haute portée. La France, me dit-on, a répondu d'une manière évasive, se réservant pour un moment plus opportun toute liberté d'action et d'examen. Quant au comte de Beust, il a dans une réponse verbale à l'envoyé bavarois à Vienne, laissé entendre que l'Autriche avait déjà assez de difficultés avec le Saint-Siège, sans en ajouter de nouvelles. Les envoyés des petits Etats allemands ici même (à Munich), ont reçu de leurs gouvernements mission de rechercher quelle réponse les autres puissances auraient donnée ; et le gouvernement wurtembergeois, je le sais, veut faire dire au prince de Hohenlohe que son Etat est trop petit, d'ailleurs protestant, qu'il ne croit pas devoir s'immiscer dans ces sortes d'affaires; de plus, il ne veut rien faire en ce moment qui soit désagréable aux catholiques du Wurtemberg. »
Le gouvernement bavarois ne se laissa pas arrêter par l'insuccès de ses premières hostilités contre le concile; il en tenta bientôt de nouvelles. Sur l'inspiration de Dollinger (2), il proposa le 12 juin 1869 aux facultés de théologie de Munich et de Wiirzbourg, et à la faculté de droit de Munich, les cinq questions suivantes :
« 1" Supposé que les propositions du Syllabus et l'infaillibi-
(1) 17 mai 1869.'
(2) Compar. Friedrich, lgnau v. Dollinger, III, p. 487 et suiv.
lité pontificale soient déclarées par le futur concile articles de foi, en quoi se trouvera modifiée la doctrine des rapports entre l'Eglise et l'Etat, telle qu'elle a été enseignée et pratiquée en Allemagne jusqu'à ce jour?
» 2" Dans ce cas, les professeurs de dogme et de droit ecclésiastique se croiront-ils tenus de mettre à la base de leur enseignement, l'obligation en conscience pour tout chrétien de reconnaître comme de droit divin, la suprématie du pape sur les monarques et les gouvernements, (soit comme potestas directa, soit comme potestas indirecta in temporal ia '!)
» 3U Les professeurs de dogme et de droit ecclésiastique s'estimeront-ils par là même, obligés de donner place dans leurs leçons et leurs écrits à la doctrine qui enseigne que les immunités personnelles et réelles du clergé mmtjuris <Uuini, et, par suite, font partie des articles de foi ?
» 4" Existe-t-il des critères universellement reconnus pour déterminer avec certitude si une décision du pape est donnée ex cathedra, et partant, infaillible et obligatoire pour la conscience de tout chrétien, suivant la doctrine que définira peut-être le concile; — si ces critères existent, quels sont-ils ?
» 5" Dans quelle mesure les nouveaux dogmes projetés, et leurs conséquences nécessaires, pourraient-ils exercer leur influence modificatrice sur l'éducation populaire dans l'Eglise et dans l'école, ainsi que sur les livres d'instruction élémentaire (catéchisme, etc.) (i) ? »
Dès le 7 juillet, la faculté de théologie de Wiirzbourg porta la première son jugement; c'était un travail (2) d'une théo-
(1) C. V. 12 )Uc. sqq. — Cecconi, loc. cit.. Doc. CLXX.
(2) Il parut plus tard sous le titre : Gulachten der theologischen Fakultàt der Julius-Maximilians-UniversUnt in WurzAnrg Uber fiinf ihr vorgelegte Fragen, das beiorslehende ohumenische Kon&il in Rom belre/j'end. Wùrzburg, 18G9. Les Stimmen ans Mari a-Laach en donnent un résumé, XeueFolge, tome XI (1870), p. 204 sqq<
LE MEMOÏKE DE WUltZBOURG 431
logie étendue et solide, mais qui ne répondait pas malgré l'interrogateur aux questions d'ailleurs manifestement imbues des idées de Janus. A la première demande, l'exposé fait d'abord observer qu'il ne peut être question d'élever au rang de dogme toutes les doctrines du syllabus. Les propositions qui y sont condamnées ne sont pas toutes rejetées comme formellement contraires à des vérités révélées, beaucoup le sont comme de simples erreurs. Maintenant, si l'on publiait comme articles de foi les doctrines du Syllabus, remarque le mémoire de Wiïrzbourg, cette publication n'apporterait « aucune modification essentielle dans la doctrine des rapports entre l'Eglise et l'Etat. ' Ces propositions renferment à peine quelque chose de nouveau, et ce qu'elles ont de principal, a, pour la plupart, déjà été défini ailleurs depuis longtemps. A les bien comprendre, en consultant tout à la fois l'ensemble des documents d'où elles ont été extraites et le langage de l'Eglise, que la presse moderne ignore d'habitude totalement, ces propositions ne sont pas aussi dangereuses qu'on voudrait le faire croire. Puis, si on le considère au point de vue pratique, le Syllabus présente aux yeux du chef suprême de l'Eglise catholique un idéal à atteindre, désirable sans doute, mais qui ne saurait toujours être réalisé, et dont une impérieuse nécessité commande même souvent de s'écarter. Là encore, il ne faut jamais confondre l'hypothèse avec la thèse » (i).
Le mémoire de Wiïrzbourg discute ensuite chacune des thèses condamnées dans le Syllabus et dont la réprobation par le concile pourrait aisément sembler dangereuse pour les rapports de l'Eglise et de l'Etat, comme par exemple la quatre-vingtième, dont la censure résonne le plus durement à l'oreille moderne : « Romanus Pontifex potest ac débet cum progressu, cum libéralisme» et cum recenli civilitate sese
(1) Geccoxi, loc. cit. Doc, (XXXI (Note du traduct.)
conciliare et componere. » Les termes de cette thèse, dit le mémoire, sont empruntés à l'allocution Jam dudum du 18 mars 1861 ; compris suivant le contexte, ils signifient simplement que le pontife romain ne pourra jamais accepter un système qui, sous la brillante étiquette de progrès, de libéralisme ou de civilisation, persécute et blesse de toute manière l'Eglise catholique. « Systema apposite comparatum ad debilitandam ac fortasse etiam delendam Christi Ecclesiam. » A cette civilisation là appartient, par exemple, le système qui domine en Italie : oppression des institutions ecclésiastiques, entraves apportées au libre jeu des organes de l'Eglise, réglementation de la presse catholique, confiscation des biens ecclésiastiques et autres mesures semblables. « Nommons la chose par son vrai nom, dit le pape, et il apparaîtra clairement que le Saint-Siège est resté toujours égal à lui-même. La véritable civilisation a toujours trouvé en lui son défenseur et son soutien... Mais il ne peut pactiser avec un système qui, sous le faux nom de civilisation, vise à la destruction de l'Eglise (1). »
Pas plus que les propositions du Syllabus, continue le mémoire, l'infaillibilité du Souverain Pontife parlant ex cathedra, si elle venait à être définie, n'apporterait le moindre changement aux rapports actuels de l'Eglise avec l'Etat. Cette dernière assertion est l'objet d'une démonstration approfondie.
La seconde et la troisième question recevaient une réponse négative avec motifs à l'appui. Et celle qui était faite au aux dernières questions eût dû satisfaire pleinement la diplomatie inquiète, si elle avait été animée envers l'Eglise et le concile, de dispositions favorables.
De l'Université de Munich, la faculté de théologie envoya le 21 août deux mémoires, l'un émanant de la majo-
(1) Ckcconi, loc. cit. Doc. CLXXI. (Note du trad.