LE MEMOIRE DE DOELLINGEK
juridiction d'appel en ces matières, rejeter des règles de Conscience prescrites par l'Eglise, et en sanctionner d'autres que l'Eglise rejette? — Avec quels égards et quels ménagements pour le Syllabus, les auteurs du rapport présument
(|iic Schrader n'a pas dû bien comprendre la proposition de l'acte pontifical ! — Ainsi donc, pour eux, il appartient au pouvoir civil de juger les instructions des pasteurs de l'Eglise destinées à éclairer les consciences? Comme le pouvoir civil u'est pas infaillible, il lui arrivera bien aussi une fois ou l'autre, de prescrire une fausse règle de conscience, et l'Eglise n'aura qu'à se taire devant une telle perversion par l'Etat des principes de la morale, (''était donc une prétention injustifiée des apôtres de propager dans l'empire romain la morale chrétienne, si opposée à celle que la Rome païenne tenait en haute estime ; et les martyrs ont eu tort de se laisser guider par la religion chrétienne dans leurs affaires de conscience, et de résister jusqu'à la mort aux injonctions delà morale de l'Etat païen! — Ou peut-être, les auteurs du mémoire de la majorité voudront-ils prétendre qu'évidemment ce n'est pas l'Etat païen, mais l'Etat chrétien, qui a la juridiction supérieure dans les questions de- I morale? Mais alors comment l'Etat, quand il devint chrétien a-t-il obtenu ce droit de décider en dernier ressort des
I questions de morale? Ne devenait-il point, par cela même qu'il devenait chrétien, le disciple de l'Eglise? Et si un Etat
j chrétien venait à soutenir des idées anti-chrétiennes, socialistes par exemple, l'Eglise n'a-t-elle pas alors le droit de
II s'élever contre elles, bien plus encore qu'elle ne l'avait I autrefois, et de condamner ces doctrines, en honneur dans
l'Etat païen quand elle apparut au monde?
Arrêtons là cette critique du mémoire consultatif. Xotre tâche n'est pas de nous engager dans le détail de ses divers articles. Plusieurs réfutations parurent; il y en' eut une courte-, mais très au point, dans la revue publiée par Scheeben
sous le titre : Bas ôkumenische Konzil (i). M. Merkle dans la Kritik des Gutachtens déjà mentionnée (2), réfute de main de maître la réponse des professeurs de Munich à la quatrième question. Enfin le P. Deharbe S. J., d'abord dans une explication que publièrent les Stimmen aus Maria-Laach (3) et plus tard dans un écrit spécial (4), se défendit contre une censure manifestement fausse qui dans le mémoire frappait ses catéchismes.
La faculté de droit de Munich (5) ne s'occupa que de la première question posée par le ministère, encore son mémoire n'en eonsidère-t-il qu'un point : si la définition possible du Syllabus et de l'infaillibilité pontificale introduirait des changements dans la doctrine des rapports entre l'Kglist et l'Etat, telle quelle a été enseignée et pratiquée en Bavière jusqu'à ce jour. Dans la réponse à cette questionne mémoire observe d'abord qu'aucune définition ne peut en elle-même et par elle-même modifier les rapports de l'Etat avec l'Eglise; les propositions dogmatiques de l'Eglise ne sont pas, ei effet, par leur nature, des principes de droit que l'Etat soi tenu de reconnaître comme règle, dans la sphère où il se meut. Cependant, ajoute-t-on ensuite, les dogmes de l'Eglise qui seraient en contradiction avec le droit actuel y pourrai ei amener du changement en tant que les autorités ecclésias tiques et des laïcs zélés s'efforceraient de modifier légalement la partie du droit actuel qui contredirait ces dogmes. Après cette remarque vient la réponse : « La définition dogmatique des propositions du Syllabus et de l'infaillibilité pontificale
(1) I, 131 sqq.
(2) Voyez plus haut, p. 434, note 2.
(3) Nette Folge. Heft V. p. 171.
(4) Das Gutachten der Miinchener theologischen Fakultat liber die Katechismusfrage. Ratisbonne, 1869.
(5) Frieduerg, loc. cit., p. 313 seqq. Un extrait s'en trouve dans les Stimmmen aus Maria-Laach. N eue Folge, Heft VI (1870), p. 202 sqq. — La traduction italienne dans Ceccoxi, loc. cit. Doc. CLXXIV. - Cf. C. V. 1201 a.