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L ATTITUDE DO GOUVERNEMENT BAVAROIS

tante, il ne jugeait pas convenable de demander à une université protestante son opinion en de semblables matières;// encore moins se sentait-il disposé à demander l'opinion de l'université de Fribourg (i). A Berlin le prince de Hohenlolie traita la question en personne. Bismarck lui répondit que l'affaire n'étant pas de sa compétence, il l'avait communiquée au ministre des cultes; celui-ci l'examinerait et déciderait ensuite s'il y avait lieu de solliciter de l'université de Bonn son opinion sur ses questions (2).

Quelques journaux annoncèrent aussi que le prince de Hohenlolie avait fait une démarche auprès de Napoléon III pour l'engager à rappeler ses troupes de Rome au début du concile. Mais cette affirmation paraît dénuée de fondement; car lorsque le nonce apostolique demanda au prince, à la fin d'octobre, s'il s'occupait encore des affaires du concile, et s'il y avait quelque chose de vrai dans la nouvelle publiée par les journaux, le prince répondit qu'il n'avait cure des bruits mis chaque jour en circulation par les journaux, et que depuis sa circulaire du 9 avril il ne s'était plus occupé du concile (3).

Quand le marquis de Cadore, ambassadeur de France à Munich, communiqua au prince de Hohenlolie l'intention qu'avait le gouvernement français de n'envoyer au concile aucun représentant à titre permanent, le prince répondit à l'exposé des motifs qu'il appréciait la valeur de ces raisons, et qu'il comptait recommander à son roi de garder la même attitude (4).

Les évêques de Bavière notifièrent au roi leur départ pour le concile. Dans la réponse que le ministère leur adressa par

(1) Le nonce Meglia au cardinal Antonelli, le 18 juin 1869.

(2) Meglia à Anionelli, s juillet 1869.

(3) Dépêche à Ant.inelli, fin octobre 1869, suivant une feuille insérée à la suite de la lettre du 27 octobre.

(4) Lettre de Cadore au Ministre des Affaires Etrangères de France; 22 septembre 1869. G. V. 1201 a. b. - Gegconi, loc. cit. Sez. II, Doc. CLXXVI.

ordre du roi (i), on lit que le gouvernement attend les décisions du concile avec impatience, mais non sans inquiétude. Son plus vif désir doit être de voir les faits démentir toutes les craintes actuelles; aussi a-t-il été satisfait de prendre connaissance de la lettre des évèques de Fuida (2). // Si le concile anime ses décisions de l'esprit de cette lettre, on n'aura à redouter aucune opposition entre les décrets du concile et la Constitution bavaroise, et, continue la communication ministérielle, « nulle difficulté n'empêchera alors Sa Majesté le Roi d'autoriser la promulgation et l'exécution de ces décrets en Bavière, autorisation requise par la charte constitutionnelle et expressément réservée au roi par la présente déclaration. » Le ministère exprime ensuite l'espérance « que les citoyens non catholiques ne seront poin inquiétés, et surtout que les évêques de Bavière ne se prêteront pas à la rédaction de décrets qui seraient en désaccord avec les principes fondamentaux de la Constitution bavaroise, la prospérité générale de l'Etat, la concorde entre les diverses confessions religieuses et la liberté de conscience garantie par les lois. »

Le gouvernement prussien se montra beaucoup moins préoccupé au sujet du prochain concile que celui de Bavière. Lorsque le général von Boeder, chargé d'affaires de la Prusse auprès de la Confédération helvétique, avait, conformément au désir du président du Conseil fédéral suisse, demandé au comte de Bismarck, qui dirigeait alors la politique de la Prusse, quelle attitude celle-ci prendrait vis-à-vis du concile, Bismarck répondit, le 23 mars 1869, que son gouvernement n'avait point eu encore l'occasion d'examiner cette question, qu'il n'était donc pas en mesure de donner une réponse pleine et détaillée. Cependant, ni les espérances

(1) C. V. 1201 d. sqq.. — Cecco.m, loc. cit. Doc. CLXXVIII.

(2) Voir plus haut p. 291.

ATTITUDE DU GOUVERNEMENT PRUSSIEN i \\

démesurées, ni les craintes que le concile faisait naître de divers côtés ne lui paraissent fondées. « La participation des êvêques prussiens, dit-il plus loin, sera libre, et nous n'y mettrons point obstacle; le gouvernement, lui, ne peut comme tel songer à prendre part au concile. Si toutefois l'on venait à usurper sur le domaine civil, nous saurions sauvegarder les droits de l'Etat, mais nous ne voyons aucun sujet de nous en préoccuper et de prendre nos mesures à l'avance (i). »

Ce programme, le ministère prussien l'observa, en somme, fidèlement, tandis que le ministre plénipotentiaire de la Prusse auprès du Saint-Siège à Rome, M. le comte d'Arnim, poussait déjà, comme il le fit surtout et d'une manière constante durant le concile, à une intervention de son gouvernement. Le 14 mai 1869, il écrivait au président du conseil von Bismarck (2), qu'il n'éprouvait aucune inquiétude devant la question qui troublait tant le prince de Holienlolie, // c'est-à-dire si l'infaillibilité pontificale serait définie, mais qu'il n'en était pas de même sur les travaux de la commission politico-ecclésiastique. Sans aucun doute, dit-il, « les gouvernements ont le droit et peut-être même le devoir, de s'opposer, le moment venu, au dessein qu'elle pourrait avoir d'user de son pouvoir dogmatique, pour proclamer sur les rapports entre l'Eglise et l'Etat des principes capables de changer ce qui existe actuellement en droit et en fait. Quels sont les travaux préparatoires accomplis jusqu'ici? On l'ignore ! Il est donc impossible d'élever contre eux une protestation ; une chose demeure cependant incontestable : « c'est que l'on discute à Rome la question des rapports de l'Eglise et de l'Etat, avec la prétention d'établir en cette matière des règles obligatoires, sans même consulter l'Etat, l'autre partie contractante pourtant, qui, sur

(1) Lettre de Bismarck au général von IWder. C. V. 1202 d. sq.

(2) Lettre d'Arnim à Bismarck. C. V. 1203 h. sqq. — Gecconi, loc. cit. Doc. CLXXIX.

ce même point, aies mêmes droits, et possède, lui aussi, le pouvoir législatif. » Voilà un fait contre lequel pourraient et devraient protester les gouvernements. Mais la simple protestation ne suffit pas, il faut en même temps demander l'admission aux délibérations du concile d'un ou de plusieurs orateurs. Le représentant de la Prusse propose donc au comte de Bismarck de provoquer un accord des gouvernements de l'Allemagne, et, le cas échéant, de demander à Rome « qu'on admette aux délibérations du concile un ou plusieurs représentants de la Confédération, ou d'une ligue de l'Allemagne spécialement créée dans ce but.

Le comte de Bismarck fit au roi un rapport sur cette affaire, puis, dans une longue réponse du 26 mai, à d'Arnim, il lui exposa (1) l'attitude que comptait prendre le gouvernement, avec les raisons à l'appui. Tout d'abord il rejette la proposition de faire représenter l'Etat au prochain concile par des plénipotentiaires, conformément à l'usage suivi par les gouvernements pour les conciles antérieurs. Rome, croit-il, n'accorderait certainement aucune représentation auprès du concile à des gouvernements protestants; mais, raccorderaitelle, ces représentants auraient au concile une positioi bien délicate, et seraient regardés avec défiance. Dès lors et c'est inévitable, la dignité des souverains se trouverait constamment offensée. On ne reconnaîtrait pas aux plénipo tentiaires le droit de veto. Quant à protester, c'est toujoursune tâcbe ingrate, et cet acte n'a de valeur qu'autant qu'on est assez fort pour empêcher ce contre quoi on proteste. / Mais si le concile, sans tenir compte de la protestation des représentants, passe outre à de nouvelles décisions, les gouvernements, dit Bismarck, seront alors dans une situation bien plus fâcheuse que s'ils se trouvaient simplement en face de jugements rendus sans leur

(1) G. V. 1206 a. sqq. — Cecconi, loc. cit. Doc. CLXXX.

INSTRUCTIONS DE BISMARCK A D ARNIM i 43

participation et en l'absence de leurs plénipotentiaires.

.Mais la principale difficulté est celle-ci : Toute la participation de la puissance séculière à un concile, reposait sur un fondement qui a aujourd'hui disparu a sur une théorie des rapports entre l'Eglise et l'Etat qui appartient au passé, et qui n'avait de sens que tant que l'Etat avait affaire à l'Eglise catholique, comme à l'Eglise unique et universelle. Au concile de Trente même, au moins dans les commencements et durant les préparatifs, cet ancien usage fut observé. Les gouvernements et les communautés protestantes ne pouvaient être encore considères comme irrévocablement séparés de l'Eglise; ils purent être invités au concile. Les rapports entre l'Eglise et l'Etat étaient alors intimes, et en quelque sorte légalement établis, c'est-à-dire juridiquement reconnus par l'Eglise. Le droit canon avec tout l'arsenal de ses décisions, y compris celles qui traçaient les limites des deux pouvoirs, civil et ecclésiastique, avait encore en ce temps-là quelque valeur pour l'Etat. C'est pourquoi les gouvernements pouvaient, sous certaines conditions juridiquement déterminées, prendre part aux délibérations et aux règlements des affaires ecclésiastiques ; et ils le faisaient au concile par le moyen de leurs orateurs. Voilà pourquoi aussi on leur demandait ensuite si en acceptant les décrets du concile, ils entendaient reconnaître comme faisant partie de leur droit public les changements introduits par ees décrets dans les affaires politicoecclésiastiques. — Cette situation aujourd'hui, pour nous du moins, est absolument différente... »

« Pour la Prusse, écrit Bismarck, il n'y a eonstitutionnellement et politiquement qu'une attitude possible : laisser à l'Eglise sa pleine liberté dans les matières religieuses, mais repousser énergiquement tout empiétement sur le domaine de l'Etat. L'Etat ne peut se permettre de provoquer luimême la confusion des deux pouvoirs, comme cela arriverait s'il envoyait des orateurs au Concile. »

Le président du Conseil invite ensuite le représentant de la Prusse à bien se pénétrer de cette manière de voir du gouvernement; il juge, de plus, opportun que les Etats signifient leur ferme intention de ne souffrir aucun empiétement du concile sur le domaine de l'Etat; // de telles déclarations, de tels avertissements sont assez justifiés par la simple existence de la commission politico-ecclésiastique. Le roi l'a donc autorisé à entamer des négociations confidentielles avec le gouvernement bavarois, au besoin avec les autres Etats de l'Allemagne du Sud, afin d'exercer sur la curie romaine, si possible, au nom de toute l'Allemagne, une action commune et de lui donner la conviction certaine qu'elle rencontrera,de la part des Etats allemands, une résistance énergique à tout empiétement qu'elle se permettrait.

Los négociations que Bismarck se propose de faire ici, eurent lieu entre les gouvernements allemands ; cela ressort d'une lettre qu'il adressa le n août au prince de Holienlolie (i). « Les négociations entamées, écrit-il, entre les divers Etats de l'Allemagne )» ne sont pas restées sans produire quelque impression à Rome. A son avis, le pape est à Rome sous l'influence d'un parti fanatique qui travaille à troubler la paix religieuse et politique de l'Europe. « Le pape, cependant, écrit-il, devant la résistance qui se manifeste en Allemagne est devenu, parait-il, plus prudent et moins accessible aux influences de ce parti. »

En septembre 1869, l'archevêque de Cologne, Mgr Melcliersj avait écrit au ministère prussien une lettre à propos du concile; le ministre des cultes, M. de Mûhler, lui répondit le 8 octobre et communiqua cette réponse aux autres évèques (2). Il leur expose brièvement quelles idées, quels principes régleront l'attitude du gouvernement vis-à-vis du concile :

(1) C. V. 1208 a. sqq. — Ceccom, Ioc. cit. Doc. CLXXXI.

(2) C. V. 1208 c. sqq. — Ceocoxi, Ioc. cit. Doc. CLXXXII.

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