INSTRUCTIONS DE BISMARCK A 1) AKNIM 44S
à l'égard de ce dernier, pleine liberté est assurée aux évêques. Les limites dans lesquelles l'Eglise peut se mouvoir librement, comme aussi les matières et les questions qui sont du domaine de l'Etat sont clairement déterminées. Le respect de ces limites est exig'é par l'intérêt de l'Eglise comme par celui de l'Etat. On exprime aux évêques l'espoir qu'ils sauront, même liors de leur patrie, se montrer fidèles sujets de Sa Majesté. Le pouvoir, de son côté, est franchement résolu à maintenir à l'intérieur la jurisprudence et la paix actuelles. Mais aussi, il veillera à prévenir et à combattre, au besoin, toute cause de trouble, assuré qu'il est de se trouver, le cas échéant, pleinement d'accord avec tous les gouvernements chrétiens.
Le représentant de la Prusse, M. d'Arnim, qui pendant l'été ou l'automne de 1869 se trouvait à Berlin, y avait exposé, dans un mémoire, la différence qui régnerait durant le concile entre la position de l'envoyé prussien à Rome et celle des ambassadeurs des puissances purement catholiques. Le mémoire de d'Arnim, et probablement aussi un nouvel effort qu'il tenta dans le sens d'une intervention positive de la Prusse, fournit à Bismarck l'occasion de lui adresser un nouvel exposé bien clair sur l'attitude de son gouvernement vis-à-vis du concile, et il l'invita à se bien pénétrer des principes indiqués ; ceux-ci nous sont déjà connus. En terminant, Bismarck prévient son représentant d'éviter dans ses relations avec les évêques du concile la plus légère apparence de vouloir les influencer; il l'avertit de se prononcer toujours dans le sens de la modération et de la circonspection, mais aussi avec pleine assurance et fermeté. Pour lui faciliter ces relations et son rôle de tranquille observateur, pour le mettre en état d'apprécier du point de vue de l'Eglise catholique les événements qui se produiraient dans le concile, Bismarck lui promet de mettre à ses côtés, selon son désir, « un ecclésiastique ou un théologien catholique, homme de confiance
et correct au point de vue tant religieux que politique » (i). M. d'Arnim lui même avait proposé pour ce poste M. Giese, chanoine de la cathédrale de Munster, comme nous l'indique une lettre de ce dernier à M. de Montel, à Rome. Dans cette lettre (2) que nous avons sous les yeux, il écrit que le comte d'Arnim a l'ait sa connaissance à Rome l'hiver précédent ; le représentant prussien sait qu'il n'est animé d'aucun sentiment hostile contre son gouvernement, et que, de plus, il est franchement dévoué à l'Eglise, ce qui fera de lui un personnage agréable à Rome. « Sa Majesté, poursuit le chanoine, a approuvé ce plan, et, par l'entremise du ministre des cultes, a chargé notre président supérieur d'engager des négociations confidentielles entre M*r l'évêque de Munster et moi. Monseigneur a donné sur-le-champ et de très grand cœur son approbation, et a vu dans cette proposition une heureuse marque de l'empressement du gouvernement à prendre, vis-àvis de l'Eglise au sujet du concile, une attitude conforme à la justice. Conséquemment, j'ai moi aussi manifesté mon intention de faire taire mon désir personnel d'être délivré d'une pareille mission, pour l'accepter au contraire si le bien de l'Eglise et de l'Etat l'exigeaient. » / Le chanoine Giese prie M. de Montel de s'enquérir auprès du cardinal secrétaire d'Etat ou du secrétaire général, de ce que l'on pense à Rome au sujet du poste qu'on lui propose. Aucun document ne nous dit quelle a été la réponse. Elle ne paraît pourtant pas avoir été défavorable, car le projet fut maintenu, bien que pour une autre raison il n'ait pas été exécuté. En effet, avant d'accepter définitivement, le chanoine demanda à Berlin des instructions précises sur la mission qu'il devait remplir à Rome; c'est d'elles qu'il voulait faire dépendre son adhésion. On lui répondit qu'il les recevrait a
(1) Lettre à M. d'Arnim du 12 novembre 1869. C. V. 1209 c. sqq .
(2) Du 19 novembre 1869.
L ATTITUDE 1)1' GOUVERNEMENT AUSTRO-HONGROIS il"
Rome du comte d'Arnim. Cela ne suffisait point à M. le chanoine Griese; il écrivit au ministère pour décliner l'offre, et le gouvernement ne se mit point davantage en peine de trouver un théologien catholique pour assister son représentant à Rome (i).
Les gouvernements d'Autriche et de Hongrie prirent la même attitude que celui de Prusse (2). Tous deux rejetèrent la proposition que leur faisait la circulaire bavaroise (3). Ils garantirent la liberté de l'Eglise à l'égard du concile, étant donné qu'en Autriche-Hongrie la liberté était assurée à toutes les confessions religieuses pour leurs affaires intérieures. On ne pouvait, disait-on, juger encore de la tournure que prendrait le concile; et l'on avait confiance que les évèques travailleraient au maintien de la paix entre l'Eglise etl'Etat (4). Quant à la participation au concile des princes séculiers (5), la curie romaine ne pourrait ni ne voudrait s'en tenir à l'ancien usage ; aucune invitation n'est venue solliciter l'envoi de représentants, ce qui est d'ailleurs conforme aux désirs de ces Etats (6). — Si le concile se permettait d'empiéter sur les attributions et les droits du pouvoir civil, l'éventualité ne serait pas négligée. Bien entendu, les Etats feraient d'abord individuellement des démarches pour dissuader le concile par leurs remontrances, mais ensuite, les divers gouvernements pourraient juger nécessaire ou utile de délibérer en commun pour défendre de concert les droits souverains de l'Etat. // Par contre, la simple présomption
(1) D'après une lettre du 18 décembre 1860 adressée par le nonce de Munich au secrétaire d'Etat Antonelli. La lettre se trouve aux archives.
(2) Lettre du comte deBeust au comte Ingelheim, envoyé autrichien à Munich, C. V. 1211 b. sqq. — Gecconi, loc. cit. CLXXXIV. — Lettre du duc de Gramont, ambassadeur de France à Vienne, au prince de la Tour d'Auvergne. G. V. 1213 b. s cj c r . — Gecconi, loc. cit. Doc. GLXXXV. — de Beust au comte de TrauttmansdortF. C. V. 1214 a. sqq. —Gecconi, loc. cit. Doc. GLXXXVI.
(4) Ibid. 1212 c.
(5) Ibid. 1212 d.
(6) Ibid. 1214 d.
que de tels empiétements sont possibles ne saurait fournir de motif suffisant à des conférences diplomatiques (i).
L'ambassadeur d'Autriche à Rome, le comte Trauttmansdorff reçut comme instruction de s'interdire toute intervention directe dans les affaires du concile, mais il devait suivre attentivement tout le cours des événements à Rome et en instruire exactement le gouvernement (2). Tout en témoignant comme le gouvernement le désire, une bienveillante sympathie pour le concile, il ne devra laisser s'élever aucun doute sur la ferme résolution du gouvernement de repousser tous empiétements sur le domaine politique, et toutes atteintes portées à la législation actuelle (3).
Le Conseil fédéral suisse adopta absolument la même ligne de conduite vis-à-vis du concile. Il ne crut point avoir plus de raison que les autres Etats de se ranger à la proposition du prince de Hohenlolie (4).
X'ne importance toute spéciale s'attachait pour le concile à l'attitude qu'observerait le gouvernement français. Celui-ci, en effet, protégeait Rome avec ses troupes et c'était de lui que dépendait la sécurité contre toute surprise du côté de l'Italie. Or, la France resta longtemps indécise au sujet de l'attitude qu'elle adopterait en face du concile.
Déjà les 9 et 10 juillet 1868, on avait parlé au Corps législatif de la question du concile ; Emile Ollivier, alors simple député, s'étendit sur ce sujet d'une façon très détaillée (5). Ses idées sur l'attitude proposée au gouvernement, sont d'autant plus importantes que, appelé plus tard à la tête du ministère, il dirigea la politique de la France durant le concile.
(1) C. Y. 1213 a; 1214 sq.
(2) Ibid., 1214 c.
(3) Ibid., 1214 d. sq.
(4) Ibid., 1215 b. sqq. — Cecconï, loc. cit., Doc. CLXXXVJI.
(5) G*. V. 1216 b. sqq. — Cecconï, loc. cit., Doc. CLXXXVIII.