LA RÉFORME DU CLERGÉ
Msr Sergent, évêque de Quimper, émet l'avis qu'avant l'ouverture du concile on fasse rédiger par quelques théologiens éniinents un court exposé des principaux points de doctrine contredisant les erreurs modernes avec une série de canons notant de la censure convenable les propositions hérétiques, puis d'y joindre unrésiimé clair et précis des autres erreurs a ver les diverses notes qu'elles méritent, ainsi que cela s'est fait dans la bulle Auciorem fidei (i). Beaucoup proposent de suivre 'l'exemple du concile de Trente et de faire précéder la condamnation des erreurs d'une claire exposition de la vérité (2).
Parmi les questions de discipline (3) à traiter au concile, les évèques mettent en première ligne la réforme du clergé séculier et régulier. Sans doute, dit le cardinal Antonucci, évêque d'Ancône, le concile de Trente a déjà porté plusieurs lois en vue de cette réforme; mais son importance même exige qu'on y revienne // et d'ailleurs au cours des trois derniers siècles certaines de ces prescriptions sont naturellement tombées dans l'oubli. Costume, relations, vie privée, dispositions testamentaires, méditation quotidienne, célibat, jeux, fréquentation des théâtres, participation aux affaires politiques, il n'est pas un détail de la vie et des habitudes du clergé sur lequel on ne propose des règles à prescrire (4). L'accord est complet sur l'obligation grave à imposer au clergé de faire une retraite tous les deux ou du moins tous les trois ans; on désire aussi unanimement que la réunion des synodes diocésains se fasse régulièrement et qu'un synode provincial se tienne au moins tous les cinq ans (5).
(1) Happorto etc., p. 22 sqq.
(2) Ibi.l., p. 24.
(3) Ibid., p. 29 sq.
(4) Ibid., p. 30.
(5) Ibid.
Les évêques attirent ensuite l'attention du concile sur les grands séminaires, sur leur direction et sur leur indépendance à l'égard du pouvoir civil. Il est aussi question des petits séminaires, du choix de leurs supérieurs, de l'usage du latin dans les cours de philosophie, et en général de la réforme desétudes cléricales; on demande qu'on tienne plus de compte de la science moderne (i). M"1' Apuzzo, archevêque de Sorrento et l'archevêque de Burgos proposent d'instituer, l'un des séminaires provinciaux, l'autre des séminaires centraux ; M81" Dupanloup, évêque d'Orléans, recommande la fondation de grands établissements pour la culture des sciences sacrées, et l'emploi de moyens propres à entretenir dans l'Eglise et dans les divers diocèses un certain nombre de clercs spécialement voués à l'étude (2).
La réforme des chapitres des cathédrales et des conseils épiscopaux fait aussi l'objet de diverses propositions; les évêques espagnols en particulier, demandent un nouveau règlement sur la nomination des chanoines et sur les conditions a remplir pour obtenir un canonicat (3). Quelques prélats français voudraient faire trancher la question de savoir si révêque peut a son gré déposer les curés des paroisses dite-, succursales (4).
Au sujet du clergé régulier, on demande énergiquement la pleine liberté pour l'Eglise de fonder des maisons religieuses afin de répondre aux besoins du peuple chrétien; mais on devra exiger des ordres religieux l'observation des règles de leurs fondateurs et en particulier de la vie en commun. On se demande s'il y a lieu de conserver ces ordres et congrégations de prêtres dont les membres sont en nombre si restreint qu'il y est presque impossible de vivre suivant l'esprit primitif;
(1) Happortu etc., p. 31 sq.
(2) Ibid., p. 32.
(3) Ibid., p. a3 sq
(4) Ibid., p 33.
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les évêques demandent en outre que sur quelques points les rapports des congrégations avec l'évêque du diocèse lassent l'objet de nouveaux règlements (i).
La réforme du peuple chrétien préoccupe aussi les évêques; ils proposent divers moyens pour renouveler la piété des fidèles et pour les mettre en garde contre l'incrédulité ou le matérialisme. La future assemblée, écrit M*-'1" Pie, évoque de Poitiers, devrait rendre des décrets contre les excès du luxe et des plaisirs, contre cette soif des richesses qui pour se satisfaire plus rapidement recourt à la spéculation, contre l'abandon de la vie de famille, la profanation du mariage, le mépris du dimanche et des jours de fête, la négligence des offices de l'Eglise (2). On trouve chez d'autres prélats des propositions du même genre.
Le cardinal Moreno, archevêque de Valladolid, recommande la rédaction d'un catéchisme à l'usage de toute l'Eglise, ut quitus una est fides, una sit fidei declaî-niulae ratio (3). De divers côtés on émet le vœu que la liberté soit réclamée pour l'Eglise d'avoir des écoles afin de permettre aux parents chrétiens, sou vent réduits aies envoyer dans des écoles dangereuses, de faire distribuer à leurs enfants un enseignement catholique (4). Pour donner plus de vie à la foi et à la piété chrétiennes, Msr Poskovàny, de Xeutra, M-1' Dupanloup, d'Orléans et le cardinal Pecci, de Pérouse, entrent dans les détails ; ils proposent, par exemple, d'instituer des associations pieuses, de développer l'association de la Propagation de la foi, ils recommandent les missions populaires, la distribution de bons livres, les œuvres de la charité chrétienne, etc. (5). Plusieurs prélats attirent l'atten-
(1) Happorlo etc., p 3t> sq.
(2) Ibid., p. 39 sq.
(3) Ibid., p. 40.
(i) Ibid..
(5) Ibid., p. 42
tion sur des abus qui se sont introduits dans l'administration des sacrements; quelques-uns souhaitent une restriction des censures et des peines ecclésiastiques (i); d'autres se préoccupent tout spécialement du sacrement de mariage. Le concile, disent les évèques, doit faciliter aussi l'observation des commandements de l'Eglise ; il devrait par exemple supprimer autant que possible pour les diocèses d'un même pays la diversité dans les préceptes du jeune et de l'abstinence (2). Il faudrait chercher un moyen d'empêcher la diffusion des mauvais livres et réformer les règles de l'Index. Il serait désirable, selon quelques-uns, qu'on étendît les pouvoirs concédés aux évèques. Plusieurs enfin voudraient qu'on transformât le droit canon, qu'on en fît disparaître les parties surrannées et qu'on le mît en ordre de manière à permettre à tout le monde de se renseigner facilement sur les prescriptions en vigueur (3).
Le compte-rendu de Mgr Jacobini rapporte en troisième lieu les propositions des évèques sur les relations entre l'Eglise et l'Etat (4). D'après M*-'1' Dupanloup, le concile aura pour mission toute spéciale d'éclairer cette grave question : M-1' Pie indique les points spéciaux à traiter (5) : indépendance de la puissance ecclésiastique vis-à-vis de l'Etat, droit de l'Eglise à posséder, à instruire la jeunesse : la négation de ces vérités devra être condamnée.
Puis il demande qu'on établisse la doctrine de la subordination voulue par Dieu de la société civile à la religion positive et révélée; comme plusieurs de ses collègues il attire aussi l'attention du concile sur la question de la souveraineté temporelle du pap e (6) .
(\) Rapporto etc., p. 43 sq.
(2) Ibid., p. 44 sqq.
(3) Ibid., p. 46.
(4) Ibid., p. 50 sqq.
(5) Ibid., p. 51 sq.
(6) Ibid.