ATTITUDE DU GOUVERNEMENT RUSSE
bourg, le cardinal Aatonelli envoya au nonce de Vienne, Mgr Falcinelli, doux circulaires relatives au concile et destinées aux évoques russes. Il s'agissait de les leur faire tenir par le représentant de la Russie à Vienne. Le 17 avril 1869 (1), le nonce mande au cardinal qu'il a exposé l'affaire au baron d'Uxkûll, ministre plénipotentiaire de l'ambassade, et qu'il l'a prié en même temps de mettre son influence en Russie au service des catholiques si cruellement opprimés. Le baron a écouté ses représentations avec bienveillance et a demandé du temps pour interroger le chancelier de Russie sur la circulaire et sur les remontrances à présenter. La réponse du chancelier Gortschakow ne tarda pas à arriver, fort détaillée; et le nonce avait obtenu du baron d'Uxkûll de pouvoir la transmettre au cardinal Antonelli. //
Dans cette réponse (2), le chancelier déclare autoriser le chargé d'affaires à recevoir des mains de Mgr Falcinelli les deux circulaires en question, et à les lui transmettre pour qu'il les fasse parvenir aux évêques. Cela n'implique pas néanmoins l'autorisation pour ceux-ci de se rendre au concile. Viennent ensuite différentes communications à faire au nonce : La difficulté de bonnes relations avec la cour de Rome repose sur le fait que jamais on n'a tracé aux catholiques la ligne de démarcation entre les devoirs qu'ils ont à remplir envers S. M. l'Empereur et ceux qu'ils ont de par ailleurs, envers leur Eglise. — La liberté de conscience atoujours été accordée en Russie de la façon la plus libérale ; elle est un principe traditionnel dans la maison impériale et on la trouve inscrite à toutes les pages de l'histoire de Russie. A Rome, au contraire, les sujets russes que leurs voyages y amènent ne trouvent même pas le moyen de remplir leurs devoirs religieux. — Toutefois, la liberté que le gouvernement russe
(i) C. y. 1248 c. sqq. — Cecconi, loc. cit. Doc. CCI!. (2) C. V. 1249c. sqq. — Cecconi, loc. cit. Doc. CCIII.
accorde sur le terrain religieux, ne va pas jusqu'à tolérer une propagande qui tendrait à enlever au culte de leurs pères ses coreligionnaires. — Durant la révolution de ces dernières années, une grande majorité du clergé catholique, dans le royaume et dans les provinces occidentales de l'empire, s'est engagée dans des intrigues politiques qui menaçaient l'intégrité de l'empire, et Rome, sur tout cela, n'a pas prononcé un seul mot de désapprobation. — Enfin le Saint-Siège est prié de donner des garanties que le voyage des évêques à Rome avancera l'œuvre de paix.
A cette note du chancelier russe, le cardinal Antonelli crut devoir donner une réponse péremptoire. Il le fit sous h forme d'une lettre, qu'il adressa au nonce de Vienne (i). Li ligne de démarcation, dit-il, désirée par le chancelier, entre les devoirs religieux et civils, a été tracée depuis longtemps, et les catholiques de tous les pays du monde savent bien qu'ils doivent soumission et obéissance à leurs gouvernements dans le domaine civil; dans l'ordre religieux ils sont sujets de l'autorité ecclésiastique que Dieu leur a donnée, et ils doivent sur ce point exiger de l'Etat la liberté. — Quant à èe que dit le chancelier sur la liberté religieuse, dont les catholiques de la Russie jouiraient,// cette affirmation ne peut se concilier avec de nombreux documents authentiques publics, à diverses époques, par le gouvernement de ce pays ; et maintenant encore, le cardinal relève toute une série de mesures que la Russie n'a pas craint de prendre en vue d'opprimer les catholiques. — Pour les menées révolutionnaires, le Saint- Siège les a toujours hautement condamnées, déjà avant la dernière révolution polonaise, alors môme qu'elles se couvraient du prétexte de la défense religieuse. Quelques ecclésiastiques se fussent-ils oubliés au point de s'y mêler, la faute en revient en partie aux mesures prises par le gouvernement russe.
(1) C. V. 1251 c. sqq. — Ceccoxi, /or. cit. Doc. CGIV,