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CHAPITRE II

Délibérations et devisions nu sujet rie lu formation de .commissions ou députations

La première initiative de la création des députations auxquelles incomba une si lourde tâche dans le concile du Vatican, revient tout entière au I)1' Charles -Joseph Hefelé, auteur de l'histoire des conciles, professeur d'histoire ecclésiastique à Tubingue, et plus tard évêqu'e de Rottenbourg.

Dans un Votum qu'il composa (i) comme eonsultenr de la Congrégation directrice, sur la meilleure méthode à suivre dans les délibérations des congrégations générales, il proposa de former des commissions particulières pour discuter les questions avant qu'elles ne fussent présentées à la congrégation générale. On ne peut, dit Hefelé, s'attendre à ce que de grandes assemblées (pii renferment dans leur sein des membres représentant les opinions les plus diverses, prennent des décisions sages et promptes, si les projets soumis à leur examen n'ont été préparés d'avance par une commission peu nombreuse. « La tâche de cette commission particulière, continuc-t-il, est d'éclairer sur toutes ses faces la matière proposée, de l'examiner, de l'approfondir, de grouper avec soin toutes les raisons pour ou contre, de les examiner et de les peser, de découvrir et de rechercher les conséquences, c'est -

il) C. V. 1087 c. sqq.

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à-dire les résultats bons et mauvais que produirait l'adoption du projet, de recommander à la congrégation générale ce qui lui semble le meilleur, et d'exposer aux Pères avec autant de sincérité que de prudence si le projet doit être adopte en entier ou en partie seulement, s'il faut y ajouter ou en retrancher quelque chose, ou même s'il doit être entièrement refondu. En même temps, elle proposera sous une forme claire et précise, et pour en être ultérieurement délibéré, les principales lignes du décret à rendre (r) ».

Le D1' Hefelé démontre, d'après l'histoire des conciles,que dés le premier concile général de Xicée,et — les preuves en sont plus péremptoires encore — au quatrième grand concile, celui de Chalcédoine, de semblables commissions avaient été créées. 11 les retrouve dans les conciles d'Occident. Au concile de Trente, il y eut pour la préparation des matières a discuter trois différentes sortes d'assemblées délibérantes : La première fut celle des theologi minores : elle discutait (i>) en présence des présidents de concile et des Pères qui voulaient y assister, avant qu'elles ne vinssent devant la congrégation générale, les matières de loi qu'on allait y traiter. Venaient ensuite des commissions particulières composées d'environ dix Pères du concile; elles étaient instituées par les présidents et avaient pour mission, après qu'une matière avait été longuement discutée, de formuler le décret d'après les vues exposées dans les congrégations générales. Il y avait en dernier lieu les commissions formées de Pères en nombre plus considérable [Congregationes Praslatorum

(1) Hefele, Vo/u/h, Pars II, §5. - C. V. 1090d.

(2) Les theologi minores turent ainsi nommés pour les distinguer des Prélats et Pères du concile jouissant du droit de vote. Ils avaient été envoyés à Trente par le pape ou les princes chrétiens, ou encore amenés avec eux par les évêques pour être leurs consulteurs. On notait les avis qu'ils émettaient et on les proposait aux Pères dans la Congrégation générale. — Cf. Metodo osservato nella celebrazione del Conciiio di Trento... yiusta la namrJone di Angelo Massarelli. segretario di dello Conciiio. — Ceccom, U.c. cit., vol. I. Doc. LV, s G. — CL C- V. 1102 b. — CL Hefele, Ioc. cit., § 10. — C. V. 1095 c. sqq.

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Theologorum ou Canonistarum) pour les questions présentant plus d'importance ou de difficulté (i).

La Congrégation directrice avait déjà décidé les 24 et 3i janvier 1869 qu'il n'y aurait point au concile du Vatican de délibérations «les theologi minores, parce que les matières à proposer au concile pour les congrégations générales Seraient déjà préparées à l'avance par les commissions convoquées à Rome. Le D1' Hefelé donne à cette décision sa pleine approbation (2). Il préfère, pour que la délibération sur les matières du concile soit plus féconde, et dans un cercle plus restreint, qu'on choisisse des députations parmi les Pères eux-mêmes. Le nombre de ces députations correspondra aux différentes catégories de matières qui viendront en discussion; il égalera à peu près celui des commissions préparatoires (3).// Le nombre des membres de chaque députation doit être fixé par le pape, de telle sorte pourtant, qu'il puisse dans la suite être augmente par la congrégation générale si l'expérience1 en montrait l'insuffisance. En attendant, le D1' Hefelé propose de désigner pour chaque commission douze Pères choisis par la Congrégation générale; ainsi, à Trente, ils avaient été proposés par les légats et élus par le concile. Chacun d'eux, comme il est naturel, se choisira lui-même son conseiller. On devrait en outre les prendre parmi les Pères du concile de telle sorte «pie chaque grande nation soit représentée dans la commission par quelqu'un de ses prélats. Le pape est prié de prescrire expressément cette clause qui contribuerait à calmer les esprits, ferait taire les plaintes et permettrait de Recouvrir les besoins de chaque nation.

Il va de soi que le président de toutes les congrégations conciliaires est celui même du concile. Xul ne peut aussi

(1) Loc. cit., §6. — G. V. 1093 b. sqq.

(2) Loc. cit., §10. C. V. 1096 b.

(3) Hekkle, Votum, loc. cit., s 7. — C. V. 1094 c.

ÎSi HISTOIRE DU CONCILE DU VATICAN

bien que lui, embrasser d'une vue d'ensemble la totalité des travaux, pénétrer leur enchaînement si complexe, pourvoir au bien général, ordonner et prescrire en toutes choses le nécessaire. De la sorte ce qui serait de la plus grande utilité pour les travaux du concile, serait encore parfaitement fondé en droit. Le premier président est bien le pape lui même; mais comnie il ne peut en personne se charger de tous les travaux d'un président effectif, il devra nommer pour chaque commission, un président qui le remplace (i).

Le projet du I)1' Hefelé, déposé en mars 1869, vint en délibération le 4 avril, à la séance de la Commission centrale. Celle-ci examina tout spécialement la question des députations et la manière de les composer. Ce jour-là, on n'obtint aucun résultat; et pour aboutir, dans la séance suivante, à des résolutions précises, on pria après mûre réflexion le cardinal Capalti, de rédiger un court questionnaire (dubbi , sur le sujet traité par le D1 Hefelé. Ce questionnaire (2/ fut envoyé a chaque membre de la Congrégation et discuté dans la séance du 14 avril.

La première question demandait s'il faudrait former des commissions ou députations spéciales pour l'étude préparatoire des matières à traiterai! concile et pour la rédaction des canons et décrets : // la réponse fut négative. La raison était que ce travail avait été déjà entrepris avant le concile parles commissions de théologiens. Lu réponse à la seconde question, il fut décide que les canons et décrets à examiner seraient présentes directement a la congrégation générale, mais que si une grande difficulté venait à surgir, le président les renverrait à une commission que le concile instituerait sur le champ, pour les examiner et faire un rapport.

(i)Loc. cit. s s, 9. - C. V. 1094 d. sqq. 2 ' . V. 1100 c. sqcj.

(3) Voir la lettre du secrétaire de la Commission centrale au cardinal île ich, du 11 avril 1869. — Supplément au procès-verbal du i avril 1869.

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D'après cela, ce n'était point dès le début du concile qu'on instituerait des députations permanentes, mais il faudrait les tonner au fur et à mesure que des difficultés surgiraient.

Ainsi se trouvait tranchée la troisième question demandant combien il faudrait créer de commissions spéciales ou de députât ions.

Au sujet de la méthode à suivre dans la composition des députations — c'était l'objet de la quatrième question, — il fut résolu que chaque t'ois qu'elle aurait à former une députation, la congrégation générale fixerait le nombre de ses membres, et que l'élection se ferait par bulletins de vote, à moins que les Pères n'en décident autrement. Quant à la présidence de ces députations, il fut réglé qu'elle serait confiée à un des présidents des congrégations générales. La réponse aux sixième et septième questions concernant le secrétaire et s'il y avait lieu les consulteurs des députations, autorisait le président à prendre comme auxiliaires des théologiens ou des canonistes pontificaux et à se choisir aussi parmi eux un secrétaire. On ne voulut rien fixer relativement à la marche des discussions au sein de la députation; il fut seulement décidé que, après chacun de ses travaux, il serait fait un rapport sur les débats devant la congrégation générale, et que ce rapport serait distribué imprimé aux Pères.

Telles sont les principales dispositions prises par la Congrégation directrice, le 14 avril, au sujet des députations. Mais plus tard, dans sa séance du 18 juillet, elle modifia ses décisions précédentes sur des points essentiels, et cette fois elle se rapprocha davantage du projet Hefelé.

Dans cette séance on examina de nouveau s'il faudrait former des députations seulement au fur et à mesure des besoins que révéleraient les discussions, ou bien s'il ne vaudrait pas mieux, dès le début, établir des députations permanentes pour toute la durée du concile. Déjà le 22 mai en

entendant la lecture du procès verbal, un cardinal (i), absent lors de la séance précédente (14 avril), s'était prononcé avec énergie contre la décision prise ce jour là par la Congrégation de ne former de députations que suivant la circonstance. // Pourtant ses raisons ne furent point comprises alors et dans cette séance du 18 juillet seulement on en saisit la valeur. On reconnut la difficulté de la tâche qui incomberait aux présidents si, comme le voulait la première décision, ils avaient à juger de l'opportunité ou de la nécessité de créer une députation. On réfléchit ensuite qu'il serait difficile de déterminer, chaque fois qu'il y aurait à former une députation, quels Pères devraient être choisis et en quel nombre. Et quel temps aussi on perdrait à élire les membres des députations et à dépouiller les votes d'un si grand nombre de Pères. Enfin l'on lit ressortir qu'il faudrait vraisemblablement recourir très souvent à la formation de députations : on y serait contraint sinon peut-être par le fond même des questions débattues, du moins par leur forme qui souvent cause plus d'embarras que le fond. Pour ces motifs on modifia la décision prise précédemment.

Mais voici que les autres questions se posèrent à nouveau : Combien faudrait-il de députations ? Combien celles-ci auraient-elles démembres? Qui devait les élire?

On se prononça pour la formation de quatre députations : une pour le dogme, une autre pour la discipline, une troisième pour les affaires des Eglises Orientales, la quatrième enfin, pour les Ordres religieux.

De plus, chaque députation serait composée de vingtquatre membres, dont seize élus par les Pères et huit par le

(1) Vraisemblablement le cardinal deReisach. Cette identification ne ressort pas, il est vrai, du procès-verbal, mais l'on trouve aux archives un long exposé de motifs démontrant qu'il est nécessaire de modifier le décret du 14 avril : or c'est le cardinal de Reisach qui composa et signa cette pièce.

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pape, comme il avait été fait dans une occasion semblable au dernier concile de Latran.

Une autre question, déjà tranchée précédemment, elle aussi, revint encore en discussion : faudrait-il faire passer d'abord par l'examen des députations toutes les matières à proposerai! concile? La réponse resta négative. Les observations laites an cours du concile obligèrent plus tard le Saint- Père, comme nous le verrons, à modifier cette décision sur certains points.

Déjà quand il s'agit de donner au règlement sa rédaction définitive, le Pape1 décida que la congrégation générale élirait non pas seulement les deux tiers, mais la totalité des membres des députations (i).

(1) Audience du secrétaire de la Congrégation directrice, 2 novembre. — Cf. Procès-verbal, d'après la séance du 29 octobre 1869.

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