LES ORIENTAUX NON-UNIS
Alors môme que tous ne s'y rendraient pas avec des intentions pures, du moins ils en reviendraient édifiés, et quand bien même l'union ne s'accomplirait pas au concile, les premiers pas seraient faits et l'on aurait ouvert la voie à une solution. Le bref d'invitation, dit encore le même prélat, doit contenir l'assurance qu'on ne touchera pas aux rites ; il est aussi à souhaiter qu'un prélat de l'Eglise romaine vienne le remettre aux chefs des Eglises schismatiques ainsi qu'aux évèques ; ceux-ci et les laïques influents feront ainsi plus de cas de l'invitation (i). Le patriarche des Maronites conseille d'aviser aux moyens d'instruire les schismatiques des vérités religieuses, car leur ignorance est le grand obstacle à l'union ; le délégué apostolique de Constantinople suggère de rédiger pour les diverses nations des règles de foi semblables aux formules qu'Eugène IV fit composer pour les Arméniens et les Jacobites. Le patriarche de Jérusalem attire l'attention sur le développement croissant des missions protestantes ; des ressources inépuisables et un nombreux personnel leur permettent de répandre les livres anti-catholiques ; leurs calomnies contre le catholicisme corrompent l'esprit des Orientaux, augmentent leurs préjugés et font disparaître le reste des'traditions et des doctrines catholiques qui jusqu'ici s'était maintenu parmi eux ; pour arrêter ces progrès, le patriarche recommande l'établissement de missions et une formation soignée du clergé (2). Pour gagner en particulier les Jacobites, le patriarche syrien propose de grouper un certain nombre de missionnaires appartenant à leur rite et à leur nation, d'ouvrir pour eux des écoles spéciales, de faire imprimer en syriaque et en arabe la Sainte Ecriture, ainsi que des livres de piété et de controverse, de protéger les convertis contre les persécutions des dissidents , de
(1) liapporto etc., p 68 sq.
(2) Ibid., p. 69 sqq.
(il HISTOIRE DU CONCILE 1)1" VATICAN
travailler au soulagement des indigents et des malades (i).// Les prélats n'omettent pas de signaler la triste situation des catholiques d'Orient; y porter remède serait le meilleur moyen de procurer la conversion des schismatiques (2). Le patriarche des Melchites signale le manque de discipline dans les communautés religieuses, l'attitude hostile des missionnaires latins à l'égard des rites orientaux, l'ignorance de la masse du clergé, l'absence d'une législation canonique applicable à tous les rites (3). Un grand nombre d'évêques s'inquiètent de voir les fausses doctrines importées d'Europe gagner sans cesse du terrain. Voici, selon Mgr Hassun, les moyens les plus propres à arrêter les progrès du mal : élever le clergé dans les principes de l'Église latine, confier à des religieuses des divers rites la direction des écoles de garçons et de filles, fonder des séminaires suivant les décisions du concile de Trente, propager les livres et autres écrits périodiques composés dans les diverses langues pour la défense de la foi et de la morale, renouveler la défense de participer aux offices des hérétiques. Le délégué apostolique de Constantinople pousse à la fondation d'une université; ainsi les familles catholiques ne seraient plus dans la nécessite d'envoyer leurs enfants compléter leur éducation en Europe; il serait utile aussi, dit-il, que le pape eût auprès de la Porte son représentant propre; les patriarches des autres rites y ont le leur; pourquoi le patriarche du rite latin ferait-il exception? Comme les autres, il obtiendrait ainsi peu à peu les ressources nécessaires à l'entretien du culte et des écoles (4).
Plusieurs évèques du rite latin avaient également proposé aux délibérations du concile la réunion des églises séparées
(1) Rapporto, etc., p.
(2) Ibid.. p. 71 sq.
(8) Ibid., p. 72. • (4) Ibid. , p. 72 sqq.