‹ Histoire du Concile du VaticanChapitre 28 sur 213 · LETTRE DU CARDINAL SC'HWARZEXBERG · texte numérisé non relu

LETTRE DU CARDINAL SC'HWARZEXBERG

cependant afin de discuter les questions à fond et de prévenir les objections des esprits malveillants ou bornés, qui ne jugerait désirable, nécessaire même, de consulter aussi ces hommes qui, à une orthodoxie rigoureuse, à un sincère attachement aux doctrines catholiques, ajoutent l'éclat d'un savoir plus riche et plus étendu, et qui se sont rendus célèbres par une étude plus approfondie de la foi, de l'histoire, de la vie de la Sainte Eglise // comme aussi des doctrines de l'erreur? Alors qu'il y a dans les Universités de Munich, de Bonn, de Tubingue, de Fribourg-en-Brisgau un grand nombre de savants universellement rangés parmi lespluséminents théologiens catholiques de l'Allemagne, beaucoup pourront trouver étrange qu'aucun d'entre eux n'ait été choisi, et que l'Université de \Yurzbourgait à elle seule fourni deux consulteurs,l'un et l'autre anciens élèves du collège germanique. On rendrait plus fructueux les travaux préparatoires, en même temps qu'on préviendrait les défiances et qu'on accroîtrait la confiance dans le concile, si, s'interdisant tout exclusivisme d'école, on invitait aussi comme consulteurs des hommes à tendances différentes. »

Schwarzenberg ne veut proposer personne; mais peut-il s'empêcher de nommer l'illustre historien Hefele, professeur à Tubingue, son collègue le professeur Kulm qui a enrichi de plusieurs ouvrages la théologie dogmatique, et même Dollinger, de Munich; quelque peu avantageuse que soit peut-être sa réputation à Rome, en Allemagne l'intégrité de sa foi et l'excellence de sa doctrine ne font de doute pour personne. La diversité d'opinions entre catholiques disparaîtrait vite si l'on consentait à s'écouter mutuellement.

Quant aux questions de discipline, remarque encore le cardinal, l'érudition théologique est insuffisante pour les traiter; il y faut joindre l'expérience de la vie et la pratique du gouvernement ecclésiastique. En ce qui concerne l'Au-

triche tout spécialement, les consulteurs appelés pour la préparation du concile devront absolument posséder une expérience [tins qu'ordinaire.

Le cardinal Caterini répondit à Schwarzenberg qu'ayant

trouvé le pape déjà mis au courant, par le secrétaire d'Etat, des choses contenues dans cette lettre, il laissait à celui-ci le soin d'y répondre (i). Antonelli manda en effet le i5 juillet au cardinal de Prague que le Saint-Siège comprenait aussi fort bien la nécessité d'appeler à la préparation du concile des savants de diverses écoles. Pour l'Allemagne en particulier le Saint-Père reconnaissait qu'il convenait d'inviter d'autres théologiens avec ceux de Wurzbourg. ' Déjà l'un des personnages signalés, Dôllinger, l'aurait été si le Saint-Père n'avait été informé qu'il n'accepterait pas de travailler à Rome en collaboration avec les autres consulteurs (2).

Un an plus tard, le cardinal Schwarzenberg fit part à Dôllinger de sa correspondance avec Rome. Il en reçut cette réponse, datée du 4 novembre 1869 (3) : « Xi directement, ni indirectement, on ne m'a jamais rien demandé; je n'ai jamais eu l'occasion de m'exprimer dans le sens qu'indique la lettre du cardinal Antonelli. Il y a donc ici une erreur; j'ignore quel peut en être l'auteur; mais on aura jugé utile, je pense, de dire au pape ce que l'on désirait. » — L'erreur est ici du côté de Dôllinger: la lettre du secrétaire d'Etat ne parie pas d'une déclaration faite par le savant professeur (4). — « Dans l'état actuel des choses, poursuit Dôllinger, je suis franchement convaincu que ma présence à Rome pendant le Concile serait plus nuisible qu'utile. L'opinion m'y est beaucoup trop défavorable et l'on y met-

(2) C. Y. 1048 b. sq.

(3) La lettre est aux Archives.

(4) Voici le passage textuel We la lettre d*Antonelli : « Dôllinger aurait été invité •< nisi Summo Pontifici affirmatum esset, ipsum invitation] ad pnestandam hic conjunctim cum aliis operam suam minime assensurum. »

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